kiss my frogs https://www.kissmyfrogs.com Wed, 18 Apr 2018 07:54:45 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.7.3 Start-up Fintech et Banque : une liaison dangereuse? https://www.kissmyfrogs.com/start-fintech-et-banque-une-liaison-dangereuse/ Tue, 17 Apr 2018 08:43:18 +0000 https://www.kissmyfrogs.com/?p=2805 Les Fintechs sont  devenues des objets de convoitise pour les banques.  Désormais le secteur de la Fintech doit maintenant composer avec les avances plus cavalières des banques, obligeant les start-up à choisir la meilleure posture à adopter. On imagine 4 scénarios possibles, et KMF vous les sert sur un plateau.La FinTech semble avoir connu sa petite disruption.

The post Start-up Fintech et Banque : une liaison dangereuse? appeared first on kiss my frogs.

]]>

Les Fintechs sont  devenues des objets de convoitise pour les banques.  Désormais le secteur de la Fintech doit maintenant composer avec les avances plus cavalières des banques, obligeant les start-up à choisir la meilleure posture à adopter. On imagine 4 scénarios possibles, et KMF vous les sert sur un plateau.

La FinTech semble avoir connu sa petite disruption. On nous le rappelle lors de l’événement Fintech Révolution : 31 milliards de $ ont été injectés dans l’industrie bancaire numérique en 2017 selon l’étude KPMG, « The Pulse of Fintech. » Au delà de cet investissement massif, il faut surtout lire dans ce rapport un changement du regard des banques à l’égard des trublions de la fintechs. Et réciproquement. Hier discréditées, tout porte à croire que les fintechs soient finalement devenues des objets de convoitise. Et à l’inverse, ces dernières regardent désormais avec intérêt l’acteur traditionnel qu’on voulait hier envoyer au placard d’un coup de balai idéologique. En 2018, les fintechs finissent-elles par embrasser la promotion canapé ? Depuis que Compte Nickel a été rachetée par la BNP Paribas, ce renversement est sur toutes les bouches. Auparavant un peu condescendantes l’une envers l’autre, les discours sont à la complémentarité. Au fameux modèle gagnant-gagnant.

Le célibat

 

Le premier scénar’, c’est l’indépendance. Être seul contre tous. Devenir une fintech qui pèse dans le game. Se transformer en une superbe licorne bancaire qui ne puisse être absorbée dans le giron de la banque. Ou si telle est votre destinée, d’avoir la force de le quitter. Pour cela, il vous faudra suivre la trajectoire de Paypal, qui rachetée par Ebay, a entamé une procédure de divorce en 2015. Totalement indépendante depuis 2018, c’est à son tour d’absorber d’autres boîtes comme Swift Financial. Racheter ou être racheté ? Telle est la question qu’il faudra vous poser. Mais n’est pas Paypal qui veut, et pour échapper à l’absorption, vous devrez diversifier votre offre, vous développer à l’international ou bien entrer sur le marché boursier. Et ça, c’est une autre histoire… de domination.

Le mariage de raison

 

Le deuxième scénario, c’est le coup de foudre. Vous vous rendez compte qu’en dépit des obstacles qui vous séparent, vous êtes faits l’un pour l’autre. C’est cette fameuse « synergie opératoire entre les banques et les fintechs » qu’évoque Hugues le Bret, le créateur de Compte Nickel récemment rachetée par la BNP Paribas. Cette prise de conscience que la banque est en définitive votre moitié. C’est le ressenti de Clément Coeurdeuil, le fondateur de Budget Insight :

 « Les banques et les fintechs fonctionnent en miroir.  Les banques ont un business model établi, elles sont riches mais lentes. Les fintechs sont pauvres, sans business model, mais très agiles. Pour moi elles sont condamnés à travailler ensemble »

Pour être plus terre-à-terre, ce tournant s’envisage dès lors que la start-up Fintech a atteint un plafond de verre au dessus duquel elle ne peut plus se développer. Alors la banque fait figure du riche époux avec qui il est quand même bon de s’acoquiner. C’est en tout cas le choix qu’ont fait de nombreuses fintechs pour écrire une nouvelle page de leur histoire, à l’instar du mariage de KissKissBankBank avec la Poste, ou de Playpug avec Natixis.

Le harem

 

C’est le rêve d’hégémonie que désire exercer en secret toute banque qui se respecte… Se délivrer des produits financiers pour vous laisser faire le travail à sa place. Ce rêve de vous manager, vous et plusieurs autres start-ups, tout en restant le cerveau des opérations. Ou le gardien du harem. C’est ce qu’on peut décrypter dans les propos du nouveau CEO de l’Atelier BNP Paribas, John Egan :

« Le rôle des fintechs a changé. D’adversaires hier, elles sont devenues aujourd’hui des tiers-parties, des fabricants de produits. A l’avenir, les banques ne fabriqueront pas leurs propres produits, elles s’appuieront sur les fintechs. »

 Attention à l’annexion donc pour ce troisième scénario ! Comme lui répliqua la député Laure de la Raudière : « il ne faut pas que les grandes structures étouffent l’innovation par conservatisme. » Et tant pis pour les réacs.

La polygamie

 

Enfin, si vous ne pouvez pas rester célibataire, que les relations avec la banque vous lassent et que le désir s’émousse… il suffit d’aller voir ailleurs ;). Accouplez-vous avec d’autres fintechs pour mutualiser vos forces et capitaliser sur les services bancaires qui sont les vôtres. Ne dit-on pas que l’union fait la force ? D’autres avant vous ont tenté l’expérience. C’est le cas des start-ups Bankin’ et de son partenaire Yomoni.

« Nous avions besoin d’un partenaire dans l’épargne en ligne qui dispose des bons produits et qui partage notre vision. Nous l’avons trouvé chez Yomoni. »

Tels sont les mots de Joan Burkovic, le co-fondateur de Bankin’. Et ils vécurent heureux.

Alors, quelque soit votre orientation, dîtes-vous que KMF n’est pas là pour vous juger. Même si vous passez parfois pour « un salop qui s’est vendu » comme rétorquait un journaliste à Hugues Le Bret, nous savons que vous n’êtes pas des enfants de choeur, et que tous les scénarios sont bons, quand business is business.

Vous vous reconnaissez dans ces scénarios, ou vous êtes prêts à sauter le cap ?

The post Start-up Fintech et Banque : une liaison dangereuse? appeared first on kiss my frogs.

]]>
4 livres pour 4 étapes de la vie d’une startup https://www.kissmyfrogs.com/4-livres-pour-4-etapes-de-la-vie-dune-startup/ Fri, 13 Apr 2018 15:45:42 +0000 https://www.kissmyfrogs.com/?p=2724 Chers start-uppers, Vous courez après le temps tel Forrest Gump. La vue d’un écran de MacBook vous est plus familière que celle de l’encre et du papier. Et vous regrettez peut-être l’époque, où jadis le temps vous était donné de pouvoir lire en toute sérénité, emmitouflé dans une couette et un verre de vinasse à

The post 4 livres pour 4 étapes de la vie d’une startup appeared first on kiss my frogs.

]]>

Chers start-uppers,

Vous courez après le temps tel Forrest Gump. La vue d’un écran de MacBook vous est plus familière que celle de l’encre et du papier. Et vous regrettez peut-être l’époque, où jadis le temps vous était donné de pouvoir lire en toute sérénité, emmitouflé dans une couette et un verre de vinasse à la main. Mais voilà, ce temps n’a plus lieu d’être. Car vous vous êtes lancés dans cette folle aventure entrepreneuriale qui vous fait suer sang et eau, et où parfois avouez-le, vous vous oubliez vous-même sous les vents et marées de la coolitude. Et si d’ordinaire, il vous arrive de retrouver l’illusion d’un petit frisson de lecture, c’est pour vous taper le Strategor, ou bien le Business Model Nouvelle Génération. Enfin… la quatrième de couverture.

Heureusement KMF est sympa et pense à vous. La rédaction vous propose de joindre l’utile à l’agréable… littéraire pour sortir un peu des sentiers battus. Voici 4 livres pour accompagner les 4 grandes étapes de votre jeune pousse. 4 livres que vous pourrez lire à raison de 15 min par jour, dans les toilettes d’un coworking. Car, c’est le seul endroit où l’on ne viendra pas vous solliciter pour un brainstorming improvisé. Voici comment créer, développer, planter et recréer votre start-up.

CRÉER SA START-UP – LA GENÈSE

 

Notre premier conseil lecture chers start-uppers, c’est La Genèse. Pourquoi ? Parce qu’il fallait commencer par le commencement. Créer une boîte, c’est comme la création d’un univers où il faut créer une forme à partir de l’informe. Faire naître la lumière de la densité du chaos. Mais aussi parce qu’être entrepreneur est l’acte d’un démiurge. Alors, dans le doute il est toujours bon de savoir comment Dieu a pu créer le monde en 7 jours. Par contre, comptez 7 ans pour vous. Bah oui, c’est Dieu quand même.

“Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut!”

DÉVELOPPER SA START-UP – GERMINAL

 

Germinal de Zola sera notre second conseil lecture chers start-uppers. Parce que vous allez trimer pour jouir des fruits de votre labeur et pour transformer le charbon en or. Ou le bitcoin en cash. A vous de choisir. N’oubliez pas que vous êtes les mineurs des temps modernes, qui ont troqué leurs pioches contre un smartphone. Et c’est au bout de longs efforts, et de révoltes intérieures voire sociales que vous trouverez la croissance tant espérée.

« Le salariat est une forme nouvelle de l’esclavage, reprit-il d’une voix plus vibrante. La mine doit être au mineur, comme la mer est au pêcheur, comme la terre est au paysan… Entendez-vous ! La mine vous appartient, à vous tous qui, depuis un siècle, l’avez payée de tant de sang et de misère ! »

PLANTER SA START-UP : LA CHUTE

 

Troisième conseil lecture :  La Chute d’Albert Camus.  Bah oui, puisqu’il n’est pas exclu que même après la croissance vienne la décadence. Au gré d’un revirement économique, structurel ou personnel. Il faut toujours cultiver son petit jardin d’humilité. Quand on sait que le taux d’échec d’une start-up est de l’ordre de 90 %, et même si nous ne doutons jamais de vous, chers start-uppers, sur un malentendu, ça peut échouer. Dans le doute, préparez vos parachutes.

Il fut un temps où j’ignorais, à chaque minute, comment je pourrais atteindre la suivante.”

REMONTER UNE START UP – L’ÉTERNEL RETOUR

 

La vie d’un entrepreneur c’est le tonneau des Danaïdes. Elle se résume souvent à se casser les reins pour remplir un tonneau percé. Rien ne se perd, rien ne se crée… tout se recrée. Alors, chers start-uppers si vous avez planté votre première boîte, remontez-en une plus prometteuse. C’est l’histoire de la vie, le cycle éternel. Pour cette raison, KMF vous invite à vous plonger dans la lecture du philosophe Mircea Eliade : Le Mythe de l’Éternel Retour.

