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Le 25 et 26 octobre prochain aura lieu à Station le premier Techfugees Summit, un événement inédit qui réunira la communauté tech autour de projets conçus par et pour les réfugiés. A l’origine de l’initiative, Joséphine Goube, CEO de l’entreprise sociale Techfugees créée en 2015 par Mike Butcher – Editeur en chef de Techcrunch – pour sensibiliser les acteurs tech à la question migratoire et soutenir les ONGs et les réfugiés à l’aide d’outils numériques. Déjà passée par la startup Migreat qui facilite les demandes de visas pour les migrants, Joséphine s’est engagée à développer un écosystème international qui mêle ONGs, startups, corporates et institutionnels autour de l’enjeu majeur de l’intégration des réfugiés.

Dans cette interview pour KMF à quelques jours du sommet, elle jongle entre les questions politique, sociale et numérique et nous livre ses ambitions pour le futur de la Tech For Good.

KMF : Quelle est l’objectif de ce premier sommet Techfugees ?

 

Joséphine Goube : Depuis 2015, Techfugees organise des événements et soutient des projets qui visent à répondre aux besoins des réfugiés. Maintenant, nous voulons passer un cap et attirer de l’investissement sur les projets, via des fondations et des impact investors. Notre priorité c’est l’emploi des réfugiés, et le Summit se veut de devenir une plateforme pour l’emploi de ces personnes. On organise un workshop sur le sujet avec des initiatives qui viennent d’Allemagne, des Pays-Bas, d’Autriche ou encore d’Australie, et qui prouvent que l’intégration des réfugiés sur le marché de l’emploi est possible.

Notre défi, c’est de montrer aux entreprises de la tech en France que les challenges ne sont pas là où ils le pensent. On est face à un problème de compréhension de la question migratoire et plus particulièrement du statut des réfugiés par les entreprises françaises. Beaucoup ne savent pas qu’elles peuvent embaucher des réfugiés et pensent encore qu’un réfugié, c’est un sans-papier. Nous, on leur propose de travailler ensemble pour faciliter cette embauche.

 

En quoi cet événement est une concrétisation de votre action depuis deux ans ?

 

Déjà, c’est à Station F. Pour nous, le choix c’était Station F avant Paris. C’est un lieu symbolique et stratégique. C’est le plus gros campus d’Europe, un endroit innovant et qui a envie de s’attaquer aux problèmes de la tech. On sait que l’image de la tech aujourd’hui, ce sont des blancs qui résolvent des problèmes de blancs. On œuvre à faire entrer dans cet écosystème des gens qui n’étaient pas poussés ou aidés pour aller vers l’entreprenariat : des migrants, des réfugiés, des femmes seules avec leurs enfants…

On se sent proche de l’action de Station F avec le Fighters Program tourné vers les populations marginalisés, avec cette idée de créer une communauté globale.

Mais contrairement à d’autres secteurs dans lesquels les startups se développent, l’urgence de la situation fait qu’on ne peut pas attendre quatre ans pour voir ce qui marche ou non. Le problème est là, et il est grave. A tous les niveaux, sur le plan de l’inclusion sociale comme de l’éducation. Aujourd’hui, un réfugié sur deux a moins de 18 ans. Ce sont des personnes qui ont souffert de lourds traumatismes, il faut absolument leur permettre un accès à l’éducation et l’information pour éviter qu’ils ne se détournent de la société.

Un des résultats de nos événements, c’est justement d’enclencher ce processus de transformation, de créer une communauté qui a besoin de nous pour pousser les financements.

 

Quels sont les projets qui vont pitcher au Techfugees Summit ?

 

Il y a en a huit. Ce sont pour nous les plus prometteurs. Certains sont déjà financés, d’autres non. Ce sont des projets qui ont compris le changement d’échelle que permet la technologie, c’est à dire des projets scalable. Ils misent sur la transformation des secteurs comme l’éducation avec les MOOCs, le travail avec les freelances.

Je ne peux pas m’avancer sur qui sera financé, mais les huit que nous avons sélectionné sont pour nous les fers de lance de la communauté. Et ils sont viables.

