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Fin janvier, l’annonce par Facebook de l’interdiction de publicités relatives aux cryptomonnaies a déclenché une nouvelle vague de critiques à l’encontre des ICOs (initial coin offering). Accusées par certains – dont Mark Zuckerberg – d’être à “99% des arnaques”, ces levées de fonds d’un nouveau genre suscitent la fascination depuis plus d’un an. A qui bénéficient-elles ? Comment les réguler ? Et que restera-t-il, une fois la bulle éclatée ? Comme le dit Clément Jeanneau, co-fondateur d’ICO Mentor, “l’âge d’or des ICOs est fini. Le motto de 2018, c’est : bas les masques.”

ICO ?
Pour ceux qui auraient arrêté Internet en 2017, une ICO est “une méthode de levée de fonds, fonctionnant via l’émission d’actifs numériques – ou tokens – échangeables contre des cryptomonnaies durant la phase de démarrage d’un projet”. A mi-chemin entre l’IPO et le crowdfunding, l’ICO garantit aux porteurs de projets – créateurs de protocoles blockchain ou d’applications reposant sur eux – une grande liberté puisqu’il ne s’agit pas d’ouvrir le capital aux investisseurs (avec la vente d’actions) mais de pré-acheter ce qui servira à l’usage du service en question.

Dernièrement, de nombreuses analyses ont été publiées sur l’éclatement futur de la bulle spéculative des ICOs, dont les montants ont surpassé ceux de l’investissement early stage par les VCs dans des startups tech l’été dernier. Il faut dire que les principes sur lesquels repose l’ICO contribuent par nature à rendre l’exercice risqué : le stade précoce de développement des projets (prototypage ou early stage) ; l’investissement ouvert à tous les détenteurs de cryptomonnaies sans contraintes, l’absence de réglementation par une autorité centralisée et les garanties réduites au strict minimum (un white paper suffit) ou encore l’extrême volatilité des cryptomonnaies renforcée par la revente des actifs par les premiers investisseurs… De fait, les arnaques s’accumulent à mesure que l’IPO s’ouvre à un public plus large, conduisant des acteurs comme Facebook ou le gouvernement chinois à les bannir de leurs réseaux.

Pourtant, la tendance ne semble pas s’inverser et le nombre d’ICO en 2018 devrait continuer de croître de façon exponentielle (2000 ont eu lieu en 2017, pour une soixantaine en 2016).

“Les ICOs sont le Far West de la finance. Mais les frontières précédentes ont été apprivoisées et civilisées” peut-on lire dans Forbes. De plus en plus d’acteurs en appellent ainsi à une régulation de la pratique, sans qu’un consensus sur les modalités ne soit aujourd’hui permis. En France, l’Autorité des Marchés Financiers s’est emparée du sujet et devrait rendre ses conclusions d’ici la fin mars. Selon son directeur de la division Fintech, Franck Guiader, trois options sont possibles :

  • Adapter la réglementation actuellement en vigueur pour les IPOs, ce qui semble difficile au regard des spécificités propres aux cryptomonnaies,
  • Encourager l’auto-régulation par la création d’entités représentantes du secteur chargées de promouvoir de bonnes pratiques,
  • Imposer une réglementation nouvelle, comme le préconisent dernièrement les associations de startups La Chaintech et France Digitale avec la mise en place d’un régime d’autorisation optionnel délivré par les régulateurs boursiers.

 

De ces trois options, la seconde semble la plus avancée à l’échelle internationale. En Inde, les acteurs du Bitcoin, en forte croissante depuis la démonétisation initiée en novembre 2016 par le gouvernement, se sont ainsi réunis au sein d’une fondation pour garantir une plus grande transparence du secteur. L’auto-régulation passe aussi par un accompagnement des projets vers une ICO calibrée à leurs besoins, comme le propose la startup indienne LaunchMyICO. Encore mieux, on assiste à la création d’incubateurs de startups chargés de faire le tri et de stabiliser le marché, comme Iconiq Lab à Berlin. Ces initiatives témoignent d’une volonté de la part des acteurs de la blockchain d’assainir le marché et de gagner en légitimité, à l’heure où la tendance des ICOs incarne tout ce qui ne va pas dans le secteur des cryptomonnaies.