« Le monde naît, s’effrite, périt et naît de nouveau dans un rythme très précipité. Le chaos est l’acte cosmogonique qui met fin au chaos par une nouvelle création sont réactualisés périodiquement.”

Ainsi se finit cette liste de recommandation de lecture littéraire. Et si d’aventure chers start-uppers vous n’êtes pas convaincus de l’importance de la lecture dans votre parcours sachez qu’entrepreneurs et écrivains ont beaucoup en commun. Chez Station F, Rachel Vanier en est convaincue : « comme l’écrivain, l’entrepreneur doit aimer souffrir. »  L’écrivain accouche en effet d’une œuvre. L’entrepreneur, d’une boîte. De beaux bébés !

Et pour les (vrais) must reads de l’entrepreneur, on ne saurait que vous conseiller de vous inscrire à Koober, si ce n’est pas déjà fait !

The post 4 livres pour 4 étapes de la vie d’une startup appeared first on kiss my frogs.

]]>
Travailler en start-up : le néomanagement nous tuerait-il ? https://www.kissmyfrogs.com/travail-et-startup-le-neomanagement-nous-tuerait-il/ Thu, 12 Apr 2018 11:10:59 +0000 https://www.kissmyfrogs.com/?p=2731 Et si le néomanagement nous tuait à petit feu ? C’est en tout cas le constat que fait l’expert du management et professeur à Stanford, Jeffrey Pfeffer, dans son dernier ouvrage au titre percutant : “Dying for a Paycheck”. Sans surprises, les conditions de travail les plus à risque sont celles que l'on retrouve bien

The post Travailler en start-up : le néomanagement nous tuerait-il ? appeared first on kiss my frogs.

]]>

Et si le néomanagement nous tuait à petit feu ? C’est en tout cas le constat que fait l’expert du management et professeur à Stanford, Jeffrey Pfeffer, dans son dernier ouvrage au titre percutant : Dying for a Paycheck. Sans surprises, les conditions de travail les plus à risque sont celles que l’on retrouve bien souvent chez les start-ups. On revient sur ce phénomène pour comprendre les dangers du néomanagement, et comment les start-ups peuvent les éviter.

D’après le chercheur en management américain, la vie de bureau ne serait pas moins dangereuse qu’une profession à risques. Pour les ouvriers de l’open space, la surcharge de travail et le stress liés aux politiques managériales de la performance sont un véritable danger de mort. Bien connu en Asie, le phénomène se mesure à peine aux Etats-Unis et en Europe, où les premières études démontrent son ampleur, notamment chez les femmes et les minorités. Pour vaincre ce fléau, Jeffrey Pfeffer veut l’exposer au grand jour, et initier une prise de conscience collective de la “pollution sociale” au bureau, comme l’a connu l’écologie dans les années 60.

D’après ses recherches, l’environnement toxique du travail serait la cinquième cause de mortalité aux États-Unis, notamment lié aux conséquences sur la santé physique et mentale du stress. L’année passée, 120 000 personnes sont ainsi décédées aux États-Unis à cause de leur cadre de travail. Le phénomène n’est pas nouveau, et ne connaît pas de frontières. En Chine, un million de personnes meurent chaque année à cause d’une surcharge de travail, tandis qu’au Japon, le phénomène est si fréquent qu’il porte un nom, karoshi, reconnu comme maladie professionnelle depuis les années 70. Et la France n’est pas en reste.

Difficile de dire si le phénomène s’aggrave avec les années, mais pour Jeffrey Pfeffer, les facteurs, eux, sont de plus en plus nombreux. Insécurité économique, sollicitations permanentes, équilibre vie pro/vie privée menacé, les causes du mal-être au travail se multiplient. La gig economy, l’économie des plateformes de micro-travail, a déjà fait ses premières victimes.

Parmi les principales causes identifiées par Pfeffer :

  • des horaires imprévisibles et excessifs
  • des attentes irréalistes
  • l’absence d’assurance santé
  • le manque de contrôle et d’autonomie.

En somme, le quotidien de beaucoup d’entrepreneurs, indépendants ou startuppeurs, dont on sait déjà qu’ils sont les plus exposés au burn-out.

Le coût de la “pollution sociale”

 

Avec son livre, Jeffrey Pfeffer espère susciter un réveil collectif du type de celui qu’a provoqué en 1962 la publication du Printemps silencieux de Rachel Carson sur la pollution environnementale et les risques liés à l’usage de pesticides. Pour cela, il élabore sur la notion de “pollution sociale” inventée par Nuria Chinchilla, professeur de management à l’IESE Business School. Celle-ci désigne l’ensemble des pratiques managériales qui ont un impact néfaste sur la santé physique et psychologique des employés, comme le micromanagement ou la dissolution de la vie privée. L’avantage de ce concept, c’est qu’il permet d’avoir une approche englobante sur la question du bien-être au travail, à rebours de la responsabilité individuelle que l’on impose au salarié comme au manager. “Les entreprises devraient se préoccuper de ce qu’elles font à l’environnement social, pas seulement à l’environnement physique”, explique l’universitaire.

“Prévenir plutôt que guérir”

 

Il faut dire que depuis plusieurs années, Jeffrey Pfeffer alerte sur la toxicité des environnements de travail dans un pays où l’accès à la protection sociale dépend encore principalement de son activité professionnelle. Il en est même arrivé à la conclusion que si les États-Unis possédaient une couverture sociale universelle comme en Europe, la moitié des décès liés aux conditions de travail pourraient être évités. Mais traiter les effets du stress au travail (engendrant dépression, addictions, maladies chroniques…) ne suffit pas. Comme pour l’impact environnemental ou la sécurité au travail, une régulation doit être mise en place pour préserver le bien-être des employés. Pour cela, les Etats-Unis n’hésitent pas à s’inspirer de la France, et Jeffrey Pfeffer cite, dans une interview pour The Outline, la proposition de loi déposée par un conseiller municipal de New York pour le droit à la déconnexion des salariés.

Un climat orwellien

 

 

Dans la course à la performance, l’entreprise n’hésite plus à rationaliser les comportements de ses équipes. Pour cela, certaines cherchent à automatiser la gestion de leurs ressources humaines à grand renfort d’algorithmes. Au MIT Media Lab est née la start-up Humanyze, qui utilise les données pour mesurer la satisfaction des employés et leurs interactions au travail. Elle propose une “plateforme d’analyse de personnes” qui recense toute l’activité d’un employé : la fréquence de ses conversations, ses déplacements, son taux d’activité et même son humeur. Et elle n’est pas la seule. “Cette entreprise en sait plus long sur moi que ma propre famille”, témoigne Leighanne Levensaler de Workday, une start-up qui prédit les départs d’employés, à The Economist. Et justement, ce que montre Jeffrey Pfeffer, c’est que cette surveillance généralisée peut avoir un impact destructeur sur le tissu familial… comme sur la performance des entreprises à long terme. Personne n’y gagne et l’auteur s’adresse aux dirigeants pour les exhorter à prendre la mesure du problème.

La culture d’entreprise n’est pas un supplément d’âme

 

“C’est plus grave que je ne le pensais” répond-t-il quand on l’interroge sur ses découvertes. Toutes les industries, et tous les échelons en sont affectés. Le problème est systémique, mais touche encore plus les minorités, qui font face à des discriminations auxquelles s’ajoute un climat social pollué. Et les solutions ne sont pas simples. Parler de “bienveillance” au travail ne veut plus rien dire, et Jeffrey Pfeffer se montre très critique vis à vis des réponses apportées par les entreprises pour garantir le bien-être de leurs employés. En clair, cours de yoga, salles de sieste et goûters gratuits ne suffiront pas à endiguer le fléau. Pour cela, sa confiance se dirige vers la puissance publique et la justice. Comme pour la protection de l’environnement, les entreprises doivent être tenues responsables pour leurs actions. La régulation est une solution à long terme, qu’un scandale semble seul capable d’accélérer. “Si nous voulons un jour faire des progrès là-dessus, nous avons besoin de l’une de ces deux choses : le gouvernement, ou un énorme procès.”

The post Travailler en start-up : le néomanagement nous tuerait-il ? appeared first on kiss my frogs.

]]>
Recast.AI, une start-up dans la cour des grands https://www.kissmyfrogs.com/recast-ai-une-start-dans-la-cour-des-grands/ Tue, 10 Apr 2018 11:15:23 +0000 https://www.kissmyfrogs.com/?p=2712 Pour inaugurer notre série sur les coulisses de l’AI Factory, le programme Microsoft pour les start-ups de l’intelligence artificielle en résidence à Station F, nous rencontrons l’une de ses plus fières représentantes : Recast.AI. Auréolée comme la toute première exit du campus, la start-up raconte son histoire et ce qui l’a menée à une acquisition

The post Recast.AI, une start-up dans la cour des grands appeared first on kiss my frogs.

]]>

Pour inaugurer notre série sur les coulisses de l’AI Factory, le programme Microsoft pour les start-ups de l’intelligence artificielle en résidence à Station F, nous rencontrons l’une de ses plus fières représentantes : Recast.AI. Auréolée comme la toute première exit du campus, la start-up raconte son histoire et ce qui l’a menée à une acquisition rapide (deux ans et demi d’existence) lors du premier Q&A organisé par les équipes de Microsoft à Station F.

Derrière chaque start-up se cache une histoire singulière. Celle de Recast.AI commence autour d’une piscine remplie de « barbus », comme les appelle Jasmine Anteunis, cofondatrice de la plateforme conversationnelle devenue leader français des chatbots. Pendant plusieurs mois, Jasmine et deux de ses associés, Julien Blancher et Paul Renvoisé, s’initient au code informatique au sein de la première promo de 42. Une reconversion inattendue pour l’ancienne élève des Beaux Arts, pour qui la pratique du code relève de l’art. C’est grâce à l’équipe de l’école informatique que les jeunes diplômés rencontrent en 2015 l’entrepreneur aguerri Patrick Joubert, aujourd’hui CEO de Recast.AI.

“On a parié sur les quatre premiers mois”

 

Avec la double intuition que le conversationnel est un marché porteur pour l’intelligence artificielle, et que le machine learning doit être rendu accessible à tous, les quatre co-fondateurs pilotent le lancement de la start-up en septembre 2015. S’en suit une première phase au cours de laquelle l’équipe poursuit sa R&D, ingurgitant tout ce qui s’écrit sur le NLP (Natural Language Processing). “On a parié sur les quatre premiers mois”, résume Jasmine. Deux mois après le lancement de sa version bêta, la start-up décolle grâce au post d’un utilisateur sur Product Hunt. Les 1000 premiers utilisateurs rejoignent ainsi la plateforme collaborative, qui permet à n’importe quel développeur de créer son chatbot.

 

Plus de 30,000 développeurs ont créé plus de 60,000 bots sur la plateforme Recast.AI.