 

Ces projets s’articulent donc avec les cinq besoins principaux des réfugiés que vous avez identifiés chez Techfugees, à savoir : l’infrastructure, l’éducation, l’identité, la santé et l’inclusion. Comment avez-vous décidé de sélectionner ces domaines, et pas d’autres ?

 

Tout d’abord, nous avons identifié ces cinq axes à la fois par un processus de consultation avec des ONGs pour comprendre les problèmes des réfugiés et par les expertises de l’équipe. On vient tous de la tech, à Londres. Nous ne sommes pas des experts sur le terrain des réfugiés. Aucun de nous n’a jamais fait d’études sur la qualité de l’eau dans les camps ou de distribution alimentaire. On est parti de notre expertise technologique dans l’éducation, la santé, l’accès à l’information, des domaines dans lesquels nous avons des connaissances, mais aussi la confiance et la passion pour les appliquer à la question des réfugiés. Dans l’éducation par exemple, on a Tom Hayton qui était professeur d’anglais et qui couvre aujourd’hui tout sur le sujet. Moi, j’ai travaillé beaucoup sur l’accès à l’information des migrants et la connectivité. D’autres encore sont spécialisés sur la question de l’emploi.

 

Parmi ces “T5”, quels sont les plus représentés aujourd’hui ?

 

C’est une très bonne question. En 2015, tout le monde pensait que les financements iraient dans l’éducation. La réponse, c’était l’éducation et faire face à l’urgence. Très vite, les investisseurs qui ont financé ces programmes se sont rendu compte qu’il y a un gros manque d’information parmi les réfugiés, ils ont du mal à s’adapter, à trouver les bonnes infos. Il allait donc falloir financer Internet dans les camps, donner l’accès à des sites d’info qui soient clairs, utiliser des chatbots, etc. C’est devenu de plus en plus un focus, qui pourtant chez Techfugees nous paraissait essentiel dès le départ.

L’accès à l’information, c’est aussi l’accès aux informations sur le monde, l’échange avec l’autre… Dans notre focus groupe avec des réfugiés, ils nous disaient qu’ils parlaient constamment avec leurs familles de l’actualité, qu’ils voulaient se tenir au courant et qu’ils étaient méfiants sur certaines informations sur Internet. Ça nous paraissait donc tellement naturel d’encourager ça mais ce n’était pas la priorité. Ça l’est devenu.

 

Et l’emploi, il n’était pas une priorité non plus ?

 

L’emploi a toujours été relégué derrière, les gens se disaient que le marché allait s’organiser, que les entreprises allaient finir par recruter. Aujourd’hui elles montent au créneau donc l’emploi est de plus en plus vu comme quelque chose de prioritaire. Depuis le choc de l’élection de Trump, beaucoup de lobbyisme a été fait pour dire que les réfugiés ont un rôle à jouer, qu’ils peuvent contribuer et sont éduqués. Ces infos commencent à mieux passer.

 

Les grands acteurs du secteur de la tech s’intéressent-ils au sujet et pourquoi ?

 

On est face à un tournant. C’est démontré par le PDG de Le Bon Coin, (ndlr. Antoine Jouteau) qui va ouvrir notre sommet et qui nous soutient en tant que membre du groupe Schibsted, notre partenaire stratégique depuis 2015. Ce groupe est le premier à nous avoir dit “on adore ce que vous faites, vous avez compris le monde de demain”. Il ouvre la cérémonie en tant qu’entreprise tech qui finance Simplon en France, car il pense que les réfugiés ont du talent et qu’il faut investir dans leur apprentissage de notre monde du travail, de notre culture d’entreprise. Et le secteur de la tech est en train de prendre la mesure de l’importance du sujet, non seulement pour les réfugiés, mais aussi pour eux en tant qu’organisations.

 

Au-delà de participer au Summit, quels engagements prennent aujourd’hui les acteurs de la tech vis-à-vis des réfugiés ?

 

Nous allons demander des pledges au Summit. Notre workshop sur l’emploi des réfugiés va faire participer les RH de plusieurs entreprises pour discuter d’un plan pour embaucher des réfugiés dès l’année prochaine. Le Summit est un peu le seul endroit où on peut réunir des corporates avec des réfugiés pour leur donner confiance, leur faire comprendre qu’ils ne sont pas en train de parler avec des marginaux et qu’ils ne sont pas seuls à penser qu’il faut embaucher des réfugiés. C’est l’effet boule de neige et c’est pour ça qu’on voulait faire un événement d’envergure à Station F.

