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Les interviews tech #souslecapot sont de retour pour une nouvelle saison ! On démarre sur les chapeaux de roues avec Stéphane Alizon, CTO de Younited Credit. Cette startup de la fintech propose au grand public un modèle de crédit à la consommation en rupture. Comment ont-ils su innover pour se confronter aux banques et autres sociétés de crédit traditionnelles ? Quels ont été leurs choix techniques et quelles difficultés rencontrent-ils au quotidien ? Comment vivent-ils leur choix du full PaaS dans le cloud ? Tout ça c’est dans #souslecapot Saison 2, épisode 1 !

Par choix, les anglicismes, termes techniques et raccourcis de vocabulaire sont laissés tels quels – incontournables dans n’importe quelle discussion technique un peu réaliste 🙂

Bonjour Stéphane, peux-tu nous raconter qui tu es et d’où tu viens ?

Je suis Stéphane Alizon, CTO de Younited Credit depuis 4 ans. Après une formation ingénieur Supélec j’ai commencé en tant que développeur chez Atos dans des domaines aussi variés que les télécoms, la banque, la finance, l’automobile. Puis je suis passé chez Renault où j’ai pris un périmètre de plus en plus large, de la gestion de projet et du management jusqu’à prendre la responsabilité d’un centre de services à destination des filiales commerciales européennes. Ensuite je suis allé au PMU  où je me suis occupé de l’ensemble des projets digitaux du côté technique, j’y suis resté 3 ans. J’ai ensuite eu cette fantastique opportunité chez Younited Credit qui me comble toujours aujourd’hui.

 

A quel moment de l’histoire de la startup es-tu arrivé ?

Je suis arrivé 2 ans et demi après le lancement commercial. La startup est née en 2010 et il a fallu attendre 2012 pour lancer l’activité puisqu’on est soumis à différents agréments – notamment avec la banque de France – pour être homologués comme une société de crédit. On a aussi des agréments que nous donnent l’AMF (autorité des marchés financiers) pour proposer nos services d’investissement aux particuliers et professionnels qui vont financer les crédits à la consommation de nos clients.

En 4 ans nous sommes passés de 45 à 230 collaborateurs, dont 60 dans les équipes techniques.

Qu’est-ce qui t’a convaincu de choisir Younited Credit, en comparaison avec d’autres opportunités ?

C’est le côté « no limit » qui est une de nos 5 valeurs. Avant qu’on les formalise, c’est la première que j’ai ressentie dès les entretiens avec Charles et Geoffroy, les co-fondateurs de Younited Credit : ils ne se mettaient aucune barrière alors que l’on partait à l’assaut des sociétés de crédit, elles-même adossées à des banques : on ne se posait pas la question de savoir si c’est dur ou pas, on fonce. C’est la première raison qui m’a fait venir ici.

 

Les technologies n’ont donc pas du tout joué dans ton choix ?

Non, c’est le projet qui a primé. Au contraire, moi je viens plutôt du monde open source, Java : les environnements Microsoft et .Net je connaissais très peu. Si j’avais dû faire un choix technique, je ne serais pas allé dans cette direction même si aujourd’hui je pense vraiment avoir embrassé cet écosystème.

 

Comment avez-vous été mis en relation ?

Par un chasseur de tête, tout simplement.

 

Que propose Younited Credit  ?

Nous somme une société de crédit ayant adopté un modèle en rupture avec le système bancaire traditionnel puisque les investissements sont faits par des particuliers ou des investisseurs institutionnels directement sur notre plateforme. Avec cet argent, on finance des crédits à la consommation. C’est un système hyper sain et simple, 100% des intérêts qu’on collecte avec le remboursement des crédits conso vont dans la poche des investisseurs et on se garde une petite marge représentée par des frais de dossiers portés par les emprunteurs.

On ne fait pas comme les banques : emprunter à la BCE à des taux dérisoires, investir sur les marchés financiers mondiaux, faire des choses plus ou moins risquées et jouer avec l’argent des gens. C’est de la désintermédiation où le circuit est très direct entre les investisseurs et les emprunteurs.

En plus de cela, la façon dont on opère le crédit est vraiment en rupture avec les acteurs traditionnels car l’offre est 100% en ligne et une de nos valeurs est la rapidité et la simplicité de l’expérience utilisateur.

 

En quoi consiste votre solution d’un point de vue technique ?

Je vais parler rapidement de la chaîne de valeur qui permettra de mieux positionner les briques techniques. D’abord la partie emprunteur où 100% des demandes se font en ligne sur le site web, mobile et au travers de web services dédiés à nos partenaires apporteurs d’affaires.

