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Licorne

n.f : Start-up non cotée en bourse dont la valeur dépasse le milliard de $.

A l’origine la licorne, de l’italien alicorno, désigne un animal monoceros imaginaire proche du cheval, du cerf et du narval. Les bestiaires du Moyen Âge la peignait comme un animal sylvestre très féroce, symbole de pureté, attiré par l’odeur des jeunes filles en fleur. Présente dans toutes les cultures du monde, Carl Jung en a fait l’archétype du pouvoir de l’imagination. Dans son livre phare Psychologie et Alchimie, on peut lire que :

la licorne renferme une opposition intérieure, une coniunctio oppositorum (union des contraires) ; c’est ce qui en fait un symbole particulièrement propre à exprimer le monstrum hermaphroditum (monstre hermaphrodite) de l’alchimie. »

Poly au pays des start-ups

 

 

Au XXIe siècle, le canasson à la corne de guimauve a une toute autre destinée. Elle symbolise désormais des sociétés tels que Spotify, Deezer, Snapchat ou OVH. En quelques siècles, il semblerait que notre équidé fantastique soit devenu le héros de l’iconographie carton pâte de la French Tech à la sauce My little Pony. La fautive ? La spécialiste américaine du capital-risque Aileen Lee qui en détourne l’usage dans un article TechCrunch qui fait un carton. Dans “Bienvenue dans le Club des Licornes : leçons de startups qui valent un milliard”, elle s’interroge sur les facteurs de succès d’entreprises comme Facebook ou LinkedIn.

Voilà en 2013 à quoi ressemblait ce club d’élite : 4 naissances par an en moyenne, 1 à 3 super-licornes (comme Facebook) tous les dix ans, plutôt en B2C (même si les startups B2B sont plus rentables, sans rire), et majoritairement créées par des trentenaires aguerris, blancs et surdiplômés. Depuis, les choses ont-elles changé ? Dans un sens oui, puisqu’on compte en 2017 près de 200 licornes partout dans le monde, évaluées à 680 milliards de dollars. Pour ce qui est du reste, on vous laisse deviner (un indice : Uber est la super-licorne de 2017). Une chose est sûre : des hordes de licornes ont envahi l’écosystème numérique, et on ne compte plus les prétendantes.

 

 

Une disneylandisation ?

 

Si notre poney magique est si envahissant, c’est parce que son utilisation est promesse de magie, d’effet « wahou » auprès des investisseurs, clients et partenaire potentiels. La licorne vend du rêve, la licorne émerveille. Pour les start-ups, elle est synonyme de levées de fonds, donc d’aventures nouvelles. Côté business angels, c’est la certitude d’un retour sur investissement. Forcément, cela incite toutes les start-ups qui se respectent à devenir une licorne, à la crinière soyeuse et l’allure princière. Quitte à foutre des complexes à celles qui ne parviennent pas à muer. Car l’injonction à lever des fonds pour atteindre ce but n’est pas forcément l’option la plus payante. Selon Maëlle Lafond sur Maddyness :

“Je trouve même qu’il y a un côté malsain dans cette idée que l’argent peut tout acheter, y compris « le temps”, et qu’il suffit de mettre plein de sous pour se développer vite et prendre la place de leader. Et c’est comme si la seule chose qui comptait vraiment était de devenir une licorne !”

D’autant que cette valorisation invite les entrepreneurs les moins scrupuleux à faire passer un vulgaire bourrin pour un étalon blanc. Ainsi, tout porte à croire que les start-ups seront unicorn-oriented… ou ne seront pas.

Comme métaphore d’une entreprise technologique devenue symbole d’un capitalisme spéculatif, la licorne retrouve son sens originel : celui d’une créature duale, entre innocence et perversion, espoir et folie.  Dans la culture web, l’animal rivalise même avec Dieu en faisant l’objet d’un culte fervent.

Alors, on est en droit de s’interroger. Ne serait-il pas temps de brûler nos idoles ? Inspirons-nous de Bryce Roberts, investisseur chez TimeHop, qui en brûlant une licorne, en fait l’effigie d’une mascotte incomprise. Car son geste volontiers polémique s’interprète non pas comme “un doigt d’honneur aux VCs et à la startup culture, mais plutôt fait pour éclairer d’autres chemins possibles pour les fondateurs (de start-ups). »

Après tout, la légende dit que tuer une licorne est le signe de la perte de l’innocence. Petit Poney deviendra Grand.

 

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