L’autre jour, j’ai eu une conversation avec un groupe de 20 personnes des RH de grosses boites françaises, de la tech et d’autres secteurs. J’étais à leur table et je leur ai dit : “les réfugiés, vous pouvez les embaucher”. Ils m’ont répondu : “ah bon ?”. Ils n’ont pas conscience du droit, et c’est pareil quand vous demandez à quelqu’un dans la rue “c’est quoi un réfugié ?”, il te dit “c’est un illégal, quelqu’un qui n’a pas de papiers”. Il y a un gros travail à faire là-dessus.

Le monde de la tech est très curieux aujourd’hui parce que ces jeunes réfugiés sont des gens hyper techs. Pour les autres entreprises, c’est plus compliqué parce qu’elles ont des processus RH lourds et se demandent si ça va coller avec leurs cultures d’entreprise, faites de gens moins jeunes. Ce n’est pas aussi évident.

 

Comment as-tu fait ce grand écart entre ces deux mondes finalement assez lointains, d’un côté l’entreprenariat dans le secteur de la tech et de l’autre, l’humanitaire ?

 

Je pense que les deux sont liés et qu’aujourd’hui, si on veut faire de l’impact social, on ne peut pas le faire au niveau des institutions. Ils ont tellement de menottes. Pour faire changer les choses, il faut être entrepreneur social. Parce qu’on a un cadre légal et des visions différentes. Tu ne peux pas faire évoluer des éléphants comme le UNHCR (l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés) à la même vitesse que nous. C’est la même chose avec les géants de la tech comme Facebook et Google qui rachètent des startups parce qu’ils ne peuvent plus eux-mêmes innover, donc ils sont toujours intéressés pour les intégrer dans leurs opérations. Et c’est l’ambition de Techfugees. Évidemment, nous n’allons pas supprimer ou remplacer l’UNHCR et l’Unicef, au contraire, on va venir contribuer à ce qu’ils font avec des petites cellules Techfugees au sein de leurs opérations. Donc en fait, on est les seuls à pouvoir faire ce grand écart, eux ne le peuvent pas en leur sein.

Cela découle d’un besoin de redéfinition du problème. Quand l’UNHCR a été créé en 1951, ils n’avaient pas les mêmes problématiques. Il n’y avait ni téléphones portables, ni Easy Jet, ni ce problème de camps où les gens peuvent rester 17 ans. Il n’y avait pas 65 millions de réfugiés.

Le problème est à la fois le même – il y a toujours eu des réfugiés, ma grand-mère dans le Nord de la France pendant la Guerre a été déplacée par exemple – et différent parce qu’une peur aujourd’hui domine. Il y a plein de tabous, notamment celui du chômage. Les gens ne s’en sortent pas, donc ils se disent : “comment ça se fait qu’on les accueille, on va leur créer un emploi alors qu’il n’y en a pas pour moi”.

 

Cette polarisation médiatique autour du sujet des réfugiés que tu dénonces (tu parles d’une “crise des représentations”), on la retrouve aussi finalement autour de la tech, d’un côté elle sauve le monde, de l’autre elle nous condamne. Quelle est ta vision de la tech face au problème migratoire ?

 

Le problème des réfugiés, c’est une question de politique internationale de l’UE. Les réfugiés, eux, pensent qu’ils n’avaient pas de problèmes jusqu’à ce que les bombes leur tombent sur la tête. On fait partie du problème et si on veut le résoudre, il faut qu’on vienne avec des solutions.

On n’a pas fondé Techfugees en se disant que la tech allait nous sauver. On s’est plutôt dit qu’il fallait digitaliser les opérations, mais de façon prudente. C’est parce qu’on connaît la tech, qu’on sait que c’est un moyen avant tout qu’on l’a fait. Je me méfie des gens qui pensent que la tech va changer le monde, ce sont les hommes qui changeront le monde, avec leurs intentions et leur prudence.

 

Quelle est votre philosophie et vos bonnes pratiques par rapport aux données récoltées ?

