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Ils sont parmi nous : les voleurs de concepts, de business plan, d’algorithmes… Qui sont-ils ? Quels sont leurs réseaux ? Et surtout : est-ce qu’on n’est pas un peu parano ? Pour KMF, il est temps d’en finir une fois pour toutes avec la phobie du « vol d’idée de startup ». Car si plus personne n’en a cure dans la terre promise des startups, la chose travaille visiblement encore nos compatriotes. Dont acte.

« Mais, mais, c’est mon idée ! » ça, on l’a tous déjà entendu. Je me risquerais même à parier que le lecteur (comme l’auteur de ces lignes) s’est très probablement surpris à le dire lui-même.

Il faut l’admettre : se faire voler son idée, ça arrive. Mais qu’est-ce que ça veut vraiment dire « se faire voler son idée de startup » ? En commençant à faire des recherches là-dessus, je suis tombé sur beaucoup de points de vue très tranchés : pour l’essentiel, tout ça serait un faux problème monté en épingle par des entrepreneurs ayant peur de l’action. Un peu facile comme explication, non ?

KMF fait le point en écartant d’emblée le réel et épineux problème de l’espionnage industriel à grande échelle. Non, nous, on parle idées de startups. Allons-y !

Ce n’est pas forcément du vol

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Vous pensez que quelqu’un vous a « volé votre idée » mais c’est étrange : vous n’avez jamais rencontré cette personne. Elle vit même dans un autre pays ! Vous échafaudez déjà tout un tas de scénarios pour expliquer ce rapt indigne (et des plans pour vous venger, bien sûr).

Pas un instant, vous ne pouvez croire qu’elle a, tout simplement, eu la même idée au même moment ! Et pourtant… Les idées sont conditionnées par l’environnement, et elles ont tendance à éclore en même temps dans des esprits qui ne se sont jamais rencontrés, tout simplement parce qu’ils vivent dans le même monde à un moment historique similaire.

Vous le savez peut-être, mais il existe des théories de l’apparition des idées dans le champ des sciences, qui sont riches d’implications dans le monde des startups. On pourrait les résumer par deux courants :

  • D’un côté, l’hypothèse de l’invention héroïque : selon celle-ci, les idées géniales apparaissent grâce aux personnes de génie qui les portent. Point à la ligne. Dans monde des startups aussi, on trouve des récits d’entrepreneurs héroïques à l’esprit disruptif en diable. Cela dit, très souvent, quand on s’intéresse aux coulisses de ces grands mythes, on découvre des individus moins monolithiques qu’on ne l’imaginait. Et surtout, moins seuls.
  • De l’autre, la théorie de la « découverte multiple », qui me paraît plus intéressante : à travers une observation pragmatique de l’histoire des sciences, on observe de très fréquentes simultanéités dans l’apparition des idées. Robert K. Merton, un sociologue de l’université de Columbia écrit : « Parfois, les découvertes sont simultanées ou presque ; d’autres fois, un scientifique va faire des découvertes qu’il croit neuves, mais que quelqu’un d’autre a déjà faites ailleurs. »

 

« Et alors ? », me direz-vous. Eh bien peut-être que cette histoire de vol d’idée n’est ni la bonne réponse, ni la bonne question à se poser.

Seule, une idée n’a (presque) pas de valeur

Quand on commence à feuilleter les publications sur le sujet du vol d’idée, force est de constater qu’on se fait un peu insulter.

Au cœur de ce flot d’insultes, on croit entendre le fameux principe de Thomas Edison : « Le génie est fait d’1% d’inspiration et de 99% de transpiration. »

Pour ces centaines de posts de blogs, les « idées » n’ont tout simplement aucune valeur. Dave Ams, par exemple, entrepreneur, a l’air passablement énervé par ce genre d’inquiétudes, et le fait savoir dans un post « Pourquoi personne ne vous volera votre idée de startup de m**** », dont voici ses arguments les plus cash (et les plus “clickbait”) :

1. Parce que tout le monde s’en fout

2. Parce que deux idées menées à bien par différentes personnes donneront des projets totalement différents

3. Parce que les meilleurs business sont des idées basiques parfaitement exécutées

3. Parce que si vous croyez qu’Uber et Airbnb étaient les premières dans leur genre, vous vous mettez le doigt dans l’oeil. Des milliers ont échoué avec exactement la même idée en tête

4. Parce que ce n’est pas vous qui détenez les réponses, mais le marché. Parlez fort, sortez, devenez un expert, discutez, rencontrez et prenez des feedbacks

5. Parce que, de toutes façons, y penser ne vous sert strictement à rien

6. Parce que les gens ne signeront jamais votre pu*** de NDA pour en apprendre davantage sur une idée dont ils n’ont rien à fo**** de toute façon

Alors primo, on a envie de dire à Dave de se calmer un peu et de surveiller son langage. Secundo, voilà tout à fait le genre de pamphlet qu’on trouve dans les blogs d’entrepreneurs, comme chez Penelope Trunk ou David Rosson. Même Paul Graham explique, avec certes plus de mesure, une bonne manière de quantifier la vraie valeur d’une « idée » à l’état larvaire :

« En réalité, les idées de startups ne sont pas des idées à un million de dollars, et je peux vous proposer une petite expérience pour le prouver : essayez d’en vendre une… Le fait est qu’il n’y a pas de marché pour les idées de startup, et ça, ça veut dire qu’il n’y aucune demande. Ce qui veut dire, tout simplement, que les idées de startups n’ont aucune valeur. »

Alors tout ça, c’est vrai ! Mais revenons àe Thomas Edison dont je parlais plus haut : « Le génie est fait d’1% d’inspiration et de 99% de transpiration ». Vrai. Mais franchement, si vous n’avez que  votre sueur, ça ne va pas vous mener loin.

