kiss my frogs
Contribuer
Twitter Facebook LinkedIn RSS
[ Rechercher ]
Accueil Contribuer TwitterTwitter FacebookFacebook LinkedInLinkedIn RSSRSS

Tout commence en 2009 dans un Blablacar. Pierre-Yves Pasquier, chef de ventes régional chez Danone et Rémi Gilbert, passionné par l’entrepreneuriat, partagent un covoiturage et une préoccupation commune : la lutte contre le gaspillage alimentaire. L’un vient d’Angers, l’autre d’Agen. Ensemble, ils fondent en 2013 Comerso, une startup dont la mission est de faciliter le don de denrées alimentaires et de réduire la production de déchets consommables. Aujourd’hui, l’entreprise multiplie les récompenses et son chiffre d’affaires, par quatre depuis trois ans. En novembre 2017, Comerso a noué un partenariat avec Microsoft Azure pour développer sa plateforme numérique et servir ses ambitions internationales.

A cette occasion, nous avons rencontré François Vallée, responsable marketing et communication, pour comprendre comment cette PME a réussi à s’imposer, en quelques années, comme leader sur son marché.

KMF : Hello François. Que fait Comerso ?

 

François Vallée : Comerso est un acteur pionnier au niveau national pour la valorisation des invendus. On travaille avec les entreprises pour les aider à lutter contre le gaspillage, notamment grâce aux dons aux associations. Nous avons un réseau de plus de 400 partenaires associatifs auprès desquels on livre tous les jours l’équivalent de 80 000 repas pour la redistribution. Ce sont 7 000 tonnes de marchandises sauvées des poubelles des entreprises.

 

Qui sont ces entreprises ?

 

Très majoritairement, celles de la grande distribution, c’est-à-dire toutes les grandes enseignes françaises. Depuis cette année, on travaille aussi avec des industries agro-alimentaires. La vocation de Comerso est de travailler avec toutes les entreprises de la chaîne de production, des coopératives agricoles aux distributeurs en passant par les industries de transformation. Nous collectons tous les produits invendus, conditionnés et emballés, avec une expertise spécifique sur les produits frais, qui sont essentiels dans l’aide alimentaire.

 

En quoi constitue cette expertise ?

 

La force de Comerso, c’est que nous avons les outils logistiques et numériques pour pouvoir redistribuer des produits frais en date courte dans un temps record aux associations. Notre spécificité, c’est de pouvoir gérer le transport de ces produits. Beaucoup d’associations avec lesquelles on travaille nous disent qu’avant, elles recevaient beaucoup de produits d’épicerie mais peu de frais. On leur offre davantage de quantité mais aussi de qualité, puisque nous formons les équipes des magasins à la sélection de produits. Les associations y gagnent, et de fait, les personnes bénéficiaires, qui peuvent avoir une alimentation plus équilibrée.

La présence d’Emmanuel Macron à l’inauguration de la campagne hivernale des Restos du Coeur en novembre dernier a relancé le débat sur la lutte contre la pauvreté – qui concerne près de 14% de la population française – et les associations sont nombreuses à constater l’augmentation de la demande d’aide alimentaire. Comment votre PME répond-t-elle à ce besoin croissant ?

 

En effet, nous constatons ce phénomène depuis le début de notre activité. Chaque mois, nous augmentons la quantité de marchandises invendues distribuées aux associations, et pourtant, très peu nous disent arriver à saturation. Une étude de l’INSEE réalisée en octobre dernier montre bien la croissance des populations précaires. Les bénéficiaires de l’aide alimentaire sont malheureusement chaque jour plus nombreux, du côté des séniors et des étudiants.

 

On se souvient de la mobilisation contre la javellisation des invendus qui a eu lieu en 2015. Depuis la loi Garot contre le gaspillage alimentaire a été votée à l’unanimité et promulguée le 11 février 2016. Comment a-t-elle contribuée à votre activité ?

 

On a la chance d’avoir cette loi, qui est vraiment incitative. La France est d’ailleurs le pays européen où la loi est la plus avancée, et beaucoup de pays étudient notre système de près. Concrètement, elle oblige les entreprises à ne plus jeter, et facilite le don avec des mesures fiscales avantageuses. Avant cela, il y avait déjà dans les procédures législatives des avantages, mais ce n’était pas inscrit dans la loi.

Pour nous, cet appel d’air légal nous a permis d’atteindre une croissance rapide. Les grandes surface doivent contracter un partenariat avec une ou plusieurs associations pour donner leurs invendus. Notre force, c’est d’avoir su développer un tissu de partenariats à l’échelle nationale avec quasiment toutes les associations d’aide alimentaire. On a une convention nationale avec la Banque alimentaire, les Restos du Coeur et la Croix Rouge, et en région avec le Secours Populaire, mais aussi des relations avec beaucoup d’associations locales. Notre rôle est de créer des synergies entre elles et les entreprises.