 

C’est très difficile de faire de la tech for good. Il serait dangereux de faire un business model sur la data quand tu traites de gens vulnérables et menacés à mort, on ne peut pas vendre de la data de réfugiés comme le font les boîtes tech plus classiques, on doit repenser quelles infos on obtient pour quelle efficacité du produit. Il va falloir faire attention à la donnée qui est récoltée par tous les projets et à ce que les outils soient accessibles à tous sans en favoriser certains, c’est un vrai travail qui est déjà fait par des agences comme l’AFD.

Par exemple, j’ai des avocats qui travaillent sur une app pour documenter les infractions aux droits de l’homme. L’application n’est pas détectable sur le téléphone portable, les photos et films pris pour témoigner des actes ne s’enregistrent pas dans la galerie du téléphone et ils sont directement envoyés par le premier réseau disponible sur les serveurs de LexisNexis, dans le registre des avocats.

 

Comment appréhendes-tu la question d’échelle, entre d’un côté 65 millions de réfugiés, et de l’autre, des projets expérimentaux à la croissance pas forcément exponentielle ?

 

C’est une vraie question. Tous ces projets (ndlr: issus des événements Techfugees) n’ont pas réussi à passer à l’échelle, d’abord parce qu’ils sont souvent grassroots et n’ont pas les réseaux des grosses boîtes. Mais c’est aussi une question d’éthique et de coopération. Notre rôle à Techfugees, c’est de l’éducation, un peu d’argent pour que les connaissances ne soient pas perdues et puis beaucoup, beaucoup de partenariats. C’est ce que l’on fait au Summit, il y aura d’ailleurs un workshop pour se former aux partenariats.

Par exemple, si tu prends le World Food Program, qui permet aujourd’hui à 10 000 réfugiés d’avoir accès à de la nourriture grâce à des transactions sur la blockchain, ils ont le réseau et la maîtrise de la technologie dans un sens où elle ne rend pas les gens plus vulnérables donc on peut leur faire confiance. Mais si demain on donnait à tous les entrepreneurs qui ont démarré il y a six mois un accès aux réfugiés, on aurait des gros problèmes. Il faut du temps pour assimiler les codes éthiques de la data ou de la tech for good. Dans l’éducation par exemple, ils sont assez avancés sur cette question, il faut s’en inspirer.

La clef pour faire changer l’état des choses est de faire des partenariats avec différentes équipes dans plusieurs pays pour s’adapter à un contexte local et le laisser définir le produit “à la sauce locale”. C’est ce qui permet de passer à l’échelle. Par exemple chez Techfugees, on a créé lors d’un événement un consortium d’entrepreneurs qui apprennent le code aux réfugiés. Ce sont des écoles de code situées dans 15 pays dans le monde, en Jordanie, au Liban, en Allemagne, en France, en UK… Chacune doit gérer une centaine d’élèves maximum, à elles toutes, 1 500 personnes. Notre idée c’était de leur dire : “collaborez tous ensemble et faîtes une grande levée de fonds auprès d’institutions internationales”. Et l’idée a plu, l’UN Foundation et l’UNESCO se sont dit intéressés par l’idée de financer un consortium. On réitère au Summit avec un consortium de plateformes autour de l’emploi pour les réfugiés. Les acteurs viennent d’Autriche, de France, du UK, des Pays-Bas, d’Australie, d’Allemagne… Ils vont partager leurs expériences et réfléchir à un partenariat pour avancer.

 

Quelles collaborations sont possibles entre Techfugees et l’écosystème français de l’innovation sociale ?

 

Notre rôle, c’est de soutenir et de coordonner. On aide ces acteurs et des ONGs à trouver des financements, des partenaires, à les rendre visibles.

On entretient des relations avec de grandes institutions comme l’UNESCO, le HCR, avec les entreprises qui veulent mettre leurs moyens et leurs ressources à disposition pour qu’à une échelle nationale et internationale, les choses puissent changer. On n’est pas à une échelle locale, on soutient des projets locaux mais notre ambition c’est d’attirer l’attention de entreprises internationales. On veut que les gens comprennent que la question est globale, on ne la traitera pas sans solidarité transnationale.

