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En matière de la place des femmes dans la tech, « ça va mieux ». Comprendre : il y a encore du boulot. C’est la conclusion qu’on peut tirer du baromètre sur les femmes de la tech publié ce 1er mars par StartHer en partenariat avec KPMG : si la situation s’améliore dans l’absolu, c’est en partie grâce aux performances de l’écosystème national dans son ensemble. Quant aux performances relatives (leadership et levées), le plafond de verre paraît toujours aussi opaque. Que faire ? KMF interroge Joanna Kirk, co-directrice du StartHer sur sa vision de ce qu’il reste à faire pour que ça aille vraiment mieux.

Merci à notre curateur Olivier Ezratty pour ces chouettes photos

KMF : Dans la bataille de l’image de la visibilité, les actions des mouvements « femmes dans la tech », et StartHer en premier lieu, ont indéniablement été un succès : plus personne n’ose les panels 100% mâles, les startups cherchent expressément des femmes, et on a quand même eu deux femmes ministres du numérique. Mais qu’en est-il de l’impact sur la partie invisible de l’iceberg entrepreneurial, celle des champions, des levées de fonds et de la deep tech, pour ne citer qu’eux ?

Joanna Kirk : Il faut se rappeler d’où on part. StartHer a été créée en 2010 pour donner plus de visibilité aux femmes dans la tech et l’entrepreneuriat, et susciter des vocations. En 6 ans, on a assisté à une évolution des mentalités dans l’écosystème tech français : parler et agir en faveur des femmes est désormais une priorité pour beaucoup d’acteurs. C’est très positif. En revanche il reste encore du chemin à parcourir.

“Nous sommes régulièrement sollicitées par des entreprises ou startups à la recherche de profils féminins tech et qui nous disent avoir du mal à atteindre des candidates.”

Car pour ce que tu appelles “la partie invisible de l’iceberg”, la bataille met plus de temps et n’est pas encore gagnée. Et en cette matière, l’évangélisation ne suffit pas ! Nous avons conscience que seul un travail de sensibilisation et d’éducation dès le plus jeune âge est en mesure d’impacter les jeunes. Il s’agit désormais de multiplier les actions sur tous les fronts, au delà des ateliers de sensibilisation. Nous allons par exemple proposer des choses en matière de mise en relation employeur / candidates. Nous sommes en effet régulièrement sollicitées par des entreprises ou startups à la recherche de profils féminins tech et qui nous disent avoir du mal à atteindre des candidates. Comme nous sommes en lien avec des femmes potentiellement à la recherche de postes dans le secteur, StartHer se doit de faciliter ce matching, même si ce dernier ne résoudra clairement pas tout. 

Au sein même des féminismes tech, entre les partisans de la discrimination positive et les tenants d’une éducation “à la dure”, il y a un monde. Est-ce que vous aller en profiter pour porter une vision particulière ou conserver une neutralité vis-à-vis de ces différents courants ?

L’objectif premier de StarHer est de donner plus de visibilité aux femmes qui entreprennent dans la Tech, de les soutenir par des actions concrètes et d’informer sur le sujet. Nous ne nous identifions pas à un courant féministe spécifique, nous sommes plutôt en effet une plateforme, qui rassemble sur le sujet des femmes dans la tech. Notre mission est de permettre à des entrepreneures et femmes dans la tech de partager ce qu’elles font. Leur parcours, leur expertise, leur expérience, ce qu’elles entreprennent, c’est ça qui nous intéresse, pas les querelles idéologiques diverses.

De plus en plus de voix se font entendre sur un autre problème de taille : l’entrepreneuriat serait tout autant une machine à reproduction sociale que les écoles et les grands corps. StartHer compte-elle se placer sur ce terrain et comment ?

Je pense que c’est un sujet essentiel qui nous concerne tous, au-delà du champ couvert par l’activité de StartHer. On n’a pas la prétention de l’occuper, mais on souhaite bien sûr y contribuer. Par exemple, StartHer a réalisé un dossier sur le recrutement des femmes dans la tech il y a quelques mois. Nous avons recueilli les témoignages (essentiellement de femmes, mais aussi d’hommes) d’une dizaine de personnes aux profils variés dans l’ensemble de l’écosystème. Ce que ces témoignages montrent, c’est que le modèle startup que l’on a vu se développer ces dernières années n’a pas forcément eu les effets radicaux qu’on attendait en matière d’organisation du travail.

“J’attends de la prochaine législature une action renforcée pour réduire l’écart homme / femme dans les filières de formation tech”

Les questions de flexibilité, de cadre de travail différent et ouvert, d’équilibre vie privée / vie pro, restent plus d’actualité que jamais. La véritable alternative au modèle traditionnel corporate est loin d’être généralisée et adoptée par tout l’écosystème. De ce point de vue, la mixité des équipes joue un rôle fondamental. J’ai trouvé intéressant de lire dans l’un des témoignages, que l’arrivée d’une première collaboratrice femme dans une équipe 100% masculine a fait bouger les lignes sur des sujets comme la flexibilité des horaires ou l’organisation en interne.

Qu’attends-tu de l’Etat et du gouvernement de la prochaine législature ?