 

Qu’est-ce qui doit encore être amélioré ?

 

Nous pouvons aller encore plus loin et c’est la volonté du gouvernement actuel, qui a des ambitions fortes sur le sujet. Chez Comerso, nous participons activement à faire bouger les lignes sur ce sujet. A l’époque, nous avions eu plusieurs échanges avec Guillaume Garot (Ministre délégué à l’Agroalimentaire de 2012 à 2014). Aujourd’hui, Pierre-Yves Pasquier, l’un des co-fondateurs de Comerso, participe aux États Généraux de l’Alimentation pour réfléchir à ce qui pourrait être fait en matière de lutte contre le gaspillage.

Il y a beaucoup de simplification à apporter dans le processus de redistribution. Sur le terrain on voit bien que nos solutions sont rapidement adoptées par les associations, le besoin est réel.

 

Quelles sont ces solutions que vous mettez au service des entreprises et des associations ?

 

Nous avons trois solutions : l’audit, le numérique et le transport logistique. Aujourd’hui, le coeur de l’activité est la partie logistique, mais en termes d’effectifs, le numérique prend une place de plus en plus grande au sein de notre entreprise.

Notre volonté est de proposer aux entreprises une solution plus globale. Leur préoccupation majeure est de ne plus produire de déchets. De plus en plus, on agit en amont pour accompagner nos clients avec des diagnostics et des audits pour leur permettre de mieux gérer les invendus. On les aide à tendre vers le zéro déchet, avec des outils numériques pour aider la vente de produits frais et éviter la poubelle. Et comme il y a toujours une part incompressible de déchets, on les accompagne dans leur valorisation.

Mais la valorisation des invendus est un sujet tout récent, un nouveau marché, et il y a un travail de persuasion à faire. C’est de plus en plus facile, mais ça n’a pas toujours été le cas. Nous sommes en train de passer d’un produit de rupture, à une adoption beaucoup plus globale.

Côté associations, on agit sur la simplification administrative. Il y a encore beaucoup de papiers… On a donc créé des outils pour la dématérialisation de la gestion administrative des attestations fiscales que doivent délivrer les associations.

 

Où opérez-vous ?

 

On est présent partout en France depuis 2017. Les derniers recrutements vont nous permettre d’être encore plus présents dans le Nord et l’Est de la France. Certaines régions sont plus actives, comme en Maine-et-Loire, bastion historique de Comerso.

 

L’équipe Comerso, c’est combien de personnes ?

 

On est une trentaine de salariés, avec 50 chauffeurs pour le transports des marchandises, qui sont majoritairement en contrat d’insertion professionnelle. On les aide à un retour vers l’emploi. Comme on opère un peu partout en France, l’équipe est éclatée, mais nous avons deux sièges principaux : à Agen pour la direction et à Angers où se situe notre centre de R&D.

 

Sur quelles technos travaillez-vous actuellement dans ce centre ?

 

Dès 2013, Pierre-Yves et Rémi (les co-fondateurs) avaient bien conscience que l’avenir du secteur allait se jouer sur les nouvelles technologies et qu’il ne fallait pas rater le coche. Le coeur du sujet pour nous, et ce qui fait notre valeur ajoutée, c’est le big data au service de la lutte contre le gaspillage. On a une manne d’information conséquente, et il nous faut les bons outils pour traiter ces données et offrir le meilleur service à nos clients et aux associations.

L’essentiel de l’activité aujourd’hui à Angers se concentre sur l’amélioration et le développement de notre plateforme numérique, qui permet à nos clients de suivre leurs ventes, pour mieux calibrer le volume d’invendus, et les dons, avec une traçabilité des flux. Les priorités pour nous sont la simplification, la sécurisation et la connectivité. Cela représente cinq personnes à temps plein, et l’un des plus gros enjeux de recrutement pour nous en 2018 va être de bien dimensionner cette partie numérique.

 

Et justement, c’est cette orientation stratégique qui vous a rapproché de Microsoft ?

 

Tout à fait, nous sommes entrés en contact avec l’équipe de Microsoft au bon moment. Nous sommes passé à l’échelle et on avait besoin d’une montée en puissance sur nos capacités techniques. Nos clients se transforment eux aussi, et ont besoin que nous puissions répondre à leurs enjeux, comme celui de la sécurisation des données qui occupe une place majeure. C’est essentiel, parce que tous les jours nous manipulons des données ultra-sensibles. On avait aussi besoin de se doter d’un outil qui nous permette de gérer de façon plus confortable le volume d’information que l’on traite chaque jour et de continuer notre croissance de façon sereine. Ce sont les deux points clés qui nous ont encouragé à collaborer avec Microsoft.