Notre tunnel d’acquisition se veut le plus simple possible : l’emprunteur remplit un formulaire de demande de crédit sur notre site qui lui donne une réponse de principe en temps réel. On utilise un moteur de décision qui analyse la demande ainsi qu’un mécanisme de règles d’éligibilité avec un scoring de risque qui va donner une note à l’emprunteur et traduire sa solvabilité. En temps réel, on fait aussi appel à la Banque de France ou à d’autres entités équivalentes à l’étranger.

C’est la transmission des pièces justificatives qui permettra de transformer la réponse de principe en “oui” définitif. Pour fiabiliser les retours de dossiers on utilise de la signature électronique de contrat ainsi que du smart upload permettant de vérifier la qualité et la pertinence des fichiers remontés. En plus du front il y a donc aussi une partie back destinée aux analystes de crédit qui pourront interagir en temps réel avec les emprunteurs.Une fois le dossier complet on passe à la partie analyse de crédit où la demande est évaluée.

Tout a été développé en interne, from scratch. Notre CRM est une brique clé : c’est une application métier dédiée aux organismes de crédit qui va leur permettre de prendre la meilleure décision dans un temps le plus court possible.

Une fois le crédit octroyé, le prospect devient un client. Un autre CRM permet à notre service client d’interagir avec lui durant le cycle de vie du crédit et on a aussi un service recouvrement. Nous avons également un back-office orienté finance qui est la pierre angulaire de notre modèle et qui va permettre de financer les crédits octroyés par les investissements faits sur la plateforme. En effet, à intervalle régulier, on va faire le compte de tous les investissements et de tous le crédits pour les faire matcher.

S’il y a trop de demandes d’investissement par-rapport à la production qu’on a faite de crédit, on va mettre le surplus en attente. Si c’est l’inverse on comble avec nos fonds propres sachant que dans tous les cas la loi nous oblige à financer les crédits par nos fonds propres à hauteur de 5% par an.

Toujours côté back office on trouve beaucoup de traitements qui vont capter les flux financiers et en déduire l’évolution des rendements théoriques pour les investisseurs. Notre système est mutualisé puisque les investisseurs ne sont pas directement reliés aux projets des emprunteurs. C’est comme un produit boursier classique : on achète une part qui a une valeur et au fil du temps, la valeur de la part augmente ce qui génère de la plus-value latente pour l’investisseur. Au moment où il revend ses parts il concrétise sa plus-value.

 

Vous avez fait le choix de développer vos propres solutions en poussant jusqu’à réécrire un CRM ? Pourquoi ?

Dans tout ce système d’information, beaucoup de choses sont faites « maison » pour coller à notre modèle de business qui est en rupture.

Si l’on avait pris des solutions du marché sur étagère en les tordant pour correspondre à nos besoins, on aurait fait la même chose que tous nos concurrents il y a 20 ans. Comme on ne voulait pas partir avec 20 ans de retard on a décidé de démarrer d’une feuille blanche en développant selon nos besoins et de se démarquer comme cela : on ne le regrette pas ! 

Aucun outil du marché ne fait ce qu’on fait.

 

Aviez-vous testé ces outils du marché ? Quid d’outils open source que vous auriez pu adapter ?

Nous intégrons beaucoup de briques techniques open source dans notre SI, mais dès qu’il s’agit de logique métier ou de restitution à l’utilisateur, nous les développons en interne. Il y a beaucoup d’éléments spécifiques à notre business et de de règles métier : c’est stratégique tout comme notre score de crédit. Il y a des choses qu’on ne peut et veut pas partager avec nos concurrents.

 

Quels ont été vos choix techniques d’implémentation ?

Quand je suis arrivé il y a 4 ans on a entrepris une refonte du S.I car il ne permettait plus de répondre à l’augmentation des volumes et à l’internationalisation. On s’est toujours appuyé sur des technologies Microsoft : à la base c’était déjà du .Net et C# avec beaucoup de Web Forms. C’était une solution monolithique et répondant purement aux besoins France avec une seule base de données Sql Server et beaucoup de règles métier dans les procédures stockées ce qui était un frein à la testabilité et l’évolutivité. Nous avions aussi un hébergement 100% propriétaire.

Ma vision a été d’adopter une architecture très modulaire, découplée et viser une usine logicielle automatisée avec du continuous delivery. Aussi, s’appuyer sur une infrastructure 100% cloud public en mode Platform as a Service pour se recentrer là se trouve notre valeur ajoutée qui est le développement logiciel. On s’est assez naturellement tourné vers le cloud Microsoft Azure.L’étape suivante a été de mettre en place des feature teams où l’on a mélangé métier et business : c’est l’axe numéro 1 de notre organisation

A l’époque ça a été un changement culturel et depuis on ne peut plus penser les choses autrement.

