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Pour inaugurer notre série sur les coulisses de l’AI Factory, le programme Microsoft pour les start-ups de l’intelligence artificielle en résidence à Station F, nous rencontrons l’une de ses plus fières représentantes : Recast.AI. Auréolée comme la toute première exit du campus, la start-up raconte son histoire et ce qui l’a menée à une acquisition rapide (deux ans et demi d’existence) lors du premier Q&A organisé par les équipes de Microsoft à Station F.

Derrière chaque start-up se cache une histoire singulière. Celle de Recast.AI commence autour d’une piscine remplie de « barbus », comme les appelle Jasmine Anteunis, cofondatrice de la plateforme conversationnelle devenue leader français des chatbots. Pendant plusieurs mois, Jasmine et deux de ses associés, Julien Blancher et Paul Renvoisé, s’initient au code informatique au sein de la première promo de 42. Une reconversion inattendue pour l’ancienne élève des Beaux Arts, pour qui la pratique du code relève de l’art. C’est grâce à l’équipe de l’école informatique que les jeunes diplômés rencontrent en 2015 l’entrepreneur aguerri Patrick Joubert, aujourd’hui CEO de Recast.AI.

“On a parié sur les quatre premiers mois”

 

Avec la double intuition que le conversationnel est un marché porteur pour l’intelligence artificielle, et que le machine learning doit être rendu accessible à tous, les quatre co-fondateurs pilotent le lancement de la start-up en septembre 2015. S’en suit une première phase au cours de laquelle l’équipe poursuit sa R&D, ingurgitant tout ce qui s’écrit sur le NLP (Natural Language Processing). “On a parié sur les quatre premiers mois”, résume Jasmine. Deux mois après le lancement de sa version bêta, la start-up décolle grâce au post d’un utilisateur sur Product Hunt. Les 1000 premiers utilisateurs rejoignent ainsi la plateforme collaborative, qui permet à n’importe quel développeur de créer son chatbot.

 

Plus de 30,000 développeurs ont créé plus de 60,000 bots sur la plateforme Recast.AI.

La force de la solution de Recast.AI devient sa mise en production rapide : 9 semaines pour un chatbot opérationnel. “C’est notre avantage compétitif”, explique Omer Biran, CTO depuis novembre 2016. Pour cet économiste et computer scientist israélien, passé par Intel et le CNRS, Recast.AI est parvenu à faire de ses faiblesses (peu de données et une équipe réduite), un atout. “La distance entre le terrain et le labo (field to lab) est très courte, ce qui nous donne une meilleure compréhension de la réalité de nos utilisateurs.” Et Jasmine d’ajouter : “notre techno devait être comprise intuitivement, et permettre des feedback rapides”, loin du machine learning tel qu’il est développé par les géants de la tech.

“Notre concurrent, c’est Watson de IBM”

 

Très vite, la start-up parvient à se hisser dans la cour des grands. Elle est ainsi distinguée par Andreessen Horowitz aux côtés de IBM, Google et Microsoft dans son playbook sur l’intelligence artificielle. “On n’y connaissait rien, donc on n’avait aucun a priori sur la méthode à employer” reconnaît Jasmine. Mais contrairement à ses concurrents, Recast.AI doit rapidement trouver un modèle viable pour soutenir sa techno, et en août 2016, elle se lance à la recherche d’un use case. Ce travail durera un an, avant que la start-up ne décide finalement de se spécialiser dans le service client. Entre temps, l’océan bleu du conversationnel est devenu rouge, et les concurrents pullulent. “Un client n’achète pas un produit, il achète une valeur. Nous devions décider de la nôtre”, explique Omer. En se concentrant sur l’automatisation du service client, la start-up cible un cas d’usage porteur auprès des corporates, dont elle compte aujourd’hui plus d’une vingtaine de clients comme EDF, SFR ou Groupe Mutuel. “La recherche de business model est un processus itératif, de convergence avec l’évolution du marché”, souligne Omer, “et chaque nouveau client nous permet de l’adapter”.

A l’ouverture de Station F en juin 2017, la start-up est l’une des sept premières à rejoindre l’AI Factory, et devient une pionnière de la communauté constituée par Microsoft autour de l’intelligence artificielle avec le soutien de l’INRIA. Elle bénéficie au titre du partenariat d’un hébergement sur le campus et de l’expertise technique et marketing des équipes Microsoft. “Avec leur aide, nous avons été en mesure d’organiser des workshops mensuels pour assister les développeurs de notre communauté, et lancer notre nouvelle offre Bot Skills pour atteindre une plus large audience”, détaille Jasmine sur le blog de Station F.

“L’exit, c’est une opportunité. Pas un plan A. »

 

Fin 2017, la start-up entame son processus de levée, après avoir levé 2 millions d’euros en seed en juin 2016 auprès de la BPI et de Publicis90. Le processus est déjà en cours quand le groupe allemand SAP témoigne son intérêt pour une acquisition. La proposition (dont le montant est confidentiel) séduit l’équipe désormais constituée de 27 personnes. En quelques mois, le rachat est confirmé, et Recast.AI entre dans l’écosystème du géant des logiciels.

Pourquoi avoir accepté une acquisition à ce stade de développement ? Pour Jasmine Anteunis, la réponse se trouve dans l’impact que l’intégration de la solution donne à Recast.AI : “notre enjeu, à présent, est de faire en sorte que ce que l’on a développé soit accessible dans tout le scope des produits SAP, puis dans le monde entier.” Avec un portefeuille de plus de 365 000 clients partout dans le monde, SAP ouvre une nouvelle page de l’histoire de Recast.AI. “Il y a deux éléments à prendre en compte et qui sont souvent ignorés”, explique Omer Biran, “d’une part, le temps : nous approchions du point des 3 ans, qui est crucial pour une startup. D’autre part, le terrain : pour les start-ups, il ne faut pas oublier qu’il est souvent glissant. On voit beaucoup de cas où elles échouent, pour des raisons souvent indépendantes d’elles.” Dans le secteur du conversationnel, la convergence de l’IoT et de l’intelligence artificielle avec Alexa ou Google Home, présage d’un bouleversement du marché qui peut bénéficier ou mettre à mal les petits acteurs. Pour le CTO de Recast.AI, “l’exit, c’est une opportunité, pas un plan A ». C’est un processus qui peut être dangereux, mais quand ça arrive, c’est génial.”

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