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Depuis quelques années, les start-ups mouillent la chemise pour améliorer le quotidien des freelances.

C’est bien connu, les freelances sont freestyles : libres comme l’air, cheveux au vent, poings dans les poches crevées et paletot numérique sur l’épaule. Seuls, ils sillonnent les routes du travail de clients en clients, de missions en missions, d’abris d’infortune en espaces de coworking, en passant par les cafés et les bibliothèques, Rimbaud du travail moderne qu’ils sont ! Une vie de bohème dans la cour des miracles du salariat qui fait aujourd’hui rêver plus d’un travailleur. Car oui, le freelancing a le vent en poupe depuis 2008. En 10 ans, le nombre de freelances a crû de près de 300 000 individus en passant de 535 000 en 2008 à 830 000 en 2018.

Cette fable du freelance a en revanche une morale souvent moins glorieuse. La liberté et l’autonomie ont un prix qu’il n’est pas facile de débourser. Il arrive que la culotte ait un large trou. Et que les souliers soient blessés. En effet, les freelances sont majoritairement touchés par la précarité qu’ils doivent à la discontinuité de leur activité, mais aussi au manque de couverture sociale et à la méfiance résiduelle des banques et des entreprises. Or ces barrières rencontrées par ces travailleurs sans frontières sont autant d’embûches que nombre de start-ups ont flairées pour les tourner en nouvelles opportunités. C’est en tout cas le constat que nous avons pu faire lors de la seconde édition de la Freelance Fair, l’événement phare du travail indépendant en tournée dans toute la France. Les start-ups se lancent sur le marché des freelances pour leur mettre du foin dans les bottes et leur ôter quelques épines du pied.

« ADOPTE UN FREE ! »

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Première épine : la prospection des clients. Pour tout freelance qui démarre son activité, la prospection, c’est la bête noire. Car elle s’effectue à la sueur du front, manches retroussées, téléphone collé à l’oreille et doigts foulés par la rédaction intempestive de mails qui tombent dans les corbeilles. Raison pour laquelle de nombreuses start-ups se sont lancées sur les sentiers de la plateformisation pour mettre en relation freelances et clients, leur offrir du temps et garantir la transaction, en se posant comme un tiers de confiance. Ou un nouvel entremetteur.

Un « site de rencontres entre les boîtes et les freelances »  où  « le paradigme a été renversé. »  C’est ainsi qu’Antoine Lleu, chargé de développement chez talent.io décrit la plateforme. Il poursuit : «c’est désormais au freelance de choisir la mission selon son intérêt. » Et une rémunération avantageuse… ou non. Car chez d’autres start-ups, à y regarder de près, la plateformisation crée des ponts relationnels mais aussi son lot d’effets pervers : « le problème de ces plateformes » pour Eric Delamarre, photographe indépendant, « c’est qu’elles mettent en concurrence des experts et des débutants. » Par là, elles incitent les jeunes recrues à la chair fraîche, sans avis positifs mais bardés de diplômes, à accepter des tâches au rabais, si ce n’est gratuites, dans le but de se faire connaître. Concurrence accentuée, systèmes de notation, la plateformisation est-elle un mariage forcé ou un mariage de raison ?

« SORTEZ COUVERTS »

Seconde épine du freelance : la protection juridique et sociale. Derrière l’indépendance recherchée se cache une réalité parfois plus crue. Le freelance n’a pas d’accès à l’assurance chômage. De même, en matière de soins, la protection existe mais demeure minimaliste et dysfonctionnelle en dépit de la mise en place du RSI en 2018. Alors quand une carrie survient, il ne reste au freelance que le Freedent pour soigner sa rage de dents. C’est justement ce manque de couverture sociale auquel s’est attaquée Hind Elidrissi en fondant la start-up Wemind, une mutuelle tournée vers les indépendants qui entend « se servir de la force de la communauté pour pouvoir offrir des services de protection aux freelances. » Services multiples qui vont de la couverture santé à l’assurance chômage, en passant par l’assistance juridique (cyber risque, factures impayées, litiges, responsabilité civile professionnelle). C’est également dans le chat de cet aiguille de la protection juridique des indépendants que se sont tournés CaptainContrat en « accompagnant les freelances de la création de leur activité, à la dissolution en passant par la mise en demeure. » Ou encore Alan avec son assurance santé. Certes, les pieds dépassent toujours un peu de la couverture pour nos freelances qui n’ont pas peur du froid mais force est de constater que les start-ups s’efforcent d’offrir les mêmes avantages sociaux que les salariés.

