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Cet été, 50 Partners fêtera sa sixième bougie. Six ans que le programme accompagne la création et la croissance de startups grâce à son club de Partners, des entrepreneurs triés sur le volet pour donner aux jeunes entrepreneurs une denrée encore plus précieuse que l’argent dans cette période d’amorçage : du temps. Avec un modèle et un réseau qui t’étoffent chaque année, cet acteur phare de l’écosystème se veut résolument optimiste sur la relation des startups aux grands groupes, le rayonnement de la French Tech et l’écosystème en général. Rencontre avec Virginie Augagneur, responsable des opérations et du Loft de l’incubateur.

Hello Virginie. Nous ne dérogeons pas à la tradition et commençons par une question sur toi. Quel a été ton parcours ?

J’ai toujours aimé mettre les gens en relation. Avant 50 Partners, je travaillais dans le recrutement puis dans un club de networking. J’ai fait une école de commerce dans l’hôtellerie restauration, et bossé chez Accor. J’ai toujours beaucoup voyagé, j’ai appris à aller vers les autres. C’est quelque chose que je ne peux pas quitter. Pour autant, je n’étais destinée ni au monde de la tech ni à celui de l’entrepreneuriat. C’est le fondateur de 50 Partners, un ami de longue date, qui m’a convaincu de lâcher mon CDI et d’employer mon chômage pour lancer l’aventure.

 

Quel est le modèle de 50 Partners ?

Nous nous appelons 50 Partners parce que notre modèle repose sur 50 entrepreneurs qui ont la volonté de donner de leur temps et de leur expertise à un petit nombre de startups sélectionnées à l’année. Ces mentors possèdent 2% de l’incubateur, ils ont donc une partie de l’equity que nous prenons dans les startups, à hauteur de 7% et contre du service et de l’accompagnement. Cela signifie que  nos mentors ne sont pas bénévoles et qu’ils ont une réelle volonté d’aider les startups. Nous ne prenons que 7 à 9 startups à l’année, et elles intègrent un programme “à vie”, bien que nous soyons surtout présents pendant les 18 premiers mois.

« C’est un programme sans saison, sans date d’entrée et au fil de l’eau. »

Les startups peuvent alors intégrer notre lieu, le Loft, et nous solliciter quand elles le souhaitent. Cet espace est primordial pour construire l’écosystème, et d’ailleurs, 90% des startups passent par ici. Nous avons eu deux exits du premier incubateur : MonsieurDrive racheté par Criteo il y a deux ans, et Labsense, rachetée par le groupe Pratique. Celles qui sont rentrées en 2012 sont encore en serie A. Aujourd’hui les fonds reconnaissent la qualité de nos startups car nous avons une sélection rigoureuse.

 

Justement, qui sont les startups incubées et comment les choisissez-vous ?

Nous prenons des startups entre le business angel et le seed. Pour prouver la pertinence du modèle, nous faisons se rencontrer chaque startup avec 4 partners, qui vont l’aiguiller sur une problématique précise. C’est un programme sur-mesure, en fonction des besoins de la startup : du recrutement d’un VP à l’ouverture d’un pays, notre équipe de gestion s’occupe de tout ça. Ce qui nous intéresse en premier lieu, c’est l’équipe, composée au minimum de deux membres fondateurs.

« Nous savons qu’une startup connaît des hauts et des bas et qu’il est difficile de se lancer seul. »

Il y a le produit évidemment, mais l’équipe est la priorité car le service peut pivoter. Nous avons une équipe sourcing très active, et regardons 1 500 dossiers à l’année, pour 9 places.

 

Cette sélection drastique fait-elle de vous un programme d’élite ?

On n’aime pas ce terme, qui ne nous ressemble pas. Nous sommes très disponibles, et de manière générale nous réservons notre communication aux startups plutôt qu’à nous. D’ailleurs, nos partners nous ressemblent sur ce point.

 

Les “partners” sont-ils impliqués dans le processus de sélection ?

On a des comités tous les trois mois où l’on regroupe tous les partners. Ce sont tous des entrepreneurs à succès qui ont une vie très active, donc on leur demande cinq rendez-vous annuels, et certains sont bien plus actifs que d’autres. Comme ils sont cinquante, on peut les solliciter raisonnablement. Ils s’engagent pour 3 ans, et prennent un ticket pour devenir actionnaires de 16 startups.

 

Au sein du réseau de partners et à l’extérieur, vois-tu naître une nouvelle génération capable de soutenir les startups ?

Nous attendons beaucoup de ce renouvellement. Il y a eu de très belles histoires de startups françaises montées par des jeunes entrepreneurs et je pense que c’est à eux de jouer un rôle aujourd’hui, comme a pu le faire Xavier Niel… Il y a en a, mais pas assez.

 

Comment expliques-tu cela ?

Je crois que beaucoup ont repris une nouvelle aventure. Business angel, c’est un métier à part. Certains ont fait de belles sorties et se consacrent à ça, ils reçoivent peut-être 100 dossiers par semaine. Mais c’est rare, car les autres sont entrepreneurs à la tête d’entreprises qu’il faut faire grandir.