3. Une idée, ça compte. Une idée géniale, un peu moins.

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Commençons par redescendre un peu : pas besoin d’avoir une idée géniale pour réussir sa startup. Viser l’idée ultime serait même carrément contre-productif, à en croire Ramit Sethi, l’auteur du best-seller I Will Teach You to Be Rich (Workman Publishing, 2009).

Sur son blog, il donne ainsi l’exemple d’amis à la recherche de l’idée du siècle pour se lancer. Résultat des courses : deux ans de brainstorming intensif plus tard, ils cherchent toujours… victimes consentantes du « bon gros mythe » de la grande idée sans laquelle rien n’est pas possible et éternels wantrepreneurs.

Une bonne idée, c’est bien, mais soyons honnêtes : l’idée de base a de toute façon peu de chances de résister aux nombreuses étapes qui précédent la mise sur le marché du produit ou de l’offre. Et encore moins à la rencontre avec le marché.

Une idée de startup est intrinsèquement faite pour changer à mesure que le projet avance. Prenez par exemple Snapdeal. L’entreprise est aujourd’hui un géant sur le marché de l’e-commerce indien et taquine même Amazon. Mais originellement, le site se contentait de proposer des bons de réduction !

Avec un peu d’humilité, il est également facile de comprendre qu’une bonne idée a vocation à évoluer, à être repensée, améliorée et à en enfanter plusieurs autres… complètement différentes de ce que vous aviez initialement en tête.

Une très bonne idée, c’est donc en somme plein de (bonnes) idées qui forment un tout.

Paul Graham (encore lui !) résume bien ce principe dans son post « Startups in 13 sentences », lorsqu’il exhorte les entrepreneurs à « laisser leurs idées évoluer ». « Une grosse erreur consiste à penser qu’une startup se résume à la mise en œuvre d’une idée géniale », ajoute-t-il.

Si vous n’êtes pas encore convaincu, voici trois arguments imparables :

1. Certaines mauvaises idées ont permis de créer des entreprises à succès (l’auteure Carol Roth cite à cet égard la slanket, sorte de plaid à manches porté à l’envers, très prisée outre-Atlantique)

2. Certaines très bonnes idées n’ont abouti à rien du tout

3. Si votre idée est incroyablement originale et disruptive, personne d’autre que vous n’y croira de toute façon avant un bon bout de temps

4. Les idées, c’est bien, mais (hum) « ce qui compte c’est la vision ! »

Maintenant que vous avez compris comment appréhender et/ou dédramatiser un potentiel vol de votre idée, parlons de ce qui fait le cœur d’une  projet de startup : la vision. Beaucoup mieux qu’une simple idée, une vision (le terme est vague, je le concède) est en fait à la fois une structure et une fin, qui permet de sauvegarder la base et le cap lorsque tout le reste fout le camp, c’est-à-dire très souvent.

D’abord,Twitter.

« L’idée » sur laquelle est fondée l’entreprise pourrait être résumée ainsi : Twitter est une plateforme permettant aux utilisateurs d’envoyer gratuitement de brefs messages sur Internet. Rien de bien révolutionnaire, surtout a posteriori. Mais la « vision » des dirigeants fait montre d’une ambition bien plus grande.

Comme l’ont révélé des documents internes exploités par le site TechCrunch en 2009 : Twitter avait pour objectif « d’être le pouls de la planète ».

Bonne nouvelle : il est bien plus difficile (voire impossible) de s’approprier une vision qu’une idée… Comme l’explique Des Traynor, d’Intercom, la vision permet d’établir des objectifs, qui définiront en retour votre trajectoire.

Deuxième cas d’école : le destin de Rocket Internet, l’« usine à startups ».

Le principe de l’entreprise allemande est totalement assumé par les dirigeants, les frères Samwer : Rocket Internet se propose de cloner un business model préexistant, en général aux Etats-Unis, et de viser des marchés à fort potentiel où l’entreprise originale n’a pas encore déployé son offre.

Le pari de Rocket Internet tient dans la vitesse d’exécution. Une fois la cible identifiée, on met le paquet sur la croissance, avec une équipe de jeunes dirigeants surdiplômés et surmotivés. En 100 jours maximum, la startup est lancée. Pas besoin donc, de se creuser la tête à trouver une idée originale : on se sert chez les autres, on développe à vitesse grand V et on revend le temps venu.

La vision de Rocket serait en quelque sorte d’avoir le moins d’idées possible afin d’exploiter au mieux l’exécution de celles qui ont déjà fait preuve de succès, ailleurs.

Et ça marche ! Ou plutôt, ça marchait.

Car si Rocket a connu de grandes réussites (Zalando en Europe, copié sur la version US Zappos), il a aussi connu de grandes désillusions. L’entreprise est critiquée de toutes parts pour son attitude de copycat assumé, certains acteurs de l’écosystème l’accusant de tuer toute créativité entrepreneuriale. De fait, selon des anciens employés de l’entreprise, la stratégie de Rocket Internet est dépourvue de toute vision, ce qui semble conduire à quelques fâcheux ratés.

Alors que Rocket Internet s’était, un peu tout seul il faut bien le dire, érigé en parangon du dynamisme entrepreneurial allemand, l’entreprise est en perte de vitesse et a publié des résultats décevants, faisant notamment état d’une perte nette de plus de 741 millions d’euros en 2016. Son actionnaire le plus important, le suédois Kinnevik, a même annoncé son retrait du capital en début d’année.
De là à dire que la vision n’a pas de prix, il n’y a qu’un pas !

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