 

Comment s’est construite la collaboration ?

 

Microsoft nous a proposé de collaborer en organisant un hackathon, qui réunissait nos équipes techniques et les leurs. A la fin de ces trois jours, la migration de notre plateforme sur Microsoft Azure était complète. Cette bascule en un temps record a réduit la marge d’erreurs inhérente à ces transferts. Aujourd’hui, on bénéficie beaucoup de ce partenariat pour continuer à innover et à étendre nos activités.

Cette expertise numérique fait aujourd’hui notre différence par rapport à nos concurrents, même s’ils sont peu nombreux sur le marché français.

 

Pourquoi la sécurisation est aussi importante pour votre business ?

 

Beaucoup d’entreprises n’osent pas aujourd’hui faire de dons, parce qu’ils se disent que s’il y a un problème, ça va leur retomber dessus. Ils ont raison, la responsabilité juridique est sur l’entreprise donatrice. C’est pour cela qu’on offre une solution clé en main qui permet de donner en toute sécurité. Mais la sécurisation ne concerne pas seulement les données. Par exemple, on continue à innover sur la sécurité sanitaire, en installant des sondes numériques dans les magasins et les camions pour suivre en temps réel la chaine du froid. Les sondes sont pluggées à la plateforme et nous permettent d’assurer une sécurisation totale.

 

Ce positionnement fort sur le numérique a-t-il un impact sur votre business model ?

 

Oui, on est en train de diversifier nos sources de revenus. A l’origine, notre business model est fondé sur le don. Quand une entreprise donne un produit, elle fait deux types d’économies : d’une part, elle récupère 60% de la valeur du prix d’achat du produit en allègement fiscal. D’autre part, comme son volume de déchets diminue, elle économise sur le coût du traitement. Comerso aide les entreprises à donner, donc on prend un pourcentage des économies générées par l’entreprise.

Avec notre brique numérique qui se développe à vitesse grand V, on développe un modèle de forfaits que les entreprises contractent pour utiliser nos outils d’aide à la vente de produits à date courte.

 

Parlons un peu de votre organisation interne. Comment gérez-vous au quotidien votre croissance rapide ?

 

On a la chance d’avoir une vraie raison d’être d’entreprise. C’est une chance parce que beaucoup d’entreprises classiques se posent cette question. Nous, nous avons une réponse claire. Le sens de notre mission est de lutter contre le gaspillage alimentaire en aidant les bénéficiaires et les personnes éloignées de l’emploi. C’est l’une de nos forces, et c’est ce qui nous fait tous avancer en interne.

Notre enjeu côté management est de faire perdurer cet esprit-là à mesure que nous grandissons. Dans le monde des startups, on constate que les difficultés commencent à apparaître le jour où la structure prend de l’ampleur. Notre chantier est là. Comment faire vivre ces valeurs ? Par exemple, on n’est pas du tout dans une structure pyramidale, chacun interagit avec tout le monde. Aujourd’hui, on peut se le permettre parce qu’on est encore petit, mais demain comment va-t-on faire perdurer ça ?

D’autant plus que nous ne travaillons pas ensemble au quotidien, mais un peu partout en France. On fait partie du réseau Village by CA qui nous héberge à Bordeaux. De mon côté, je travaille à Nantes où je m’appuie sur ce réseau pour développer des synergies avec d’autres startups.

 

Ce choix de vous implanter en dehors de Paris, comme à Agen et Angers, quelles répercussions a-t-il sur votre activité ?

 

Ca a des avantages comme des inconvénients. En termes d’image, on est mieux identifié au niveau des territoires. On est en relation avec les CCI et les régions, qui voient en nous un véritable acteur de proximité. L’inconvénient, c’est que beaucoup de choses se passent à Paris, les rassemblements institutionnels par exemple, donc ça implique des déplacements fréquents.

 

Comment développez-vous votre réseau avec l’écosystème French Tech ou d’autres ?

 

Je dirais que nous appartenons à plusieurs écosystèmes, du fait de notre activité. D’une part, le gaspillage alimentaire est une thématique privilégiée de l’ESS, dont nous sommes aujourd’hui un acteur référent. D’autre part, nous nous sentons de plus en plus proches de l’écosystème tech, et nous savons que notre avenir se joue sur le numérique.

 

Comment se dessinent les prochaines années pour Comerso ?

 

En termes de développement, nous avons pour ambition d’étendre notre périmètre à l’international, en Europe pour commencer. En France, nous souhaitons renforcer notre visibilité auprès des acteurs institutionnels et privés qui agissent pour le zéro déchet. Cela passe par mieux comprendre les interactions entre eux et par développer la notoriété de Comerso.

Microsoft respecte votre vie privée. Veuillez consulter notre Déclaration de confidentialité.

Les commentaires sont fermés pour cet article