Si je devais attendre quelque chose de la prochaine législature, ce serait une action renforcée pour réduire l’écart homme / femme dans les filières de formation tech, que ce soit dans les écoles, université ou formations. On connaît bien le problème du goulot d’étranglement bien en amont de l’entrée dans ces filières, qu’on pourrait résumer par ce paragraphe que j’avais noté dans un article des Echos : “la proportion d’étudiantes dans les filières tech est inférieure à 15 %, et ne cesse de diminuer, alors même que ce sont les diplômés de cette spécialisation qui bénéficient, aujourd’hui, des meilleures conditions d’insertion sur le marché du travail avec 79 % de diplômés en tech en CDI (contre une moyenne de 50 % pour tous les diplômés en France)”.

“Il faut investir du temps et de l’attention pour faire basculer la balance qui reste aujourd’hui défavorable aux femmes, afin de remplacer le cercle vicieux par une dynamique vertueuse.”

Depuis très longtemps, il y a cette idée que la technologie serait une fin en soi, alors qu’elle est un moyen qui permet de réaliser un projet, qui ne peut avoir rien de technologique en soi ! Si les jeunes filles et femmes ne se tournent pas spontanément et ne sont pas encouragées à se tourner vers ces formations, c’est à cause de cette idée reçue qui entretient une certaine ignorance sur l’ubiquité de la tech. Pour changer la donne, il faut encourager les modèles proprement féminins, c’est ce que nous faisons avec StartHer, ainsi que la formation et des programmes concrets.

Il y a globalement un consensus sur l’idée qu’il “faut faire quelque chose”, moins sur les leviers les plus efficaces. Selon toi, quels sont-ils ? Investissement financier massif ou actions incitatives et éducatives sur le terrain ?

Je crois que le code, et la tech de façon plus globale, font partie des choses incontournables dans l’évolution du monde actuel. Quoi qu’on fasse, si les femmes ne prennent pas ce tournant, elles seront plus vulnérables face aux bouleversements socio-économiques dont les effets sont déjà là. Il est donc indispensable que les femmes soient au coeur du réacteur, pour en être les bénéficiaires plutôt que les victimes. Un tel basculement est moins affaire d’investissement financier que de culture. Il faut investir du temps et de l’attention pour faire basculer la balance qui reste aujourd’hui défavorable aux femmes, afin de remplacer le cercle vicieux par une dynamique vertueuse. Et il faut continuer à agir pour casser les stéréotypes, une bonne fois pour toutes.

“Il faut savoir accepter de foirer ! Il y a des jours sans et des jours avec : les jours sans, il faut laisser couler et les jours avec, ils reviendront toujours !”

Un des moyens qui s’est montré les plus efficaces, c’est d’investir dans l’éducation tech dans les écoles, et ce dès le plus jeune âge. En Asie (en Chine et au Japon notamment) où l’enseignement du code a été généralisé dans les écoles, l’écart de représentation entre les sexes dans la tech est largement inférieur à celui qu’on constate aux Etats-Unis et en Europe. Une autre piste est l’implication des géants de la tech. Eux ont bien compris l’importance des enjeux : comme Google avec « Made With Code » par exemple, ils sont nombreux à lancer des programmes dont l’objectif est d’encourager les jeunes femmes à s’orienter vers la programmation et le numérique.

Quant à nous, nous avons collaboré plusieurs fois déjà avec des structures dédiées au code ou à l’entreprenariat, mais pas avec des écoles primaires ou Lycée. Après le succès de ces premiers cours organisés en soirée, sur des périodes de quelques semaines, nous réfléchissons à développer le projet plus avant.

Tu as un parcours fascinant, entrepreneure, activiste et artiste. Comment en es-tu arrivée à cette multiactivité ? Des conseils aux cumulards pour ne pas tomber dans la schizophrénie et le burnout ?

Alors premièrement, j’ai failli faire un burnout il y a quelques années et cela m’a permis de remettre les priorités à leur place. Il a fallu que je prenne des décisions difficiles sur le moment, mais qui ont été salvatrices par la suite. J’ai beaucoup appris de cette expérience et je sais désormais très bien où sont mes limites. C’est très important quand on choisit de s’impliquer sur plusieurs projets. De fait, j’œuvre tous les jours pour maintenir un équilibre de vie et ce n’est pas toujours simple, mais c’est possible.Je suis quelqu’un qui marche beaucoup au coup de cœur et à l’intuition, donc je n’ai pas de technique élaborée à partager ! Néanmoins, voici quelques clés clés qui marchent pour moi :

  • Bien s’entourer, pour commencer. Chaque projet dans lequel je m’implique est un enrichissement, les gens avec qui je partage un projet sont des moteurs et des sources d’inspiration incroyables, des sources d’apprentissage, des personnes qui me permettent de grandir.
  • Ensuite, connaître ses limites. Cela permet de se donner à fond sur un sujet, un événement ou n’importe quel projet, tout en sachant comment gérer l’après, doser son activité sur la durée, avoir une hygiène de vie saine et s’écouter (pas trop, mais suffisamment !).
  • Des bonnes valeurs et une bonne cause rendent les choses tellement plus simple. Travailler pour des gens ou une société qui traite bien ses employés, œuvrer pour un beau projet entrepreneurial ou musical, c’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour décupler mon énergie, rester inspirée et créative.
  • Et pour finir, accepter de foirer 🙂 Il y a des jours sans et des jours avec, les jours sans, j’ai appris à les accepter et laisser couler. Les jours avec, eh bien j’ai découvert qu’ils reviennent toujours et c’est dans ces moment-là qu’on peut être constructif, analyser ce qui a foiré, prendre du recul, apprendre, et repartir en ayant appris de l’expérience !

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