« C’est aussi une question d’image, car les startups cherchent des business angels un peu plus expérimentés qu’eux, et n’ont pas forcément confiance en de jeunes réussites. C’est très français, on ne fait pas confiance en quelqu’un qui n’a pas de cheveux blancs ! »

 

La force du programme d’accompagnement est aussi d’offrir aux startups l’accès à un réseau de partenaires “friends”. Qui sont-ils ?

Les friends sont des partenaires, un ensemble de grands corporates dont fait partie Microsoft depuis le début. Dans ce réseau, il y a les fonds d’investissement parisiens et de plus en plus d’étrangers. Des sociétés de service, de recrutement, comptables, et des médias, qui aident nos startups à titre gratuit. C’est la particularité de notre programme “friends”. Par exemple, Publicis donne une vingtaine d’heures à certaines de nos startups. Avec Microsoft, ce sont des workshops et des crédits Azure.

 

Vous revendiquez un modèle anglo-saxon. Pourquoi ?

Quand on a commencé il y a six ans, on a bien sûr étudié Techstars, Y Combinator, mais notre modèle est différent puisque nous n’avons pas de programmes sur quelques mois, mais à vie. De plus, nous restons très franco-français : nos partners et startups sont français, pour l’instant. Nous sommes bons en France, avec une petite équipe et un modèle atypique, ça nous va bien. Depuis, on constate que l’effet Brexit a ré-ouvert les yeux des fonds anglais et américains sur le terreau fertile à Paris et le nouveau gouvernement a signé la fin du french bashing. Cela touche Paris et plus en plus dans d’autres villes françaises, avec de très belles initiatives, à Lyon, à Lille, en Bretagne…

 

Comment on anime une communauté aussi large et comment on crée des opportunités de networking ?

On se concentre sur les startups qu’on accompagne, et toutes les semaines y a un point sur ce dont ont elles ont besoin et avec qui on les met en relation.

 

Là où le networking était fondamental il y a quelques années, est-ce qu’aujourd’hui les startups ne sont pas trop sollicitées ?

On a vu l’évolution depuis 2012. Les startups en attendent beaucoup, et elles répondent oui à tout, donc on ne les sollicite que quand on peut leur apporter de la valeur, on fait très attention à ça. De façon régulière, j’accueille des groupes au Loft, qui demandent souvent à voir des startups pitcher, mais je refuse si la startup n’en sortira pas gagnante.

Nous ne sommes pas un zoo où l’on expose des startups. Je peux passer du temps avec eux, mais les startups ne se déplacent pas pour un pitch de 5 minutes.

Un entretien intéressant avec un groupe pertinent, c’est 20 minutes minimum. Surtout que je reçois des demandes de learning expedition de ce type toutes les semaines. De manière générale, nous ne travaillons qu’avec des corporates qui ont un intérêt réel à faire du business avec les startups.

 

Tu peux revenir sur l’écosystème ?

Nous nous sommes lancés en 2012, même temps que The Family. Depuis ça a énormément évolué, mais dans le bon sens. Beaucoup d’étudiants se lancent. On n’a pas à rougir, même quand on regarde dans la Silicon Valley. Que la french tech soit très représentée au CES c’est génial !

« Il y a un boom de l’entrepreneuriat en France, mais on constate aussi qu’il y a beaucoup trop d’argent, on est potentiellement dans une bulle. »

 

Dans une précédente interview, nous évoquions le sujet de la gestion de l’humain en interne chez les investisseurs. C’est la même chose chez les incubateurs ?

J’ai lu l’interview et je suis entièrement d’accord avec Mounia et Samantha, notamment car on observe bien que le métier de fonds d’investissement se rapproche du nôtre.

« Elles ont raison, au-delà de la levée, les fonds doivent et sont légitimes pour développer des moyens d’accompagnement opérationnels. De fait, ce sont nos concurrents aujourd’hui. »

 

Qu’est-ce qu’un “écosystème” pour toi ?
Pour moi un écosystème c’est plein de choses : des startups, des accompagnements, des investisseurs, des corporates. La relation se fluidifie de plus en plus avec les corporates, mais c’est toujours un peu la guerre. Puis il y a le gouvernement et les différentes villes. Et enfin il y a le consommateur final, B2C et B2B. Nous, on se place au milieu, en lien avec tous les acteurs de l’écosystème, et avec d’autres incubateurs en France et à l’étranger. Pour moi c’est du réseau, des liens partout, qui permettent de faire fructifier l’économie.

 

De quelle manière l’écosystème peut-il s’ouvrir aux autres acteurs économiques ?

Cela passe par de la communication, être plus ouverts. Des deux côtés, il faut que l’on se rencontre au milieu. Le rôle du gouvernement est essentiel. A nous, startups, VCs et acteurs de l’écosystème la charge d’ouvrir, mais c’est au gouvernement de faire le liant. Enfin, il y a un travail d’évangélisation à faire du côté du consommateur final. C’est lui qu’il faut toucher.

« A ce titre, les startups sociales ont un rôle crucial, car elles permettent d’engager les citoyens. »

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