Aujourd’hui on est toujours sur une stack .Net : ASP.Net MVC 4.6 avec une migration progressive vers .Net Core. Nos applications web sont hébergées sur Azure App Service sachant qu’au global on utilise quasiment tous les services PaaS d’Azure : compliqué de les citer tous ! Pour le front on a beaucoup d’Angular 5 et un peu de react. Au niveau de l’usine logicielle on utilise Visual Studio Team Services aussi bien pour le contrôleur de sources avec git que pour la gestion de projet agile et l’intégration continue. Pour l’automatisation des déploiements on utilise Octopus deploy. Pour notre démarche BDD on utilise SpecFlow.

On est 100% Azure. La base de données legacy est aussi sur Azure, mais en mode IaaS. Pour nos besoins de bases de données relationnelles on utilise Azure Sql Database et pour noSQL c’est Azure Cosmos DB. On a aussi du cache in memory distribué Azure Redis. Pour le messaging on utilise des API REST et des notifs asynchrones sur Service Bus avec une couche d’abstraction MassTransit.

Concernant la plateforme data, notre enjeu est de consolider les données provenant des multiples sources de nos différents domaines et de les mettre à disposition  des métiers : c’est la contrepartie de l’approche modulaire. Tout atterrit sur Azure Storage qui joue le rôle de data lake.Les transformations sont ensuite opérées par des clusters Spark sur HDInsight, Azure SQL Data Warehouse et Power BI pour la visualisation. On utilise aussi Azure Machine Learning pour le scoring de risque.
Faites-vous également du stream processing ou comment gérez-vous les flux temps réel ?

Nous utilisons Azure Event Hubs pour certains de nos besoins temps réel sur des données opérationnelles en complément du service bus, ainsi que pour l’alimentation du data lake.

A terme, on veut que chaque domaine et chaque service puisse émettre des notifications spécifiques à destination de la plateforme data via un contrat d’interface qui aura été fixé.

 

Quand tu parles de Domaine c’est dans un contexte DDD (Domain Driven Design) ?

Oui, on applique certains grands principes du DDD, principalement les Bounded Contexts pour minimiser les dépendances entre les solutions des différents domaines métier. Aussi l’ubiquitous language pour partager une langue commune entre les différents rôles d’une équipe comme business et tech.

 

Votre application est disponible dans différents pays : comment avez-vous traité cette problématique de présence à l’international ?  Avez-vous des spécificités liées à chaque pays qui vous forceraient à avoir un déploiement différent pour chacun ?

On a commencé par la France, puis on a voulu ouvrir l’Italie et on s’est dit que c’était une opportunité pour commencer de rien un nouveau pays et construire les premières briques de notre solution cible internationale. En 3 à 4 mois nous avons créé un MVP qui nous a permis de lancer l’Italie. Petit à petit on dé-commissionne des éléments de notre archi legacy qui sert la France pour partir sur les micro-services de la nouvelle plateforme.

Dans notre métier, beaucoup de choses sont mutualisables mais il y a aussi du spécifique comme la partie analyse de crédit et le score de risque qui dépend de la population locale.En résumé il y a des implémentations spécifiques aux différents pays qui se branchent sur un socle commun.

En terme d’hébergement on est présent dans une seule région Azure : on a évalué le fait d’être multi-région avec une redondance pour des raisons de continuité de service mais aujourd’hui c’est encore trop cher pour nous. Il nous est arrivé d’avoir un outage sur la région entière mais pour de gros incidents de ce type souvent Microsoft remonte cela en 2 à 3 heures au pire et cela ne justifie pas le coût d’être redondé en permanence bien que cela génère de la perte sèche.

 

Avez-vous subi des pics de charge ? Les avez-vous anticipés ?

Pour nous, le seul facteur qui déclenche des pics sont les passages TV : pubs ou reportages.

Dans notre legacy monolithique, quand on se prenait de la charge, les analystes de crédit ne pouvaient plus bosser car l’ensemble du système et notamment la base était sur les genoux. Là on a travaillé sur le découplage et la résilience de notre système via les notifications sur le Service Bus. Nous avons mis en place un système qui fait la collecte de demandes, c’est un simple tunnel avec un front RIA qui sollicite le moins possible le serveur. Une fois que la décision est rendue, le système émet une notification et le reste ne le concerne plus.

 

Faites-vous du scale-out ?

Auto-scale non mais manuellement oui, sur les niveau de services PaaS : on ajuste vers le haut et vers le bas régulièrement. A l’inverse on utilise aussi des instances réservées pour le IaaS qui représente 5 à 10% de notre usage.

 

Et du serverless ?