 

Quelles sont les prochaines étapes après le Summit de Paris ?

 

Il y aura un deuxième Summit l’année prochaine pour voir comment progresse la communauté et pour la cartographier.

Mais la véritable prochaine étape pour nous, c’est le modèle du membership. Les membres pourront faire partie de notre réseau, être invités à nos événements dans le monde entier, avoir accès à nos formations sur la mesure de l’impact, ou la sécurité des données. Jusqu’à présent on se finançait par des donations privées, notamment de réfugiés eux-mêmes et du mécénat par les entreprises tech comme Schibsted. Et on vient de recevoir notre première subvention pour l’organisation du sommet de l’Open Society Foundation, la fondation de Soros. PayPal et Expedia nous financent pour nos hackathons, et nous mettent à disposition leurs équipes techniques.

 

Quelles sont vos relations avec les pouvoirs publics et qu’est-ce que tu attends d’eux ?

 

J’attends du gouvernement qu’il nous écoute et nous soutienne, et c’est en train de se passer. Le député du Val-de-l’Oise Aurélien Taché qui organise la refonte des processus d’intégration en France vient parler au Summit. Pour être très franche avec toi, il n’y a pas un politique qui a voulu se mouiller à l’affaire parce que c’est trop polémique. Je pense qu’il y a une vraie envie, on l’a vu dans le discours du Président, mais aucun ne s’est vraiment emparé du sujet. Nous sommes très visibles et eux veulent être discrets sur le sujet.

Il y a un vrai retard et une peur. On est un pays meurtri par les attentats qui a associé “terroristes” à “réfugiés”. Malheureusement c’est ce qui ressort le plus souvent.

 

Et à l’étranger, en Europe, la frilosité est partagée ?

 

Pas toujours. La Princesse de Norvège vient aux événements Techfugees. La Reine de Jordanie nous soutient via la participation de sa fondation à nos hackathons en Jordanie. Le Canada sera représenté à l’événement par son directeur de l’Institut de la Citoyenneté Canadienne, John Ralston Saul, qui viendra parler. Au Canada, ils sont dans le futur. J’étais il y a un mois à une cérémonie de citoyenneté pour accueillir des réfugiés et ils ont dit : “Merci d’avoir choisi le Canada.” Le jour où on entendra ça en France !

 

Donc, Techfugees peut jouer un rôle pour donner un nouveau visage à ces personnes ?

 

Je pense, mais il va nous falloir le soutien du gouvernement. S’ils ne font pas ce travail, on ne va pas réussir à changer les mentalités. Il faut dédiaboliser la question, et cette dédiabolisation est d’abord politique.

 

 

Et toi, à titre personnel, comment ta vie est-elle impactée par un tel projet ?

 

Quand j’ai commencé à bosser à Techfugees, j’ai quitté mon appartement, je suis allée sur le terrain avec des réfugiés et des gens qui créent de la technologie pour les réfugiés, avec ceux qui financent les réfugiés pour comprendre qui fait quoi, qui sont les acteurs et où sont les difficultés. J’ai très vite vu l’effet de mode et l’effet médiatique, mais je voulais savoir qui resterait un an ou deux ans plus tard. Je travaillais déjà dans le domaine – qui est devenu vraiment massif avec la photo de Aylan – et ça m’a intrigué. Que deviennent les acteurs traditionnels qui ont toujours été là, qui sont les nouveaux ?

Aujourd’hui, je suis nomade depuis deux ans. Je n’ai pas de maison, j’essaye de comprendre les gens. J’entends le même discours sur les réfugiés en Jordanie, au Liban, avec des variations locales. C’est le fantasme de l’”autre”. Le fait que le monde n’a plus de frontières. Avec Internet, c’est en partie le cas. Comment pouvez-vous croire que quelqu’un qui naît en Afghanistan, qui a accès à Internet et qui voit ce qui se passe dans le monde occidental pendant que son monde à lui s’écroule ne veuille pas partir ? Les inégalités se creusent de façon phénoménale partout dans le monde, et il y a encore des gens pour croire que ceux qui en souffrent vont rester là à regarder le paradis sur leurs écrans ? Non, ça ne marche pas comme ça.

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