« DONNE MOI DU CASH »

Troisième épine du pied : la gestion financière de son activité et l’accès à des services financiers. Assurances, établissements bancaires font partis des organisations les plus frileuses pour compter les freelances parmi leurs clients. La culture du risque des grandes banques ne laisse effectivement que peu de place au freelance. L’insolvabilité, la discontinuité des revenus contribuent à marginaliser les indépendants dans l’accès aux prêts immobiliers ou au crédit à la consommation. Mais, certaines Fintechs se sont intéressées à la niche financière que les freelances peuvent représenter. Shine en fait partie. La start-up propose une simplification du système de facturation, qui pour beaucoup de freelances est une gageure : « la facturation est une vrai galère. Les démarches sont complexes, le temps manque et ce sont souvent des jeunes gens qui montent leur activité. » nous explique t-on sur leur stand. Mais aussi ouverture de compte professionnel, édition de factures, la start-up s’occupe de couvrir les petites contingences bien chronophages de la vie d’un indépendant.

STARTUPPERS ET FREELANCES, COMME CUL ET CHEMISE

Ainsi, les start-ups ont récemment tourné leurs regards vers le marché des freelances. C’est à se demander si ce n’est pas, sans doute, dû à leur ressemblance intrinsèque. Tous deux entrepreneurs, tous deux fantasmés comme les figures du travailleur moderne. Tous deux, aussi, dans le prisme de la précarité. Il semblerait bien que les frontières entre ces deux figures de l’entrepreneuriat soient tenues. Si bien qu’il arrive fréquemment que la couture de leurs fils de chemise se croisent et s’entrecroisent.

Au  premier degré, freelances et start-uppers se croisent dans les espaces de coworking. Au second, les start-ups sont les entités les plus friandes en freelances. Pour Antoine Lleu : « sur la plateforme les employeurs sont majoritairement des start-ups. Essentiellement pour des questions d’urgence. C’est aussi plus adapté pour les start-ups tech,  parce qu’elles doivent innover et ont besoin de passer de missions en missions. Et parce qu’elles recherchent des profils très pointus sur le marché du travail. » L’équipe de Shine compte près de 6 freelances parmi ses rangs. Une alchimie qui fonctionne aussi du côté des freelances. Rencontre avec Romain, un journaliste reporter d’images freelance rencontré à la Job Fair de la Freelance Fair : « J’aime bien les start-ups. Souvent ils n’y connaissent rien en vidéo. Donc j’ai le champ libre. Je peux proposer plein d’idées et pleins de formats. C’est rare qu’ils disent non. En start-up, ça bouge et ça peut s’arrêter du jour ou lendemain. »

Au troisième degré, parce qu’il arrive que le freelance devienne start-upper, à l’image du co-fondateur et CTO de Shine, Raphaël Simon. Et réciproquement. « Il arrive cependant que le start-upper se mue en freelance pour gagner de l’argent alors que son activité d’origine peine à décoller » rapporte Antoine van den Broek, le rédacteur en chef d’Amédée, le bon génie des indépendants. Il prolonge son propos : « s’il arrive que leurs chemins se croisent, ils empruntent pourtant des voies très différentes.(…) Le freelance vend son temps. Le start-upper, lui n’a pas de temps à perdre ni à vendre. Ce qu’il a , c’est un projet, une vision, un rêve derrière lequel il devra courir aussi vite que possible. » Parfois, jusqu’au claquage… Car le burn out touche à parts égales aussi bien start-uppers que freelances. Alors, est-ce le début de l’amour fou ?

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