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« Frugalité », « bon sens paysan », ou encore « sobriété heureuse » sont quelques-uns des termes que vous lirez dans cet article. Il n’est pas question pourtant d’aller à la rencontre de jeunes néo-ruraux mais d’entrer dans l’univers de l’écoconception des logiciels. Ces derniers, de plus en plus performants et énergivores, aggravent en effet l’obsolescence des équipements responsable d’une grande partie de la pollution générée par le numérique. Plusieurs experts appellent ainsi les grandes entreprises comme les startup à s’investir dans une chasse au « gras numérique ». Prêts à vous alléger ?

A quelques mois de l’été, les unes de magazines sur des cures minceur au concombre et au chou kale reviennent en force. Il est toutefois un régime bien plus urgent à entreprendre, celui de nos services numériques qui essaiment chaque jour au creux des incubateurs et autres pépinières d’entreprises. Une urgence qui commence à dater. « Codeurs, faites attention à ce que vous faites », avertissait déjà en 2016 la chercheuse Danah Boyd (Microsoft Research) lors du Personal Democracy Forum. A portée de clavier, en effet, rien de moins que l’avenir de la planète.

Car l’impact environnemental du code, et des services en ligne qui en découlent, est colossal. Selon le rapport Clicking Clean publié en janvier 2017 par Greenpeace, le secteur informatique représente aujourd’hui environ 7 % de la consommation mondiale d’électricité. Surtout, la pollution générée par l’industrie du net et son impact sur le climat sont équivalents à ceux du secteur de l’aviation. Sans aller jusqu’à couper les moteurs, plusieurs experts appellent à lever le pied en modifiant les pratiques de conception des logiciels. Leur message : « Développeurs, startupers, mettez-vous au régime, sus au gras numérique ! ».

Un fléau nommé « obésiciel  » 

« Dès qu’on parle de l’impact environnemental du numérique, on entend beaucoup parler des data centers, mais ce n’est pas le sujet ! Toutes les analyses de cycle de vie montrent que les impacts les plus lourds sont liés à la fabrication des équipements qui épuisent les ressources naturelles. Or, plus les services numériques sont « gras », plus ils sollicitent les appareils, accélérant leur obsolescence », explique Frédéric Bordage, porte-parole du collectif Conception numérique responsable qui rassemble des spécialistes ainsi que des organisations privées et publiques. Aujourd’hui, avec des sites et des applications qui se veulent de plus en plus performants, l’ « obésiciel » est partout.

Traquer les lignes de code inutiles est donc devenu une mission pour une petite poignée de pionniers du « green code », solution prônée depuis 2009 en France par Green IT et trois ans plus tard par la startup Greenspector. Celle-ci a identifié 200 règles composant un référentiel de bonnes pratiques et lancé un premier prototype de logiciel qui balayait le code afin de détecter les mauvais gestes. L’exemple typique : les développeurs qui font des applications ou des sites ne refermant pas forcément la consommation de ressources lorsque l’utilisateur n’est plus sur la page.

De l’écologie des champs à l’écologie numérique

Assez vite, cependant, le green code est abandonné par ces diététiciens du web qui lui préfèrent une approche plus large. « Quand vous vous intéressez aux lignes de code, il est déjà trop tard car le logiciel est gras par essence. Lorsqu’on cherche à maigrir, manger du « bon gras », bio par exemple, ne sert à rien. Pour alléger un service, c’est pareil : s’appuyer sur du « bon code » ne suffit pas. L’enjeu se situe dès la conception des services numériques », estime Frédéric Bordage qui applique la « sobriété heureuse » de Pierre Rabhi, un concept axé sur la réduction volontaire de nos consommations pour se recentrer sur des valeurs « essentielles ». « La première chose à faire est de regarder le cahier des charges fonctionnel. Ensuite, ce que nous faisons, c’est du bon sens paysan ! », assure encore Frédéric Bordage.

Une démarche d’écoconception des logiciels également embrassée par Greenspector qui a vendu sa licence à une quinzaine de clients dont Orange, la SNCF, ou encore la gendarmerie nationale. « Les entreprises voient l’intérêt économique avant de voir l’intérêt écologique », juge Thierry Leboucq, fondateur de Greenspector, vantant une « frugalité » bénéfique au business. Pour les boîtes offrant des services en BtoC, il met l’accent sur les gains en termes de performance d’usage, de mobilité, et in fine, d’expérience utilisateur. En BtoB, un logiciel allégé confère davantage d’autonomie aux équipements. Une collaboration avec Atos et le ministère de la Défense sur l’opération Sentinelle a par exemple permis de passer de 3 à 11 heures d’autonomie sur les smartphones des soldats.