portraits de célébrités qui soutiennent les ICOs

Paris Hilton, Floyd Mayweather et Jamie Foxx – entre autres – ont contribué à alimenter la rumeur en faisant la publicité d’ICOs douteuses. (Illustration par GlueKit pour le NYT)

A quel prix l’ICO deviendrait-elle mainstream ? Et si la bulle spéculative était la condition de possibilité de la massification de cette technologie, comme l’a été la bulle Internet ? C’est en tout cas l’avis partagé par Fred Wilson et Carlota Perez, qui constatent que chaque innovation technologique vient avec son lot d’arnaques et de scandales. Pourtant, la bulle des cryptomonnaies diffère de celle de l’Internet en 2000 sur un point majeur : la spéculation financière est largement décorrélée de l’adoption de la technologie par le grand public.

“Aujourd’hui, la frénésie est telle que des milliards de dollars courrent après une technologie que personne en dehors de la cryptocommunauté ne comprend, et encore moins n’utilise” résume ainsi Steven Johnson dans le New York Times Magazine. En comparant les débuts de la blockchain et ceux d’Internet, les points communs se situent finalement surtout du côté des imaginaires. Loin d’être un pur mirage libertarien, la blockchain serait une renaissance des utopies numériques qui prévalent à la naissance de l’Internet, celles de la diffusion globale de protocoles ouverts dont la valeur réside dans leur perpétuelle amélioration par une communauté élargie. Pourles pionniers de la crypto, l’ICO n’est qu’un outil au service de “l’économie de token”, cette alternative à la logique capitaliste qui redistribue le pouvoir des opérateurs d’un réseau à ses utilisateurs.

Désabusés par l’hégémonie des géants du web, les promoteurs de cette nouvelle économie ont pour ambition d’inventer de nouveaux protocoles open source capables de remplacer les anciens en y apportant les bienfaits de la blockchain (décentralisation, transparence, irréversibilité…). Ainsi, Steven Johnson fait dans son article le portrait de Juan Benet, un jeune ingénieur californien à l’origine de Protocol Labs, dont le projet InterPlanetary File System (IPFS) a pour but de renouveler le protocole d’accès aux pages web HTTP. Cette nouvelle infrastructure permettrait le développement de services décentralisés comme leur projet Filecoin, un système de location d’espace de stockage qualifié de “Airbnb de la donnée”. A terme, Filecoin pourrait concurrencer Dropbox et même Amazon en abaissant les coûts de stockage et en donnant la possibilité aux utilisateurs d’être rémunérés en tokens pour stocker dans leurs machines les données cryptées de tiers. Plus le service est utilisé, plus sa valeur grimpe et plus ses utilisateurs les plus actifs peuvent en bénéficier.

 

 

Filecoin a réalisé l’une des ICOs les plus valorisées de 2017, avec la vente de tokens pour l’équivalent de 205 millions de dollars, auquel s’ajoutent 52 millions de dollars investis par les très réputés fonds VC Sequoia Capital, Andreessen Horowitz et Union Square Ventures. Contrairement à de nombreux projets passés par des ICOs, le cas de Filecoin témoigne d’un usage réel et pertinent des tokens, qui deviennent la monnaie d’échange du service, et d’un besoin actuel. Cependant, la concurrence est forte dans le secteur du stockage de données et l’adoption du service par une masse critique d’utilisateurs encore incertaine.

Au delà des ambitions idéologiques, il demeure aujourd’hui difficile de dire quels sont les usages effectifs de la blockchain et si ceux-ci présentent un quelconque avantage sur l’existant. Si aujourd’hui les ICOs s’apparentent plus à du capitalisme sauvage qu’à la promesse d’un web plus égalitaire, c’est aussi que la technologie sous-jacente demeure abstraite pour le commun des mortels. Pour beaucoup, la phase de spéculation actuelle est un passage obligé pour voir naître des blockchains plus stables et matures. Ainsi résume l’auteur de The Trust Economy Philipp Kristian, “la foi aveugle dans la technologie, comme dans les marchés, nous rattrape toujours. Comme une boîte de Pétri, les technologies blockchain et leurs applications créent un environnement où le meilleur, le bénin et le moins désirable se développent côte-à-côte.”

 

Beyond the Bitcoin Bubble, par Steven Johnson sur le New York Times.

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