Oui on utilise Azure Functions pour les envois de mail notamment et certaines tâches d’exploitation, cela nous a permis de tester le service et comme cela marche bien on va surement étendre notre usage et remplacer nos Webjobs par des Azure Functions.

 

Vous êtes quasiment 100% PaaS : que penses-tu des conteneurs ?

J’ai pas mal de collaborateurs qui m’ont rejoint sur la partie devops, exploit, cloud et j’aimerais qu’on puisse avancer sur la conteneurisation même si ce n’était pas l’idée au départ puisqu’en PaaS on se dit qu’on n’en a pas besoin.

 

Les services PaaS proposent de plus en plus une intégration avec les images docker et plus largement les conteneurs…c’est à cela que tu penses ?

C’est un de nos sujets de 2018, nous avons besoin de comprendre si et comment les conteneurs peuvent nous faire avancer dans notre démarche Infra As Code et comment la conteneurisation est conciliable avec l’approche PaaS dans Azure. Actuellement, tous nos déploiements sont automatisés mais pas jusqu’au point de prendre en charge la création d’un environnement complet de notre SI.

 

Qui prend les décisions techniques ou d’architecture ? Comment êtes-vous organisés ?

On est organisés en « Younit » qui sont de petites équipes pluri-disciplinaires alignées sur le business qui sont assez souveraines. Elles ont des objectifs de résultat comme par-exemple augmenter la conversion  de 4%. Chaque Younit décide de ce qu’elle fait et comment.

Si c’est poussé à l’extrême ça peut vite devenir un feu d’artifice où chacun fait ce qu’il veut comme il veut dans son coin !

Pour cela on a mis en place des communautés de pratique où les problématiques techniques sont découpées en 6 domaines : software engineering, architecture, devops, sécurité, quality assurance, Product Ownership. Dans chaque équipe il y a un ambassadeur par domaine ce qui permet de distribuer les responsabilités. Les décisions sont donc prises en communauté avec l’éclairage de chacun et de son propre contexte d’équipe.

 

Quelles sont vos prochains challenges techniques ?

Réussir à collecter 100% de la donnée dans le data lake car tout n’y est pas aujourd’hui. Cela nous permettrait d’améliorer encore notre score de risque qui est déjà un de nos points forts. On utilise Azure Machine Learning : je pense qu’on était l’un des premiers utilisateurs du service sur un maillon critique de notre chaîne ! Nos data scientists et data engineers développent des modèles en R et les déploient directement via Azure ML. Auparavant on retraduisait tout cela en C# : le langage de notre plateforme. En effet, il y a 2 ou 3 ans on n’a pas trouvé de retour d’expérience sur l’exploitabilité de R en prod. Entre la conception d’un modèle, sa réalisation et les questions de testabilité, ça manquait d’agilité. Si on est capable de déployer de manière fiable le modèle de data science dans un service qui expose directement les APIs en temps réel, on fait la différence par-rapport à nos concurrents. Aujourd’hui on est hyper agiles là-dessus et ça nous donne un coup d’avance.

Dans les mois et années à venir, nous allons devoir déployer de nouveaux pays, mettre en oeuvre de nouveaux partenariats et peut-être nous ouvrir à d’autres produits. Nous avons donc un réel enjeu de savoir allier, dans notre architecture et notre organisation, la généricité et la spécificité. La généricité pour réutiliser facilement des composants de notre SI pour des besoins communs, et la spécificité pour répondre à des besoins propres aux pays, partenaires, etc. Savoir parfaitement combiner les deux nous permettra de rester scalable.

Nous allons aussi encore beaucoup avancer dans notre démarche d’automatisation, que ce soit pour le business et l’octroi de crédit en temps réel, ou pour nos opérations techniques internes (ex : détection et résolution d’incident), en nous appuyant largement sur l’IA.

 

De quoi es-tu le plus fier ?

Quand on a sorti l’Italie en 4 mois en partant de zéro : on a piloté par le risque en commençant par les truc compliqués. Et aussi des personnes qui composent l’équipe Tech, nous sommes passés de 10 à 60 en 3 ans tout en améliorant continuellement notre mode de fonctionnement, ce qui témoigne d’un mindset hyper enclin au changement et à la prise d’initiative.

 

Aurais-tu un fail à partager ?

Le jour de mon arrivée, on a perdu notre nom de domaine ! Je me souviens avoir passé des heures au téléphone, plus rien ne fonctionnait et plus personne n’avait accès à rien dans la boîte.

 

Pourrais-tu citer une startup dont tu voudrais connaître les dessous techniques ?

Dashlane car le produit est sympa et Frédéric Rivain, le CTO, est venu faire un BBL chez nous la semaine dernière sur le Continuous Learning. C’était très intéressant et ça donne envie d’en savoir plus !

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