La force de la solution de Recast.AI devient sa mise en production rapide : 9 semaines pour un chatbot opérationnel. “C’est notre avantage compétitif”, explique Omer Biran, CTO depuis novembre 2016. Pour cet économiste et computer scientist israélien, passé par Intel et le CNRS, Recast.AI est parvenu à faire de ses faiblesses (peu de données et une équipe réduite), un atout. “La distance entre le terrain et le labo (field to lab) est très courte, ce qui nous donne une meilleure compréhension de la réalité de nos utilisateurs.” Et Jasmine d’ajouter : “notre techno devait être comprise intuitivement, et permettre des feedback rapides”, loin du machine learning tel qu’il est développé par les géants de la tech.

“Notre concurrent, c’est Watson de IBM”

 

Très vite, la start-up parvient à se hisser dans la cour des grands. Elle est ainsi distinguée par Andreessen Horowitz aux côtés de IBM, Google et Microsoft dans son playbook sur l’intelligence artificielle. “On n’y connaissait rien, donc on n’avait aucun a priori sur la méthode à employer” reconnaît Jasmine. Mais contrairement à ses concurrents, Recast.AI doit rapidement trouver un modèle viable pour soutenir sa techno, et en août 2016, elle se lance à la recherche d’un use case. Ce travail durera un an, avant que la start-up ne décide finalement de se spécialiser dans le service client. Entre temps, l’océan bleu du conversationnel est devenu rouge, et les concurrents pullulent. “Un client n’achète pas un produit, il achète une valeur. Nous devions décider de la nôtre”, explique Omer. En se concentrant sur l’automatisation du service client, la start-up cible un cas d’usage porteur auprès des corporates, dont elle compte aujourd’hui plus d’une vingtaine de clients comme EDF, SFR ou Groupe Mutuel. “La recherche de business model est un processus itératif, de convergence avec l’évolution du marché”, souligne Omer, “et chaque nouveau client nous permet de l’adapter”.

A l’ouverture de Station F en juin 2017, la start-up est l’une des sept premières à rejoindre l’AI Factory, et devient une pionnière de la communauté constituée par Microsoft autour de l’intelligence artificielle avec le soutien de l’INRIA. Elle bénéficie au titre du partenariat d’un hébergement sur le campus et de l’expertise technique et marketing des équipes Microsoft. “Avec leur aide, nous avons été en mesure d’organiser des workshops mensuels pour assister les développeurs de notre communauté, et lancer notre nouvelle offre Bot Skills pour atteindre une plus large audience”, détaille Jasmine sur le blog de Station F.

“L’exit, c’est une opportunité. Pas un plan A. »

 

Fin 2017, la start-up entame son processus de levée, après avoir levé 2 millions d’euros en seed en juin 2016 auprès de la BPI et de Publicis90. Le processus est déjà en cours quand le groupe allemand SAP témoigne son intérêt pour une acquisition. La proposition (dont le montant est confidentiel) séduit l’équipe désormais constituée de 27 personnes. En quelques mois, le rachat est confirmé, et Recast.AI entre dans l’écosystème du géant des logiciels.

Pourquoi avoir accepté une acquisition à ce stade de développement ? Pour Jasmine Anteunis, la réponse se trouve dans l’impact que l’intégration de la solution donne à Recast.AI : “notre enjeu, à présent, est de faire en sorte que ce que l’on a développé soit accessible dans tout le scope des produits SAP, puis dans le monde entier.” Avec un portefeuille de plus de 365 000 clients partout dans le monde, SAP ouvre une nouvelle page de l’histoire de Recast.AI. “Il y a deux éléments à prendre en compte et qui sont souvent ignorés”, explique Omer Biran, “d’une part, le temps : nous approchions du point des 3 ans, qui est crucial pour une startup. D’autre part, le terrain : pour les start-ups, il ne faut pas oublier qu’il est souvent glissant. On voit beaucoup de cas où elles échouent, pour des raisons souvent indépendantes d’elles.” Dans le secteur du conversationnel, la convergence de l’IoT et de l’intelligence artificielle avec Alexa ou Google Home, présage d’un bouleversement du marché qui peut bénéficier ou mettre à mal les petits acteurs. Pour le CTO de Recast.AI, “l’exit, c’est une opportunité, pas un plan A ». C’est un processus qui peut être dangereux, mais quand ça arrive, c’est génial.”

The post Recast.AI, une start-up dans la cour des grands appeared first on kiss my frogs.

]]>
L’URSSAF atterrit chez Station F https://www.kissmyfrogs.com/lurssaf-facilitateur-de-station-f/ Mon, 09 Apr 2018 09:23:58 +0000 https://www.kissmyfrogs.com/?p=2705 Depuis septembre 2017, French Tech Central réunit une trentaine d’acteurs publics au sein de Station F pour faciliter la vie des entrepreneurs et soutenir le développement de leur activité. Une « offre » de services publics gratuite et accessible à tout entrepreneur de l’écosystème. Parmi eux, l’Urssaf, cette « Union de recouvrement des cotisations de

The post L’URSSAF atterrit chez Station F appeared first on kiss my frogs.

]]>

Depuis septembre 2017, French Tech Central réunit une trentaine d’acteurs publics au sein de Station F pour faciliter la vie des entrepreneurs et soutenir le développement de leur activité. Une « offre » de services publics gratuite et accessible à tout entrepreneur de l’écosystème. Parmi eux, l’Urssaf, cette « Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale », à la fois passage obligé pour les startups qui recrutent, et acteur de la solidarité nationale. Près de six mois après leur arrivée, il était temps de revenir sur cette présence intrigante, pleine de promesses. Voici donc quelques anecdotes de l’expérience de l’Urssaf à Station F, recueillies par Louis Fleuret, responsable de l’offre de services publics au sein de la Mission French Tech.

Avril 2017: rencontre du troisième type

Premier échange avec l’Urssaf dans le cadre d’une réunion entre les services publics qui seront présents à Station F au sein de French Tech Central. Ma première rencontre avec un agent de l’Urssaf, en chair et en os. C’était Laetitia. Echange à peine cordial, presque suspicieux : « Pourquoi venir à Station F alors qu’on a un centre d’accueil pour recevoir les cotisants à proximité (180 mètres exactement, pour être précis) ? Est-on certain que les startups vont avoir envie de rencontrer des équipes de l’Urssaf ? Pourquoi faire un traitement spécifique pour les startups ? ». Sensation de prise en étaux, moi qui pensais arriver avec un projet génial porté par la Mission French Tech, et me voilà interrogé sur le bien fondé de l’idée. (Depuis, les relations sont excellentes avec Laetitia!).

Pour autant, ses questions étaient pertinentes. Et les réponses, simples. Notre objectif est de faciliter la vie des entrepreneurs de l’écosystème, il faut donc que les services publics connaissent bien les spécificités des startups pour mieux les accompagner et, quand c’est nécessaire, s’adaptent à leurs besoins. Au sein de French Tech Central, l’Urssaf commence à créer une proximité avec ces acteurs, incomparable avec la présence d’un bureau classique, si près soit-il.

Mais les startups allaient-elles réellement y solliciter l’Urssaf ? Aucune certitude alors que le bâtiment était à l’époque encore en chantier et que jamais n’avaient été réunis tous ces acteurs publics (Bpifrance, douanes, CCI, Inpi, Agence nationale des fréquences, Arcep, Direccte, CNIL, CNES, etc) dans un même lieu. Malgré ces interrogations et l’incertitude qui planait, la direction de l’Urssaf Ile-de-France accepte, prend un risque, avec le soutien de la préfecture de région d’Ile-de-France, toujours moteur dans le projet. Elle lance un appel au sein de ses services : « Qui veut rencontrer des startups à Station F ? », sans savoir s’il y aura des agents volontaires pour aller conseiller des entrepreneurs qui, il faut bien le dire, ont envie de passer le moins de temps possible avec l’Urssaf, et qui ont pour certains connus quelques problèmes avec l’institution… Surprise, plus de 50 agents de l’Urssaf, de toute l’Ile-de-France, se déclarent volontaires pour cette expérimentation. Station F, et au-delà les startups, sont devenues un sujet de discussion au sein de toute l’Urssaf, de la direction aux agents des centres d’accueil !

Septembre 2017: Ouverture des portes et bilan des premiers jours

Vendredi 22 septembre

14H45: En ce vendredi après-midi, les premières offices hours proposées aux startups par French Tech Central sont officiellement ouvertes. L’Urssaf fait partie des premiers à se lancer. Les créneaux ouverts sont le jeudi suivant, 28 septembre. L’horloge tourne. Une heure passe, rien. Deux heures, aucune inscription. Un petit doute s’installe. Avait-on engagé les équipes de l’Urssaf pour rien ?

16H55: Soulagement. Première startup inscrite. Elle est incubée dans Station F, avec un produit dans le retail.

Lundi 25 septembre

Aucune inscription. Le doute revient. L’Urssaf s’interroge. (Et moi avec).

Mardi 26 septembre

11H28 : Deuxième startup inscrite. La pression baisse. Elle propose une solution digitale pour permettre à toute personne de créer et de diffuser des vidéos.

Mercredi 27 septembre

19H11 : Inscription d’une troisième startup, qui propose une application d’assistance à la conduite qui récompense le comportement éco-responsable au volant. Un entrepreneur de la Tech for Good dans les premiers, c’est aussi un signal positif.

19h12 : Quatrième inscription, d’une startup de la Fintech. Les quatre premiers créneaux proposés sont complets.

Jeudi 28 septembre

C’est fait. Les quatre premiers entrepreneurs sont reçus par l’Urssaf, surpris d’être en contact avec « de vrais agents », avec un accès à distance à leurs dossiers et « en capacité de traiter des demandes en direct », témoignent Mourad et Jean-Daniel, deux personnes importantes dans le dispositif mis en place par l’Urssaf à French Tech Central.

Premières semaines à Station F

Jeudi 30 novembre

14h18 : Réunion du CODIR de l’ACOSS (« l’Urssaf nationale »), de passage à French Tech Central. Nous évoquons avec les membres de ce board deux sujets relatifs aux startups et  importants pour l’écosystème French Tech : les startups en hypercroissance et les entrepreneurs étrangers. Accord de l’Urssaf pour travailler sur ces sujets.

14H30 : Mourad évoque les principales questions soulevées par les entrepreneurs pendant les office hours: premier recrutement, premier stagiaire, alternant. Il en profite pour « pitcher » les 13 Métropoles French Tech, en rappelant l’importance de se rapprocher des startups dans ces écosystèmes “en régions” au coeur de la dynamique French Tech, dans lesquels l’Urssaf devrait adopter le même modèle qu’à French Tech Central.

Vendredi 15 décembre

12H03. Une startup me contacte dans l’urgence pour avoir une attestation de l’Urssaf, nécessaire pour avoir un financement de Bpifrance. A défaut, l’entrepreneur ne pourra payer ses salariés en décembre.

