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Alors que les femmes ne représentent encore que 8% des fondateurs de startups tech en France, les initiatives en faveur de l’entreprenariat féminin se développent et bénéficient d’une attention de plus en plus grande. Les StartHer Awards se sont déroulés le 19 octobre dernier dans le temple des startups parisiennes, Station F.

KMF y était.

Master Stage de Station F, 16h.

 

Les dix finalistes du prix StartHer dédié à l’entrepreneuriat tech féminin se relaient sur scène pour une dernière répétition. En face d’elles, des membres averties du réseau Femmes Business Angels les écoutent et essaiment quelques conseils : “Quelle est ta secret sauce ?”, “Il y a une histoire autour de ta startup, parles-en”, “N’oublies pas de dire que c’est breveté, les VCs adorent ça !”. Dans quelques heures, elles auront 3 minutes pour convaincre un jury international et tenter de remporter le premier prix, avec à la clé 10 000 euros.

Mais pour les dix femmes, venues de toute l’Europe, la partie est déjà gagnée. Elles ont été sélectionnées parmi plus de 350 candidatures de 30 pays européens, et ont déjà pu bénéficier des avantages du réseau StartHer : une rencontre avec le Secrétaire d’Etat au numérique et les acteurs de la French Tech engagés dans la diversité ; un accompagnement par les partenaires du prix dont l’accès au programme BizSpark de Microsoft et des invitations aux grands événements tech de l’année pour se frotter à la communauté internationale.

L’exercice n’est pas pour autant pris à la légère. Qu’elles soient ingénieures, développeuses ou anciennes cadres dans la finance, les co-fondatrices présentes ont toutes en commun d’avoir monté leur startup dans les trois dernières années. Pitcher leurs projets à ce prix est une opportunité de visibilité qu’elles ne souhaitent pas manquer.

Pour Aline Muylaert, à l’origine de la plateforme de e-démocratie belge CitizenLab, l’enjeu est stratégique : “c’est l’occasion d’annoncer que nous nous lançons sur le marché français, où le secteur civic tech est en pleine effervescence”. A 24 ans, la jeune femme considère la concurrence de son secteur comme une opportunité : “cela pousse les pouvoirs publics à réaliser qu’un changement est nécessaire, et nous, à développer un produit encore plus performant.” Elle qui a candidaté au prix StartHer pour “rencontrer d’autres co-fondatrices”, ne masque pas ses positions : “si ce prix me permet d’obtenir plus de visibilité en tant que femme, alors c’est un juste retour des choses face aux désavantages que peut entraîner le fait d’être une femme dans le secteur de la tech aujourd’hui.” Par exemple, “je dois souvent rassurer sur le fait que je suis co-fondatrice de ma startup, avec des hommes”, explique-t-elle. Certaines vont même jusqu’à inventer un co-fondateur pour faire face au sexisme de leurs clients et investisseurs.

 

Éviter le risque du 100% féminin

 

Il est 18h30, les premiers participants s’installent dans l’auditorium. L’ambiance est conviviale, loin des protocoles familiers de ce type d’événement. Pour l’association, il s’agit de la “vraie première” édition des StartHer Awards, sur le modèle des “Lady pitch nights” qui ont fait le succès du chapitre français de Girls in Tech, devenu StartHer. “L’objectif de l’association, c’est bien sûr de donner de la visibilité, mais aussi d’encourager la prise de confiance”, explique Joanna Kirk, sa co-directrice.

D’où l’ambition cette année de représenter, par la sélection des startups, des secteurs traditionnellement masculins comme la finance, la médecine ou encore la construction. “Pas question de donner l’impression que les femmes n’entreprennent que dans la beauté ou les marchés exclusivement féminins” explique Joanna. Pour Evgenia Plotnikova, senior VC à Atomico et membre du jury, “la sélection a été une vraie bonne surprise. Celle des startups, et d’un jury mixte, qui aide à ne pas en faire un événement 100% féminin.” Composé de trois femmes investisseurs et d’un journaliste, ce jury international valorise les projets qui ciblent une industrie large. ”Ce qui nous importe en tant que jurés, c’est le business model et la taille du marché” explique Sophie Guibaud, VP Europe du groupe financier Fidor.

 

Côté investissement, le chemin à parcourir est encore long. Malgré la hausse des levées de fonds des startups fondées par des femmes en France (+84% en 2016 d’après l’étude KPMG-StartHer), leur ticket moyen reste deux fois moins élevé que celui des startups créées par des hommes. Parmi les raisons de cet écart selon Nicolas Beaudoin, associé KPMG, celle de l’absence de diversité : “les acteurs traditionnels du financement early-stage, majoritairement gérés par des hommes, peuvent être tentés d’investir dans leurs semblables.” C’est donc à son propre jeu que Femmes Business Angels prend le secteur en devenant l’investisseur principal des entrepreneures, avec Bpifrance. Au risque d’en devenir contre-productif ?