Les startup à la diète… Oui, mais comment ?

Si jusqu’ici l’harmonie semble régner entre les acteurs de l’écoconception des logiciels, cette belle entente se fissure par endroits. Le premier « crac » résonne quand on aborde la question des startup elles-mêmes, grosses productrices de services numériques. Pour les accompagner dans cette chasse au « gras », les menus proposés divergent, certains prônant des solutions marchandes livrées clés en mains de type logiciel, quand d’autres insistent sur la formation et questionnent la logique même d’un logiciel destiné à l’écoconception, dénonçant une forme de greenwashing.

Désormais, le débat s’invite aussi à la table des politiques. Remis à la secrétaire d’Etat à la Transition écologique Brune Poirson en mars 2018 et rédigé par l’Iddri, la Fing, le WWF France et GreenIT.fr, avec le CNNum, le Livre blanc « Numérique et environnement » contient 26 propositions dont celle de fournir des kits pédagogiques pour favoriser la formation, ou encore celle de rendre obligatoire l’écoconception des sites web et services en ligne, de la même façon que l’accessibilité numérique des sites web publics est imposée par la loi pour une République numérique de 2016.

Les géants s’allègent aussi

Mais pour faire fondre le poids écologique du net plutôt que la banquise, agir sur la conception des logiciels n’est pas le seul levier. Plusieurs jeunes pousses proposent ainsi des solutions pour un Internet plus « propre», notamment au sein de la Greentech verte, un incubateur lancé par le ministère de la Transition écologique et solidaire en 2016. La tech n’a toutefois pas attendu l’impulsion politique pour lancer le mouvement.

A l’international, de grands groupes de la high tech soucieux de « verdir » leur consommation d’énergie. Dans son rapport annuel consacré à l’environnement et publié fin 2017, Google annonçait ainsi être en passe d’utiliser 100 % d’énergies renouvelables pour alimenter ses services ainsi que ses bureaux. Le géant américain Microsoft n’est pas en reste. Il a notamment signé à l’automne dernier un contrat d’approvisionnement de 15 ans avec un parc éolien terrestre situé en Irlande. Plus largement, le géant de la tech, a annoncé en décembre 2017 à Paris, lors de l’événement Tech For Planet organisé en amont du One Planet Summit, un renforcement de son fonds « AI for Earth ». Jusqu’alors doté de 2 millions de dollars, il en pèse désormais 50 millions que Microsoft entend investir sur les 5 prochaines années dans l’intelligence artificielle au service du climat. Face à tant de bonnes volontés, les diététiciens du web appellent toutefois à monter sur la balance pour vérifier les effets de la diète. « La bonne intention ne suffit pas !, juge Frédéric Bordage. Les entreprises doivent toujours s’assurer qu’elles ne produisent pas plus d’impact environnemental qu’elles ne promettent d’en effacer .»

5 conseils aux startups et développeurs pour éliminer le « gras numérique » de leurs solutions :

  • Supprimer les fonctionnalités non essentielles afin de réduire mécaniquement le coût de l’application et son empreinte écologique. Si l’application est déjà développée, mesurer le taux d’utilisation des fonctionnalités.
  • Fluidifier le processus, le temps passé par l’utilisateur sur un site constituant le facteur clé pour calculer son empreinte environnementale. Il convient de réduire au maximum le nombre d’écrans, d’étapes, et d’interactions inutiles.
  • Favoriser un design épuré. Dans le même esprit de simplicité, opter pour des polices standards qui sont déjà présentes sur le poste client et n’ont donc pas besoin d’être téléchargées. La saisie assistée est aussi préférable à l’autocompletion qui nécessite des allers-retours incessants entre le navigateur et le serveur.
  • Limiter le nombre de requêtes HTTP afin de réduire le temps de réponse et l’empreinte écologique du site.
  • Préférer les pages statiques, construites en dehors du CMS, dès lors qu’une page ne doit être que rarement modifiée. Cela permet d’économiser des cycles CPU, de la bande passante et réduit la consommation électrique.

Pour d’autres « astuces minceur », c’est par ici.

Publié le 6 avril 2018 -

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