12H17 : Je contacte l’Urssaf.

14H15 : L’Urssaf appelle l’entrepreneur.

14H30 : Le problème est identifié. Lundi, l’attestation lui est délivrée. L’entrepreneur et cofondateur de la startup Medway, Philadelphe Knellwolf, témoigne : “La présence de l’Urssaf parmi les services publics de French Tech Central m’a permis d’obtenir à temps des documents importants pour mon financement, en identifiant rapidement les bons interlocuteurs, ce que je n’aurais pas pu faire tout seul, y compris un jour où l’Urssaf n’était pas physiquement sur place”.

Après quelques mois, la présence de l’Urssaf est bien identifiée

30 janvier 2018

Un groupe d’une vingtaine de personne entre dans l’espace de coworking des services publics, à French Tech Central. Un homme présente l’offre de services publics pour les startups. La CNIL, les douanes, Bpifrance, Business France… plusieurs acteurs sont cités. Puis j’entends : « et l’Urssaf, qui fait un carton ». Rires dans l’audience, mais surtout (bonne) surprise de voir l’Urssaf venir dans un lieu de l’écosystème. Cet homme, cet ambassadeur valorisant l’action des services publics, c’était Xavier Niel, devant une délégation visitant le campus. Xavier Niel, promoteur de l’Urssaf, on pourrait en faire un film !

Six mois d’ouverture – l’heure du premier bilan

Au-delà des anecdotes, quel bilan tirer de la présence de l’Urssaf à French Tech Central ?

  • Tout d’abord, la proximité permet de mieux informer les entrepreneurs, de leur faire gagner du temps, et parfois de traiter dans l’urgence des demandes de startups.
  • Cette présence permet également à l’Urssaf d’intégrer des enjeux importants pour l’écosystème de startups: l’hypercroissance et attirer des talents étrangers.
  • Enfin, elle donne lieu à un début de changement culturel, grâce à une meilleure connaissance du monde des startups de la part des équipes de l’Urssaf (elles parlent désormais plus d’entrepreneurs que de « cotisants »).

 

Cette proximité est un vrai avantage pour éviter d’arriver à des situations critiques. Malgré tout, cette présence de l’Urssaf n’a pas supprimé les situations dans lesquelles des entrepreneurs se retrouvent en difficulté suite à une saisine de sommes importantes sur leurs comptes bancaires, parfois avec surprise. Il y a aussi eu quelques entretiens « chauds » ces derniers mois, même s’ils restent rares. Mais le fait d’en arriver là est une bonne nouvelle : la première étape de la présence de l’Urssaf, apporter un accompagnement de proximité, accessible et réactif, est réussie. Rien n’est parfait, tout est à améliorer, mais la prise de risque de la direction et des agents de l’Urssaf en venant ici à French Tech Central, est une vraie avancée.

The post L’URSSAF atterrit chez Station F appeared first on kiss my frogs.

]]>
Et si les start-ups se mettaient à coder vert ? https://www.kissmyfrogs.com/et-si-les-startups-se-mettaient-a-coder-vert/ Fri, 06 Apr 2018 14:21:35 +0000 https://www.kissmyfrogs.com/?p=2666 « Frugalité », « bon sens paysan », ou encore « sobriété heureuse » sont quelques-uns des termes que vous lirez dans cet article. Il n'est pas question pourtant d'aller à la rencontre de jeunes néo-ruraux mais d'entrer dans l'univers de l'écoconception des logiciels. Ces derniers, de plus en plus performants et énergivores, aggravent en

The post Et si les start-ups se mettaient à coder vert ? appeared first on kiss my frogs.

]]>

« Frugalité », « bon sens paysan », ou encore « sobriété heureuse » sont quelques-uns des termes que vous lirez dans cet article. Il n’est pas question pourtant d’aller à la rencontre de jeunes néo-ruraux mais d’entrer dans l’univers de l’écoconception des logiciels. Ces derniers, de plus en plus performants et énergivores, aggravent en effet l’obsolescence des équipements responsable d’une grande partie de la pollution générée par le numérique. Plusieurs experts appellent ainsi les grandes entreprises comme les startup à s’investir dans une chasse au « gras numérique ». Prêts à vous alléger ?

A quelques mois de l’été, les unes de magazines sur des cures minceur au concombre et au chou kale reviennent en force. Il est toutefois un régime bien plus urgent à entreprendre, celui de nos services numériques qui essaiment chaque jour au creux des incubateurs et autres pépinières d’entreprises. Une urgence qui commence à dater. « Codeurs, faites attention à ce que vous faites », avertissait déjà en 2016 la chercheuse Danah Boyd (Microsoft Research) lors du Personal Democracy Forum. A portée de clavier, en effet, rien de moins que l’avenir de la planète.

Car l’impact environnemental du code, et des services en ligne qui en découlent, est colossal. Selon le rapport Clicking Clean publié en janvier 2017 par Greenpeace, le secteur informatique représente aujourd’hui environ 7 % de la consommation mondiale d’électricité. Surtout, la pollution générée par l’industrie du net et son impact sur le climat sont équivalents à ceux du secteur de l’aviation. Sans aller jusqu’à couper les moteurs, plusieurs experts appellent à lever le pied en modifiant les pratiques de conception des logiciels. Leur message : « Développeurs, startupers, mettez-vous au régime, sus au gras numérique ! ».

Un fléau nommé « obésiciel  » 

« Dès qu’on parle de l’impact environnemental du numérique, on entend beaucoup parler des data centers, mais ce n’est pas le sujet ! Toutes les analyses de cycle de vie montrent que les impacts les plus lourds sont liés à la fabrication des équipements qui épuisent les ressources naturelles. Or, plus les services numériques sont « gras », plus ils sollicitent les appareils, accélérant leur obsolescence », explique Frédéric Bordage, porte-parole du collectif Conception numérique responsable qui rassemble des spécialistes ainsi que des organisations privées et publiques. Aujourd’hui, avec des sites et des applications qui se veulent de plus en plus performants, l’ « obésiciel » est partout.

Traquer les lignes de code inutiles est donc devenu une mission pour une petite poignée de pionniers du « green code », solution prônée depuis 2009 en France par Green IT et trois ans plus tard par la startup Greenspector. Celle-ci a identifié 200 règles composant un référentiel de bonnes pratiques et lancé un premier prototype de logiciel qui balayait le code afin de détecter les mauvais gestes. L’exemple typique : les développeurs qui font des applications ou des sites ne refermant pas forcément la consommation de ressources lorsque l’utilisateur n’est plus sur la page.

De l’écologie des champs à l’écologie numérique

Assez vite, cependant, le green code est abandonné par ces diététiciens du web qui lui préfèrent une approche plus large. « Quand vous vous intéressez aux lignes de code, il est déjà trop tard car le logiciel est gras par essence. Lorsqu’on cherche à maigrir, manger du « bon gras », bio par exemple, ne sert à rien. Pour alléger un service, c’est pareil : s’appuyer sur du « bon code » ne suffit pas. L’enjeu se situe dès la conception des services numériques », estime Frédéric Bordage qui applique la « sobriété heureuse » de Pierre Rabhi, un concept axé sur la réduction volontaire de nos consommations pour se recentrer sur des valeurs « essentielles ». « La première chose à faire est de regarder le cahier des charges fonctionnel. Ensuite, ce que nous faisons, c’est du bon sens paysan ! », assure encore Frédéric Bordage.

Une démarche d’écoconception des logiciels également embrassée par Greenspector qui a vendu sa licence à une quinzaine de clients dont Orange, la SNCF, ou encore la gendarmerie nationale. « Les entreprises voient l’intérêt économique avant de voir l’intérêt écologique », juge Thierry Leboucq, fondateur de Greenspector, vantant une « frugalité » bénéfique au business. Pour les boîtes offrant des services en BtoC, il met l’accent sur les gains en termes de performance d’usage, de mobilité, et in fine, d’expérience utilisateur. En BtoB, un logiciel allégé confère davantage d’autonomie aux équipements. Une collaboration avec Atos et le ministère de la Défense sur l’opération Sentinelle a par exemple permis de passer de 3 à 11 heures d’autonomie sur les smartphones des soldats.

Les startup à la diète… Oui, mais comment ?

Si jusqu’ici l’harmonie semble régner entre les acteurs de l’écoconception des logiciels, cette belle entente se fissure par endroits. Le premier « crac » résonne quand on aborde la question des startup elles-mêmes, grosses productrices de services numériques. Pour les accompagner dans cette chasse au « gras », les menus proposés divergent, certains prônant des solutions marchandes livrées clés en mains de type logiciel, quand d’autres insistent sur la formation et questionnent la logique même d’un logiciel destiné à l’écoconception, dénonçant une forme de greenwashing.

Désormais, le débat s’invite aussi à la table des politiques. Remis à la secrétaire d’Etat à la Transition écologique Brune Poirson en mars 2018 et rédigé par l’Iddri, la Fing, le WWF France et GreenIT.fr, avec le CNNum, le Livre blanc « Numérique et environnement » contient 26 propositions dont celle de fournir des kits pédagogiques pour favoriser la formation, ou encore celle de rendre obligatoire l’écoconception des sites web et services en ligne, de la même façon que l’accessibilité numérique des sites web publics est imposée par la loi pour une République numérique de 2016.

Les géants s’allègent aussi

Mais pour faire fondre le poids écologique du net plutôt que la banquise, agir sur la conception des logiciels n’est pas le seul levier. Plusieurs jeunes pousses proposent ainsi des solutions pour un Internet plus « propre», notamment au sein de la Greentech verte, un incubateur lancé par le ministère de la Transition écologique et solidaire en 2016. La tech n’a toutefois pas attendu l’impulsion politique pour lancer le mouvement.

A l’international, de grands groupes de la high tech soucieux de « verdir » leur consommation d’énergie. Dans son rapport annuel consacré à l’environnement et publié fin 2017, Google annonçait ainsi être en passe d’utiliser 100 % d’énergies renouvelables pour alimenter ses services ainsi que ses bureaux. Le géant américain Microsoft n’est pas en reste. Il a notamment signé à l’automne dernier un contrat d’approvisionnement de 15 ans avec un parc éolien terrestre situé en Irlande. Plus largement, le géant de la tech, a annoncé en décembre 2017 à Paris, lors de l’événement Tech For Planet organisé en amont du One Planet Summit, un renforcement de son fonds « AI for Earth ». Jusqu’alors doté de 2 millions de dollars, il en pèse désormais 50 millions que Microsoft entend investir sur les 5 prochaines années dans l’intelligence artificielle au service du climat. Face à tant de bonnes volontés, les diététiciens du web appellent toutefois à monter sur la balance pour vérifier les effets de la diète. « La bonne intention ne suffit pas !, juge Frédéric Bordage. Les entreprises doivent toujours s’assurer qu’elles ne produisent pas plus d’impact environnemental qu’elles ne promettent d’en effacer .»