 

Valoriser l’importance de la diversité

 

Les études ne manquent pas pour soutenir la cause de l’entreprenariat féminin : la Commission européenne avance que le PIB des pays de l’Union augmenterait de 9 milliards d’euros par an si les femmes représentaient 50% du secteur de la tech, tandis que Women Equity démontre que les PME françaises dirigées par des femmes sont plus performantes et plus résistantes que leurs homologues.

Pourtant, l’évangélisation ne suffit plus. Il s’agit désormais d’agir sur la formation, en travaillant sur les goulots d’étranglement à l’entrée des filières scientifiques par exemple. Avec seulement 11% de femmes dans sa formation d’ingénieure, Laura Medji, co-fondatrice et CTO de la startup Tracktor, partage ce constat : “Le déficit de femmes dans la tech est notamment dû à l’absence de role models, et quand on sait nous sommes meilleures que les garçons toutes filières confondues jusqu’au lycée, c’est quand même bizarre de n’en retrouver que très peu dans les filières scientifiques.”

A l’origine de Tracktor, une place de marché pour les professionnels du BTP récemment lauréate de French Tech Diversité, Laura et ses co-fondateurs veulent valoriser la différence. “On considère que c’est une chance, et ça se reflète dans l’équipe”, explique-t-elle. Candidater à StartHer est une opportunité pour rencontrer d’autres femmes entrepreneures, mais aussi un levier pour entrer dans l’écosystème. “Je me suis rapprochée de collectifs féminins comme StartHer, Paris Pionnières ou encore Women on Rails parce qu’il s’agit d’initiatives concrètes, qui réussissent à mobiliser”, observe Laura. Sa startup s’agrandit et elle souhaite recruter, en renforçant sa visibilité auprès des viviers de talents que constituent ces communautés. Pour Aline de CitizenLab, assurer la mixité au sein de sa startup est un défi relevé : “depuis que nos annonces sont plus neutres, et que je les relaie personnellement auprès de mon réseau, nous recevons 60% de candidatures féminines.”

 

Master Stage de Station F, 21h.

 

Pendant que le jury délibère, c’est au tour de Mounir Mahjoubi, le Secrétaire d’Etat au Numérique, d’occuper la scène. Longtemps, lui non plus ne s’est pas reconnu dans un milieu startup parisien très homogène. Son soutien à la démarche de StartHer est dans la droite ligne des récentes positions du gouvernement pour un écosystème tech français “plus inclusif”.  “Je me réjouis, ajoute-t-il, que l’on parle ici de femmes, mais avant tout de startups.”

 

La mission de la startup et son impact passe avant son organigramme. Et c’est en ce sens que le jury StartHer remet son prix à Clémence Franc, la fondatrice et CEO de NovaGray, une startup qui développe des tests médicaux pour la personnalisation du traitement du cancer par la radiothérapie. Un patient sur deux reçoit aujourd’hui ce traitement, sans pouvoir mesurer au préalable le risque qu’il développe des effets secondaires. Ce sera bientôt possible grâce à la commercialisation en 2018 du premier test de NovaGray, qui cible le cancer du sein. Clémence, déjà repérée par le MIT et Vanity Fair en tant que jeune entrepreneure, est pour la première fois distinguée en tant que femme. “Je pense que c’est important de désacraliser la création d’entreprise dans le milieu tech et de rassembler les femmes ensemble”, nous explique-t-elle à la fin de la cérémonie. Et elle ajoute : “être une femme n’a jamais été un frein dans ma carrière, au contraire, on sort plus facilement du lot”. Alors qu’elle prépare deux levées de fonds pour se lancer en Europe et sur le marché américain d’ici un à deux ans, le prix StartHer lui offre une médiatisation appréciée des investisseurs.

 

Reprenant à son compte les codes classiques du concours de startups, StartHer vise à offrir aux femmes entrepreneures les opportunités professionnelles que le sexisme du milieu tech leur refuse. En sélectionnant des domaines d’activités prometteurs comme la FinTech ou la MedTech, l’association participe à briser les préjugés et à encourager des vocations. Au delà de la simple compétition, il s’agit plutôt de créer un “environnement sûr” pour les participantes, comme l’explique l’une des finalistes et CEO de Strattic Miriam Schwab. Et par là de pouvoir s’extraire d’un schéma de genre pour se concentrer sur l’impact de leurs actions.

 

A relire, notre interview de Joanna Kirk de StartHer.

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