5 conseils aux startups et développeurs pour éliminer le « gras numérique » de leurs solutions :

  • Supprimer les fonctionnalités non essentielles afin de réduire mécaniquement le coût de l’application et son empreinte écologique. Si l’application est déjà développée, mesurer le taux d’utilisation des fonctionnalités.
  • Fluidifier le processus, le temps passé par l’utilisateur sur un site constituant le facteur clé pour calculer son empreinte environnementale. Il convient de réduire au maximum le nombre d’écrans, d’étapes, et d’interactions inutiles.
  • Favoriser un design épuré. Dans le même esprit de simplicité, opter pour des polices standards qui sont déjà présentes sur le poste client et n’ont donc pas besoin d’être téléchargées. La saisie assistée est aussi préférable à l’autocompletion qui nécessite des allers-retours incessants entre le navigateur et le serveur.
  • Limiter le nombre de requêtes HTTP afin de réduire le temps de réponse et l’empreinte écologique du site.
  • Préférer les pages statiques, construites en dehors du CMS, dès lors qu’une page ne doit être que rarement modifiée. Cela permet d’économiser des cycles CPU, de la bande passante et réduit la consommation électrique.

Pour d’autres « astuces minceur », c’est par ici.

The post Et si les start-ups se mettaient à coder vert ? appeared first on kiss my frogs.

]]>
Les start-ups rhabillent les freelances https://www.kissmyfrogs.com/quand-les-start-ups-rhabillent-les-freelances/ Thu, 05 Apr 2018 13:33:57 +0000 https://www.kissmyfrogs.com/?p=2669 Depuis quelques années, les start-ups mouillent la chemise pour améliorer le quotidien des freelances.C’est bien connu, les freelances sont freestyles : libres comme l’air, cheveux au vent, poings dans les poches crevées et paletot numérique sur l’épaule. Seuls, ils sillonnent les routes du travail de clients en clients, de missions en missions, d’abris d’infortune en

The post Les start-ups rhabillent les freelances appeared first on kiss my frogs.

]]>

Depuis quelques années, les start-ups mouillent la chemise pour améliorer le quotidien des freelances.

C’est bien connu, les freelances sont freestyles : libres comme l’air, cheveux au vent, poings dans les poches crevées et paletot numérique sur l’épaule. Seuls, ils sillonnent les routes du travail de clients en clients, de missions en missions, d’abris d’infortune en espaces de coworking, en passant par les cafés et les bibliothèques, Rimbaud du travail moderne qu’ils sont ! Une vie de bohème dans la cour des miracles du salariat qui fait aujourd’hui rêver plus d’un travailleur. Car oui, le freelancing a le vent en poupe depuis 2008. En 10 ans, le nombre de freelances a crû de près de 300 000 individus en passant de 535 000 en 2008 à 830 000 en 2018.

Cette fable du freelance a en revanche une morale souvent moins glorieuse. La liberté et l’autonomie ont un prix qu’il n’est pas facile de débourser. Il arrive que la culotte ait un large trou. Et que les souliers soient blessés. En effet, les freelances sont majoritairement touchés par la précarité qu’ils doivent à la discontinuité de leur activité, mais aussi au manque de couverture sociale et à la méfiance résiduelle des banques et des entreprises. Or ces barrières rencontrées par ces travailleurs sans frontières sont autant d’embûches que nombre de start-ups ont flairées pour les tourner en nouvelles opportunités. C’est en tout cas le constat que nous avons pu faire lors de la seconde édition de la Freelance Fair, l’événement phare du travail indépendant en tournée dans toute la France. Les start-ups se lancent sur le marché des freelances pour leur mettre du foin dans les bottes et leur ôter quelques épines du pied.

« ADOPTE UN FREE ! »

Valentines Day Love GIF by Best Friends Animal Society - Find & Share on GIPHY

Première épine : la prospection des clients. Pour tout freelance qui démarre son activité, la prospection, c’est la bête noire. Car elle s’effectue à la sueur du front, manches retroussées, téléphone collé à l’oreille et doigts foulés par la rédaction intempestive de mails qui tombent dans les corbeilles. Raison pour laquelle de nombreuses start-ups se sont lancées sur les sentiers de la plateformisation pour mettre en relation freelances et clients, leur offrir du temps et garantir la transaction, en se posant comme un tiers de confiance. Ou un nouvel entremetteur.

Un « site de rencontres entre les boîtes et les freelances »  où  « le paradigme a été renversé. »  C’est ainsi qu’Antoine Lleu, chargé de développement chez talent.io décrit la plateforme. Il poursuit : «c’est désormais au freelance de choisir la mission selon son intérêt. » Et une rémunération avantageuse… ou non. Car chez d’autres start-ups, à y regarder de près, la plateformisation crée des ponts relationnels mais aussi son lot d’effets pervers : « le problème de ces plateformes » pour Eric Delamarre, photographe indépendant, « c’est qu’elles mettent en concurrence des experts et des débutants. » Par là, elles incitent les jeunes recrues à la chair fraîche, sans avis positifs mais bardés de diplômes, à accepter des tâches au rabais, si ce n’est gratuites, dans le but de se faire connaître. Concurrence accentuée, systèmes de notation, la plateformisation est-elle un mariage forcé ou un mariage de raison ?

« SORTEZ COUVERTS »

Seconde épine du freelance : la protection juridique et sociale. Derrière l’indépendance recherchée se cache une réalité parfois plus crue. Le freelance n’a pas d’accès à l’assurance chômage. De même, en matière de soins, la protection existe mais demeure minimaliste et dysfonctionnelle en dépit de la mise en place du RSI en 2018. Alors quand une carrie survient, il ne reste au freelance que le Freedent pour soigner sa rage de dents. C’est justement ce manque de couverture sociale auquel s’est attaquée Hind Elidrissi en fondant la start-up Wemind, une mutuelle tournée vers les indépendants qui entend « se servir de la force de la communauté pour pouvoir offrir des services de protection aux freelances. » Services multiples qui vont de la couverture santé à l’assurance chômage, en passant par l’assistance juridique (cyber risque, factures impayées, litiges, responsabilité civile professionnelle). C’est également dans le chat de cet aiguille de la protection juridique des indépendants que se sont tournés CaptainContrat en « accompagnant les freelances de la création de leur activité, à la dissolution en passant par la mise en demeure. » Ou encore Alan avec son assurance santé. Certes, les pieds dépassent toujours un peu de la couverture pour nos freelances qui n’ont pas peur du froid mais force est de constater que les start-ups s’efforcent d’offrir les mêmes avantages sociaux que les salariés.

« DONNE MOI DU CASH »

Troisième épine du pied : la gestion financière de son activité et l’accès à des services financiers. Assurances, établissements bancaires font partis des organisations les plus frileuses pour compter les freelances parmi leurs clients. La culture du risque des grandes banques ne laisse effectivement que peu de place au freelance. L’insolvabilité, la discontinuité des revenus contribuent à marginaliser les indépendants dans l’accès aux prêts immobiliers ou au crédit à la consommation. Mais, certaines Fintechs se sont intéressées à la niche financière que les freelances peuvent représenter. Shine en fait partie. La start-up propose une simplification du système de facturation, qui pour beaucoup de freelances est une gageure : « la facturation est une vrai galère. Les démarches sont complexes, le temps manque et ce sont souvent des jeunes gens qui montent leur activité. » nous explique t-on sur leur stand. Mais aussi ouverture de compte professionnel, édition de factures, la start-up s’occupe de couvrir les petites contingences bien chronophages de la vie d’un indépendant.

STARTUPPERS ET FREELANCES, COMME CUL ET CHEMISE

Ainsi, les start-ups ont récemment tourné leurs regards vers le marché des freelances. C’est à se demander si ce n’est pas, sans doute, dû à leur ressemblance intrinsèque. Tous deux entrepreneurs, tous deux fantasmés comme les figures du travailleur moderne. Tous deux, aussi, dans le prisme de la précarité. Il semblerait bien que les frontières entre ces deux figures de l’entrepreneuriat soient tenues. Si bien qu’il arrive fréquemment que la couture de leurs fils de chemise se croisent et s’entrecroisent.

Au  premier degré, freelances et start-uppers se croisent dans les espaces de coworking. Au second, les start-ups sont les entités les plus friandes en freelances. Pour Antoine Lleu : « sur la plateforme les employeurs sont majoritairement des start-ups. Essentiellement pour des questions d’urgence. C’est aussi plus adapté pour les start-ups tech,  parce qu’elles doivent innover et ont besoin de passer de missions en missions. Et parce qu’elles recherchent des profils très pointus sur le marché du travail. » L’équipe de Shine compte près de 6 freelances parmi ses rangs. Une alchimie qui fonctionne aussi du côté des freelances. Rencontre avec Romain, un journaliste reporter d’images freelance rencontré à la Job Fair de la Freelance Fair : « J’aime bien les start-ups. Souvent ils n’y connaissent rien en vidéo. Donc j’ai le champ libre. Je peux proposer plein d’idées et pleins de formats. C’est rare qu’ils disent non. En start-up, ça bouge et ça peut s’arrêter du jour ou lendemain. »

Au troisième degré, parce qu’il arrive que le freelance devienne start-upper, à l’image du co-fondateur et CTO de Shine, Raphaël Simon. Et réciproquement. « Il arrive cependant que le start-upper se mue en freelance pour gagner de l’argent alors que son activité d’origine peine à décoller » rapporte Antoine van den Broek, le rédacteur en chef d’Amédée, le bon génie des indépendants. Il prolonge son propos : « s’il arrive que leurs chemins se croisent, ils empruntent pourtant des voies très différentes.(…) Le freelance vend son temps. Le start-upper, lui n’a pas de temps à perdre ni à vendre. Ce qu’il a , c’est un projet, une vision, un rêve derrière lequel il devra courir aussi vite que possible. » Parfois, jusqu’au claquage… Car le burn out touche à parts égales aussi bien start-uppers que freelances. Alors, est-ce le début de l’amour fou ?

The post Les start-ups rhabillent les freelances appeared first on kiss my frogs.

]]>
Pour en finir avec l’empowerment https://www.kissmyfrogs.com/pour-en-finir-avec-lempowerment/ Tue, 03 Apr 2018 16:01:42 +0000 https://www.kissmyfrogs.com/?p=2647 Être soi-même, se réaliser, agir et penser « positif » : les injonctions à devenir un meilleur individu sont aujourd’hui incontournables, même en entreprise. Ces pratiques dessinent le portrait d’une époque qui place l’autonomie au sommet de ses valeurs. Le travailleur ne serait plus un agent au service d’un collectif, mais une puissance individuelle. Avec ce changement de

The post Pour en finir avec l’empowerment appeared first on kiss my frogs.

]]>

Être soi-même, se réaliser, agir et penser « positif » : les injonctions à devenir un meilleur individu sont aujourd’hui incontournables, même en entreprise. Ces pratiques dessinent le portrait d’une époque qui place l’autonomie au sommet de ses valeurs. Le travailleur ne serait plus un agent au service d’un collectif, mais une puissance individuelle. Avec ce changement de paradigme naissent de nouvelles pathologies, mais également de nouveaux espoirs. Entre asservissement moderne et promesse d’émancipation collective, le sujet du développement personnel va bien au-delà des railleries dont il fait souvent l’objet.

L’ère du travail sur soi

L’époque est au développement personnel. Chaque année, les têtes d’affiche du genre écoulent des centaines de milliers d’exemplaires de leurs ouvrages. Publié en 2015, Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une (Eyrolles), de Raphaëlle Giordano a séduit plus de 500 000 lecteurs. Dans le même temps, Les quatre accords Toltèques (Jouvence) de Miguel Ruiz se vendaient à plus de 600 000 exemplaires et Méditer, jour après jour (Iconoclaste) de Christophe André frôlait les 400 000 ventes. Au-delà des livres, nos vies toutes entières sont soumises aux injonctions du contrôle de soi, de l’optimisation et de la réalisation personnelle. Partout sur Instagram fleurissent les petites phrases aspirationnelles, parfois touchantes et souvent creuses, qui nous invitent à découvrir le potentiel caché en nous-même. Les recettes et méthodes se multiplient pour nous aider à y parvenir. Le bien-être et le bonheur – objectifs suprêmes – sont quantifiés en vue d’être optimisés. Dan Harris, présentateur de télévision américain, va jusqu’à formuler dans son bestseller la promesse d’une vie 10% plus heureuse !

Alors que le travail s’affirme comme un des lieux de la réalisation de soi, le monde professionnel – qui nous intéresse ici – est de plus en plus touché par le phénomène. Pour s’en convaincre, il suffit de passer quelques minutes sur Linkedin, parmi les gourous autoproclamés et autres influenceurs. De l’inénarrable Gregory Logan aux apôtres du bien-être, il est impossible d’ignorer les invitations à devenir un meilleur soi-même. Une visite sur le compte twitter de Disruptive humans of Linkedin donne un bon aperçu des exemples les plus drôles et excessifs. Si certaines extrémités prêtent à sourire, la tendance est bien réelle et s’applique particulièrement au modèle de la startup, avec son organisation transversale, sa coordination plus souple et son culte du cool. “Les salariés doivent aujourd’hui apprendre à coopérer, à gérer leurs interactions et à être « autonomes », c’est-à-dire à construire en partie le cadre de leur action. En réponse à cet accroissement des compétences subjectives requises, les pratiques de « développement personnel » investissent la littérature managériale et font leur entrée dans les organisations”, explique Valérie Brunel, auteur de Les Managers de l’âme.

Le règne de l’autonomie

Indépendance vis à vis des systèmes de pensée ou des récits “finis” et bricolages “psycho-spirituels”, potentiel individuel et travail sur soi : le mythe du développement personnel accompagne une société organisée autour de l’individu maître de son destin, autonome. “La valorisation forte de la liberté de choix, de l’initiative individuelle, de l’innovation et de la créativité, de la transformation de soi, etc. tous ces idéaux placent l’accent sur la capacité à agir de l’individu. Nous entrons dans un individualisme de capacité imprégné par les valeurs et les normes de l’autonomie”, explique le sociologue Alain Ehrenberg. Un héritage bien résumé par Nicolas Marquis dans Philosophie Magazine autour de grands marqueurs historiques. Le protestantisme anglo-saxon “qui a valorisé l’idée que l’individu est seul responsable devant Dieu”, le romantisme du XIXè siècle “qui a quasiment inventé les notions de «confiance en soi», d’«intériorité», «d’épanouissement»” et la psychologie populaire américaine, “qui a dévié le message de Freud et a présenté la psychothérapie comme moyen d’exploration du soi”.

Dans le monde des startups et de l’entreprise en général, cette injonction trouve de multiples illustrations. La métaphore de “l’entrepreneur de soi-même” est devenue un idéal contemporain de réalisation personnelle par le travail, alors que la gig economy promet à chacun la liberté du travail indépendant.

Nouveaux rapports de domination en entreprise

Si les promesses d’autodétermination et d’indépendance ouvrent la perspective alléchante de plus de liberté, elles ne viennent pas sans contreparties. L’idéal d’autonomie va tendre vers l’héroïsation du salarié à travers un “contrat narcissique” passé avec l’entreprise. Une servitude volontaire caractéristique du monde des startups, où l’on échange une abnégation absolue contre la promesse d’un supplément d’être…

Cette héroïsation ne concerne pas uniquement la salarié, mais également l’entrepreneur, autour de ce que Wired nomme le “culte du fondateur”. Idéaliste et idéalisé, il est porté aux nues jusqu’à ce que son produit se heurte à la réalité. Lorsque l’entreprise se fait empire, à l’image de Facebook ou Twitter, les conséquences sont lourdes.Les techniques de soi nourrissent le sentiment de toute-puissance du consultant et renforcent sa conviction d’être un être supérieur, tout en agrandissant le champ de sa responsabilité individuelle” explique Valérie Brunel.

La question de la responsabilité ouvre une seconde critique, liée à l’effacement du collectif devant l’individu autonome. “Le stress, même au travail, est devenu un fardeau d’ordre personnel, que les employés sont invités à gérer par des techniques personnelles, comme la méditation, le coaching ou le yoga. « Les causes structurelles de l’insécurité économique » reposent désormais sur l’individu”, explique Hubert Guillaud dans Internet Actu en s’appuyant sur l’ouvrage de Cederström et Spicer, Le syndrôme du bien-être. On reconnaîtra encore une fois les artifices de la Startup Nation, qui présente bien souvent comme des “avantages” ce qui relève plutôt de la faillite d’une responsabilité collective. Quel besoin de proposer des cafés gratuits, des massages et des locaux chatoyants si l’objectif principal est de faire sortir tout le monde de sa “zone de confort” ?

Derrière ces critiques, on aperçoit l’ombre des pathologies modernes du burn-out au bore-out en passant par la quête désespérée de sens au travail. L’individu est déchiré entre une injonction à se réaliser soi et une réalité bien collective. L’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau compare l’homme moderne à un Robinson. Chacun doit désormais s’« auto-initier », se fabriquer autour de l’absence, sans le corset communautaire, sans le prêt-à-porter existentiel que les rituels fournissaient pour affronter le tragique du vivre.” Comme un défi à l’entreprise, les mythes de l’autodétermination et du contrôle de soi invitent à se pencher sur une problématique centrale pour le futur du travail : celle de l’articulation entre l’épanouissement individuel et le collectif.

Le développement personnel, grande blanchisserie du vocabulaire

Heureusement, la notion d’autonomie est ambivalente et ne nous condamne pas à l’isolement professionnel, au narcissisme généralisé et à l’égoïsme mortifère. Si les risques sont réels, ils ne doivent pas cacher les pistes d’un raccommodement possible entre “soi” et “nous”.

Une réconciliation qui passe – comme toujours – par le langage. En effet, le principal écueil de la notion de développement personnel n’est pas à chercher dans ses intentions – souvent louables – mais dans ses mots, qui le mettent au service de dominations nouvelles. A l’image du discours politique, la parole sur la place de l’individu au travail est dévaluée : les mots disent tout et leur contraire. Pathologie contemporaine du monde professionnel, cette satiété sémantique autour de certains concepts-slogans rend toute réflexion impossible. Or, le monde du développement personnel invente et consomme ces termes épuisés avec gourmandise, participant à freiner une transformation réelle des pratiques. « Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines de mots, des centaines de mots. Nous taillons le langage jusqu’à l’os. (…) Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. (…) La révolution sera complète quand le langage sera parfait », écrivait Georges Orwell dans 1984.

Nous aurions pu choisir de parler de l’apparition du préfixe co- devant toute chose. Nous aurions pu parler de « l’homme au centre », de l’innovation, de la zone de confort ou de la bienveillance comme autant d’idées intéressantes délavées par les discours du « soi » en entreprise. Mais c’est un autre mot, puissant et porteur d’espoir, qui incarne peut-être le mieux l’ambivalence de l’idée même de développement personnel.

Empowerment, entre le commun et le chacun

Le terme – parfois traduit par autonomisation ou capacitation en français – est né dans les années 60 et 70, dans le sillage des mouvements féministes et du Black Power. D’abord radical, il s’est institutionnalisé pendant la fin du XXe siècle jusqu’à perdre son sens initial. “L’empowerment devient peu à peu un concept vague et faussement consensuel, qui assimile le pouvoir aux choix individuels et économiques, dépolitise le pouvoir collectif perçu comme harmonieux, et est instrumentalisé pour légitimer les politiques et les programmes top down existants”, explique la sociologue Anne Emmanuèle Calves. L’empowerment, qui permettait de relier les dimensions individuelles et collectives du pouvoir, qui remettait en cause les dominations sociales et économiques, est la plupart du temps une coquille vide aujourd’hui.

Le terme est passionnant car il illustre à la fois les promesses et les dérives de l’idée de développement personnel. Il démontre également l’importance des batailles sémantiques à l’oeuvre autour de l’avenir du travail. L’empowerment individualiste et dépolitisé propre à entretenir un statu quo est une défaite pour la très grande majorité de ceux qui travaillent. Le développement personnel « à la LinkedIn », séduisant et confortable qui nous est servi aujourd’hui, présente tous les atours de la chimère. “Il n’y a point d’assujettissement si parfait que celui qui garde l’apparence de la liberté ; on captive ainsi la volonté même”, écrivait Rousseau dans l’Emile avec deux siècles et demi d’avance. Paradoxalement, il semble que l’empowerment véritable ne soit pas une aventure individuelle. Toujours selon Rousseau, la liberté réside dans l’obéissance à la loi que l’on s’est prescrite. Or, l’écriture des règles du jeu est un mouvement collectif. Alors que le travail s’impose comme le lieu de la réalisation personnelle, participer à l’élaboration des cadres collectifs est un réveil salutaire pour le travailleur à bout de souffle. Ainsi, l’empowerment ne consiste pas à passer entre les gouttes à l’interieur de modèles épuisés. Il ne s’agit pas de se préserver personnellement du burn-out ou de trouver des moyens de survivre à l’open-space, il s’agit de revendiquer et conquérir un pouvoir politique.

Pour terminer sur une note radicale, l’empowerment en entreprise est presque un contre-sens aujourd’hui. Dans sa forme originelle et politique, il travaille au démantèlement des formes instituées en favorisant les collectifs et les associations, en remettant en cause la notion même de management. Souvent expérimentaux, de nouveaux modèles d’organisations qui tentent de rendre le pouvoir à tous et à chacun se multiplient. On peut penser aux mutuelles de travailleurs, comme Coopaname, qui invitent à un nouveau mode d’organisation, “ni dépendant, ni indépendant”, à une “mutualité de travail”. Plus technologiques, les Entreprises Autonomes Décentralisées, s’appuyent sur la blockchain pour promettre une entreprise de personnes à personnes, sans hiérarchie ni management…

The post Pour en finir avec l’empowerment appeared first on kiss my frogs.

]]>
TechTrash : « Awesome est devenu le nouvel Amen » https://www.kissmyfrogs.com/techtrash-le-mot-awesome-est-devenu-le-nouvel-amen/ Thu, 29 Mar 2018 14:23:29 +0000 https://www.kissmyfrogs.com/?p=2620 Quand nous avons reçu la première newsletter de TechTrash dans nos boîtes mails, nous nous sommes dit qu'en un sens, la traversée en solitaire prenait fin. L'humour dans la Tech a la cote ! La lutte contre la langue de bois aussi. Autant vous prévenir tout de suite, KMF ne vous dévoile pas l'identité des

The post TechTrash : « Awesome est devenu le nouvel Amen » appeared first on kiss my frogs.

]]>

Quand nous avons reçu la première newsletter de TechTrash dans nos boîtes mails, nous nous sommes dit qu’en un sens, la traversée en solitaire prenait fin. L’humour dans la Tech a la cote ! La lutte contre la langue de bois aussi. Autant vous prévenir tout de suite, KMF ne vous dévoile pas l’identité des TechTrashers dans cette interview, mais vous en apprend davantage sur leurs motivations caustiques… et leur amour de l’info inutile.

Salut, vous pourriez me raconter comment est né TechTrash?

Tech Trash est né de notre fascination pour Loïc Le Meur et pour ces grands entrepreneurs français partis vivre dans la Silicon Valley, que nous ne trouvons pas assez mis en avant dans les médias… Trêve de plaisanterie (soyons sérieux 2mn) : Tech Trash est né d’une certaine frustration, celle de ne pas avoir un média sur la Tech en France à la fois marrant et pertinent. Après c’est peut-être un peu prétentieux, et le but n’est pas non plus de cracher sur nos concurrents (on le fait déjà assez tous les mercredis dans notre newsletter), mais on trouve vraiment qu’il manquait une voix un peu caustique, qui dise tout haut ce que tout le monde pense tout bas, dans ce milieu où la langue de bois prime et où le mot « Awesome », utilisé comme une interjection dans la Silicon Valley, est devenu le nouvel « Amen. »

 

Pourquoi avoir choisi de ne développer qu’une newsletter ? C’est plutôt radical comme choix éditorial ?

Le format de la newsletter est intéressant parce qu’il permet d’être directement dans les boîtes mail de plusieurs milliers de personnes, sans avoir besoin de faire beaucoup de marketing ou de dépenser beaucoup d’énergie dans autre chose que le contenu en lui-même. Tech Trash n’est pas monétisé – d’ailleurs le but n’est pas vraiment de l’être. Mais vu le nombre de retours positifs que nous avons, on réfléchit actuellement à lancer un autre format, blog ou podcast, dans lequel certaines idées seront développées un peu plus en longueur, et qui permettra d’en savoir un peu plus sur les trucs (inutiles) qui nous fascinent ou nous amusent.

 

Quelle est selon vous, l’utilité d’une information inutile ?

L’information inutile, c’est l’antidote à la FOMO. Des informations utiles, il y a en a déjà des tonnes partout, il suffit de scroller sur son fil d’actu Twitter. Mais quand tout le monde se vante de partager la « bonne info », a fortiori utile donc, nous avons décidé que « nos infos » seraient inutiles. Et en vrai, elles le sont sûrement : elles ne changeront la vie de personne, mais elles vous feront – on l’espère – rigoler pendant 5mn. C’est déjà pas mal, non ?

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre audience ? Qui sont vos lecteurs ?

Nous n’avons ni le listing de contacts ni les costards de TimeToSignOff, et nous sommes donc quand même (un peu) moins lus. Mais nous avons remarqué que tous ceux qui aiment se moquer des codes inhérents au monde de la Tech sont friands de notre approche décalée – qu’ils soient startuppeurs, entrepreneurs, gens de l’écosystème Tech français, ou de grands groupes… Et les retours sont bons, nous recevons toutes les semaines des mails de lecteurs qui nous disent que ça les fait bien marrer qu’on se soit moqué d’untel ou untel, donc ça nous stimule pour recommencer la semaine d’après.

 

Vous tournez beaucoup en dérision les géants de la Tech (Elon Musk, Zuckenberg…). Qu’est ce qui vous agace chez eux?

Musk et Zuck, pour prendre les plus emblématiques, sont fascinants à plus d’un titre, mais ils cultivent un côté « rockstar » que nous trouvons, vu d’ici, extrêmement risible.

“Si on prend l’exemple de Musk : c’est un mec brillant, mais c’est quand même un peu le Donald Trump de la Tech.”

Avec ses tweets à répétition, ses annonces spectaculaires, son côté serial-entrepreneur poussé à l’extrême, et cette fausse modestie, en mode « je ne suis pas une star, mais venez quand même tous m’applaudir »… Plutôt que de dire sans arrêt que ce qu’il fait c’est génial, nous préférons nous concentrer sur ses dérapages, les moments où il est vraiment ridicule. Et nous faisons pareil avec tous les grands de la Tech – qui disent sans arrêt vouloir changer le monde, mais qui, un peu comme Gavin Belson dans la série Silicon Valley pourraient parfaitement scander des punchlines aussi absurdes que le classique « I don’t wanna live in a world where someone else makes the world a better place better than we do. ».

 

Comment, selon vous, l’écosystème French Tech peut-il s’émanciper de la culture de la Silicon Valley ?

Nous sommes convaincus qu’il faut désacraliser l’image que nous avons de la Silicon Valley (et c’est ce que nous essayons de faire dans nos articles). Les américains sont très bons dans plein de choses, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut les prendre pour des dieux vivants. Après, étrangement, il y a de bonnes choses dans la Silicon Valley que nous n’avons pas adoptées – la culture de l’échec par exemple.

 

Vous vous intéressez également beaucoup aux ratés de la Tech. Pourquoi?

Justement, l’échec, c’est quelque chose que nous trouvons hyper intéressant. La plupart du temps c’est loin d’être grave, et il faut juste savoir en tirer des leçons et apprendre à ne pas refaire les mêmes erreurs. Après, dans un monde où chacun affirme que son produit va changer les usages de millions de personnes, c’est quand même assez drôle – jouissif, presque – de mettre le doigt là où ça fait mal.

“C’est assez drôle de démonter les projets bidons, ceux où le storytelling a pris les devants sur le reste…”

Vous moquez par ailleurs, le “premier degré” des startups. Selon vous, la French Tech n’a pas d’humour ?

En effet, on a comme l’impression que les startuppeurs français ont très peur de ne pas être pris au sérieux, et qu’ils se prennent du coup encore plus au sérieux que leurs homologues américains. Mais nous y travaillons, nous invitons d’ailleurs tous les startuppeurs qui lisent cet article à s’inscrire à notre listing d’envoi – s’ils ont du temps à perdre, évidemment.

Ces derniers temps, vous semblez vous être adoucis. Moins d’attaques frontales, plus de clins d’oeil légers. Pourquoi ?

C’est marrant parce que vous n’êtes pas les premiers à nous le dire. Pourtant, on n’a pas l’impression d’être plus doux. On se moque régulièrement d’un peu tout le monde, du plus grand campus de startups de l’univers Station F jusqu’à notre ami yoguiste Loïc Le Meur, en passant par Musk et ses petits copains de la Valley… Evidemment, on a un peu plus de scrupules à se moquer du jeune entrepreneur qui vient de lancer sa startup et qui y a mis toute son énergie et parfois aussi tout son argent, mais on se dit que c’est pour son bien, et que si finalement son projet est critiquable, et bien c’est qu’il mérite d’être critiqué.

 

On ignore tout de qui se cache derrière votre newsletter. Pourquoi rester à l’ombre des médias? Un indice à nous donner ?

C’est bon, on lâche le morceau : ici Loïc Le Meur et Leila Janah. On avait besoin d’apprendre à parler correctement français, du coup on s’est dit que de faire une newsletter serait LA bonne idée. Pour de vrai, nous sommes une (petite) bande de joyeux drilles qui travaillons (plus ou moins) dans la Tech. Mais de toute façon, on s’en fout de qui nous sommes, ce n’est pas ça qui compte.

« C’est aussi l’un des problèmes de la Tech, il faut tout le temps faire du name-dropping, le nom de celui qui parle est plus important que ce qu’il raconte. »

Pensez-vous que TechTrash et Kiss My Frogs sont sur la même longueur d’ondes ?

Nous sommes très fans de Kiss My Frogs, on pense que c’est l’un des meilleurs médias lancés sur la Tech en France, voire dans le monde. Bon, pour être tout à fait honnêtes, on n’a jamais vraiment lu ce que vous faites – mais on est sûr que ça mérite le coup d’oeil, surtout pour cette interview.

 

Qu’est-ce que vous souhaitez jeter à la benne dans TechTrash?

Rien du tout ! On a envie de multiplier les formats – après, c’est surtout une question de temps, parce que nous sommes une petite équipe et c’est dur de tout faire en même temps.

The post TechTrash : « Awesome est devenu le nouvel Amen » appeared first on kiss my frogs.

]]>
RootsTech : ces startups qui ont rendu la généalogie hype https://www.kissmyfrogs.com/comment-la-tech-rendu-la-genealogie-hype/ Mon, 26 Mar 2018 14:37:09 +0000 https://www.kissmyfrogs.com/?p=2608 Depuis une dizaine d’années, les start-up qui facilitent la vie des généalogistes en herbe se multiplient, en France comme aux États-Unis. Dernière innovation en date : les tests ADN abordables et accessibles, qui boostent le secteur autant qu’ils le plongent dans l’émoi.Dans Kindred, un roman de science-fiction d’Octavia Butler paru en 1979, une jeune femme

The post RootsTech : ces startups qui ont rendu la généalogie hype appeared first on kiss my frogs.

]]>

Depuis une dizaine d’années, les start-up qui facilitent la vie des généalogistes en herbe se multiplient, en France comme aux États-Unis. Dernière innovation en date : les tests ADN abordables et accessibles, qui boostent le secteur autant qu’ils le plongent dans l’émoi.

Dans Kindred, un roman de science-fiction d’Octavia Butler paru en 1979, une jeune femme noire, Dana, se retrouve sans crier gare transportée dans le Maryland esclavagiste du début du XIXe siècle. Elle y sauve de la noyade un jeune garçon blanc, Rufus, dont elle finira par comprendre qu’il est l’un de ses ancêtres. Pour assurer la survie de sa famille et donc la sienne, Dana doit à de multiples reprises sauver de la mort un Rufus qui, de jeune garçon innocent et confiant, se mue progressivement en patron de plantation pas moins cruel que les autres. Kindred est un roman qui parle de l’héritage de l’esclavage dans l’Amérique du XXe siècle mais aussi, comme son titre l’indique, de famille, de parenté, de généalogie. Il fait faire à Dana l’expérience qui serait la nôtre si nous étions d’un coup parachutés dans le monde de nos aïeux : celle d’une étrangeté totale, au sens premier du terme. Celle de n’avoir rien de commun avec ceux dont, pourtant, nous descendons. Cette étrangeté, la généalogie tente de la domestiquer : plus on en sait sur ceux qui nous précèdent, plus ils peuvent nous devenir familiers. Et ces dernières années, la technologie a fait faire des bonds de géant à cette ancienne occupation du dimanche.

 

L’avènement de la rootstech

 

“Avant, la généalogie, c’était écrire des informations sur papier et les transmettre à ses enfants dans une boîte à chaussures, et ça n’intéressait pas les jeunes générations”, nous dit Nicolas Adam, Chief Product Officer de Famicity, que l’on pourrait définir comme un réseau social généalogique. Mais ça, c’était avant. Depuis une dizaine d’années, de nombreuses entreprises tech se sont positionnées sur le secteur. Rien qu’en France, on peut aussi citer Filae, Heredis, Patronomia ou encore Geneanet. Pour Marie Cappart, généalogiste professionnelle belge, il y a clairement un “regain d’intérêt : la généalogie devient très tendance dans toutes les catégories sociales et toutes les tranches d’âge. Ce n’est plus du tout un loisir de petits vieux pensionnés qui ont le temps.” La “rootstech” (“technologie des racines”, si l’on s’amuse à traduire au pied de la lettre) a particulièrement le vent en poupe aux États-Unis. Les poids lourds du secteur s’appellent Ancestry.com, findmypast ou encore MyHeritage et prospèrent sur une véritable manne : en moyenne, selon le cabinet de conseil Global Industry Analysts, les gens dépensent entre 1 000 et 18 000 dollars pour retrouver leurs racines. “En France, on sait d’où on vient, mais aux États-Unis beaucoup de gens ne viennent pas d’Amérique du Nord et cherchent à savoir d’où ils proviennent”, avance Nicolas Adam en guise d’explication.

Il y en a une autre, et elle est religieuse : la plus grande organisation généalogique du monde s’appelle FamilySearch, elle est américaine et détenue par l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, plus connue sous le nom d’église mormone. Dans la religion mormone, les saints ont pour mission de baptiser tous les êtres humains ayant existé depuis Adam et Ève. Et pour pouvoir baptiser les morts, il faut d’abord les identifier. La généalogie est donc l’un des devoirs religieux des mormons, qui ont toujours embrassé les avancées technologiques à même de leur faciliter la tâche. Dès 1938, ils commencent à microfilmer documents administratifs et registres en tout genre. En 1998, ils se lancent dans la numérisation et décident de créer un site généalogique, ouvert au public en 1999. Aujourd’hui, FamilySearch rassemble 16 millions de personnes et les Mormons sont assis sur un catalogue de plus de 6 milliards de noms. Depuis trois ans, ils rassemblent à Salt Lake City des milliers de passionnés de généalogie et les poids lourds du secteur pour un événement annuel justement baptisé “Rootstech”. L’édition 2018, qui s’est tenue du 28 février au 3 mars, a réuni 17 000 personnes venues de 47 pays.

ADN et arbres virtuels

 

Après les microfilms et la numérisation des registres, qu’est-ce que la technologie apporte de nouveau à l’art de la généalogie ? D’abord des outils de communication et de partage de ses recherches (un réseau social comme Famicity, qui permet aux membres d’une même famille de créer et enrichir ensemble leur arbre généalogique ; une communauté d’entraide comme Geneanet ; un logiciel de composition d’arbre généalogique comme Heredis). Des solutions pas anodines en termes de business. L’écrivain et journaliste AJ Jacobs explique ainsi à FastCompany : “les sites ont fait exploser l’intérêt pour la généalogie. Il y a beaucoup de gens qui sont d’abord attrapés par les sites, et puis qui veulent aller plus loin et embauchent des généalogistes professionnels pour faire des recherches plus en profondeur.”  Pour Marie Cappart, “la technologie a beaucoup contribué à la démocratisation de la discipline. Dès l’arrivée des mails, il est devenu plus facile d’être connecté avec d’autres généalogistes et de travailler ensemble. Aujourd’hui, avec l’émergence de sociétés qui mettent des bases de données en ligne, on peut se trouver des cousins, se connecter avec des gens du monde entier.” Lors de la dernière édition de Rootstech, FamilySearch a présenté une app permettant aux participants du salon d’y retrouver des cousins inconnus : 8 450 personnes ont ainsi découvert qu’elles avaient un parent à la conférence.

L’iconographie de la rootstech : des arbres, des feuilles, et encore des arbres…

La rootstech se développe donc grâce aux algorithmes, particulièrement en France où d’autres terrains de jeux sont encore interdits, comme les tests ADN grand public. Aux États-Unis et en Belgique, la logique d’interconnexion avec des parents éloignés a en effet bénéficié d’un coup d’accélérateur assez spectaculaire avec l’avènement de ces tests. “Là-bas, ça passionne tout le monde”, dit Nicolas Adam, qui s’est rendu à Rootstech cette année. “Il y avait vraiment un effet de mode”, renchérit Marie Cappart, elle aussi présente. Selon la société internationale de généalogie génétique (ISOGG), en 2017, 8 millions de personnes avaient déjà testé leur ADN, principalement aux États-Unis. L’entreprise la plus connue s’appelle 23andMe, et elle se concentre sur la “deep ancestry”, ou héritage profond, c’est-à-dire sur l’origine géographique d’ancêtres vieux de millénaires. Mais de plus en plus, des organisations de généalogie “classique”, comme Ancestry.com ou MyHeritage, proposent des analyses du génome qui ne remontent qu’à quelques décennies ou quelques siècles. MyHeritage a ainsi lancé en 2016 MyHeritage DNA, un kit vendu à plus d’un million d’exemplaires et qui lui a rapporté 58 millions de dollars en 2017. En plus de donner une “composition génétique”, ces solutions fonctionnent comme des réseaux sociaux qui mettent les utilisateurs en relation avec des parents potentiels, dont le génome a des traits communs avec le leur.

 

Remettre en cause le “récit de soi”

 

Cet engouement pour la généalogie génétique a plusieurs effets. D’abord, il y a un glissement dans l’objet même de la généalogie : certains cherchent moins à savoir de quelles personnes elles descendent que de connaître leur héritage ethnique. Les tests attirent des personnes “qui n’en sont nulle part dans leurs recherches”, observe Marie Cappart, qui confesse avoir d’abord été réticente : “pour moi, ce n’était pas de la généalogie”. Aujourd’hui, après avoir elle-même effectué plusieurs tests, elle est “convaincue de l’intérêt” et se méfie autant de ceux, comme le législateur français, qui refusent catégoriquement d’autoriser les tests ADN dits “de convenance personnelle”, que de ceux qui s’y lancent tête baissée. “Ce qui était marquant cette année (à Rootstech), c’était de voir beaucoup de personnes qui avaient déjà fait un test et qui étaient en demande d’explications. On achète d’abord et on se demande comment ça marche ensuite. (…) Or ce n’est pas anodin de donner son ADN à une entreprise privée.”

En filigrane, l’analyse du génome pose aussi une question très intime : celle des récits que les familles et les individus font d’eux-mêmes. (Marie Cappart rappelle d’ailleurs que traditionnellement, ceux qui se lançaient dans la recherche de leurs racines le faisaient souvent pour prouver une origine noble.) Aujourd’hui, les tests ADN révèlent parfois des secrets de famille : des enfants nés d’un adultère, des bébés adoptés, des cousins cachés. En 2013, 23andMe estimait que 7000 de ses utilisateurs avaient découvert des parentés inattendues ou des frères et soeurs inconnus. En 2017, le Washington Post racontait l’histoire fascinante d’une Américaine d’origine irlandaise qui, après un test ADN, a découvert qu’elle tenait de son père des gènes juifs ashkénazes et, après de longues recherches, qu’il avait été échangé par erreur à la naissance avec le bébé d’une famille irlandaise. “Jim Collins était-il un homme juif parce qu’il était né ainsi, ou un homme irlandais parce que c’est ainsi qu’il avait été élevé ?”, s’interroge la journaliste Libby Copeland dans l’article. Dans un registre plus savoureux, on se souvient de l’émission télévisée dans laquelle le suprémaciste blanc Craig Cobb, qui avait accepté de se soumettre à un test ADN, découvrait que 14% de son patrimoine génétique provenait d’Afrique subsaharienne. Libby Copeland écrit : “Nous commençons tout juste à entrevoir ce que signifie le fait de pouvoir dévoiler notre héritage génétique facilement et à peu de frais.”

Mais ce n’est pas encore le cas pour tout le monde. Comme le rappelle le journaliste Lean Ungerleider dans FastCompany, “les généalogistes amateurs sont, dans l’écrasante majorité, blancs et issus de la classe moyenne ou supérieure, du moins en Amérique du Nord.” Pour les Afro-Américains, il reste difficile de retrouver des informations datant d’avant la guerre de Sécession. Pour les utilisateurs asiatiques, “la destruction de registres lors de traumas politiques comme la Seconde Guerre mondiale, la Révolution culturelle, la guerre de Corée et la partition des Indes” est un obstacle souvent insurmontable. La généalogie génétique ouvre des pistes : “elle peut aider à identifier le pays de provenance des esclaves, par exemple”, explique Marie Cappart, qui a observé un vrai “attrait pour la généalogie des peuples afro-américains et latinos-américains” à Rootstech, qui pour la deuxième année consécutive a été organisé pendant le Black History Month. “Il y a une place aux États-Unis pour ce public qui recherche ses racines. Certes, ce n’est pas encore au même niveau que la classe moyenne blanche, mais il y a déjà une place, ce qui n’est pas forcément le cas en Europe.” Pour la généalogiste, en effet, la génétique ne fait pas tout : en France ou en Belgique, l’absence de “travail de mémoire” sur les héritages coloniaux fait que les populations d’origine algérienne ou congolaise restent encore très marginales dans les cercles généalogiques. “Presque rien n’est fait pour mettre en valeur les racines des gens et explorer leur histoire sans en cacher les aspects les plus sombres. (…) Il ne faut pas nier l’histoire des personnes impliquées, de chaque côté. On aime bien critiquer les États-Unis, mais là c’est nous les nuls dans l’histoire.” En attendant de pouvoir, comme Dana, voyager dans le temps à la rencontre de nos ancêtres, si l’on veut savoir d’où l’on vient, il faudra donc bien continuer d’associer les bonnes vieilles recherches aux possibilités ouvertes par le test ADN — et accepter les révélations parfois honteuses ou douloureuses qu’elles apportent.

 

Photo : Family © Maurizio Anzeri

The post RootsTech : ces startups qui ont rendu la généalogie hype appeared first on kiss my frogs.

]]>