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Faut-il devenir chauffeur Uber ? On le sait, la tech bouleverse le monde du travail par bien des aspects. L’essor de l’entrepreneuriat en est un, le travail à la demande en est un autre, plus obscur et controversé. Les chauffeurs VTC, archétypes de ces travailleurs coincés entre salariat et travail indépendant, illustrent mieux que quiconque les diverses facettes de la transformation numérique. Parce que leurs voix sont singulières, parce qu’ils font voler en éclat nos certitudes sur l’entrepreneuriat, parce qu’on ne les écoute jamais, KMF leur donne la parole dans cette chronique.

« Vous allez faire une raclette ? C’est génial, la raclette ! J’adore ça mais j’en ai pas encore fait, là, il fait trop chaud encore !

Vous voulez devenir chauffeur uber ? Moi j’ai repris Uber depuis janvier. J’avais un peu conduit bien bien avant, puis je voulais monter ma propre société de transport, du coup j’ai arrêté. J’aime pas travailler pour quelqu’un, en fait. Alors j’avais monté ma société avec des chauffeurs qui opèrent sur Uber. Ca a foiré à cause des accidents, pas des graves, juste des accrochages. Les gars ils roulent 10 heures par jour pendant 6 jours et vous avez vu la circu… Je suis parisien, je suis né à Paname, et j’ai jamais vu un tel bordel… et forcément il y a toujours un peu d’inattention. Mais si tu as un accrochage, Uber, ils te désactivent direct et après ça prend des jours et de jours pour réparer la caisse. Du coup, j’ai arrêté, c’est super con, j’avais mis toute ma thune dedans, maintenant je suis à sec.

Depuis janvier j’ai monté un garage avec mon associé, un pote. On répare freins, plaquettes, etc. Il gère la boite, moi je suis obligé de bosser à côté parce que ça rapporte pas assez. Enfin si ça rapporte mais le secret d’un garage c’est de toujours réinvestir pour acheter plus de caisses. Du coup, j’ai repris Uber mais j’en ai déjà ras le bol ! Moi j’aime bien commencer plusieurs choses, mais les tenir, j’ai plus de mal. C’est pas de leur faute, c’est moi, j’arrive pas à tout suivre, mais je peux rien y faire. Je déteste exécuter, je veux lancer le projet moi-même et puis voir comment il va marcher… comment je dois le pousser ! Je veux voir le projet comme une projection dans le futur qui change tout le temps, c’est ça qui m’excite. Parce que sinon, là c’est l’ennui, tu roules, tu roules, tu roules, ça ne sert à rien…

Du coup, j’ai eu une idée, vous voyez : je veux faire une appli pour louer… des voitures de luxe. Non, non, pas des grosses bagnoles bling bling ! Des vieilles voitures vintage, des Bentley des Mustang. Paris, t’y vas pas pour rouler en Merco, c’est une ville vintage avec une belle architecture, du Haussmanien… Tu roules pas en Merco dedans, désolé. Ouais l’assurance c’est le problème, mais j’ai commencé à me renseigner et franchement ça peut se faire. Après faut en trouver les mecs qui sont pas assez radins pour mettre leurs belles bagnoles sur une app. Un jour j’ai eu une cliente qui travaille chez Cartier, je lui ai parlé du concept, elle était grave emballée, elle m’a filé sa carte et m’a dit de la contacter direct quand la boîte est montée. Je suis sur le coup !

Mais c’est pas évident, hein, pas du tout. Déjà, je suis tout le temps au volant, vas-y monte une boite par téléphone quand tu dois éviter des accidents toutes les deux secondes. Puis la France, c’est compliqué… Le problème des français c’est qu’ils sont hautains. Les anglo-saxons, ils sont plus en mode « Yes, we can ! ». Après c’est sûr, ils vous font miroiter des trucs juste pas possibles, mais au moins, il y a cet esprit où c’est possible, même si c’est faux. Enfin, vous voyez ce que je veux dire.

Le système d’éducation en France, il ne va pas du tout. Vous savez, l’école et le travail… ça n’a rien à voir ! L’école c’est en mode “culture gé, développement perso”, alors que le travail c’est complètement opérationnel. Vous connaissez rien sur le secteur et on doit vous apprendre tout sur place. Moi, je suis super bon pour ça ! Le système français, il devrait faire en sorte qu’on comprenne ce qu’on veut faire dans la vie très très jeune. Alors que là, laisse tomber… Moi, j’ai Bac moins quatre. J’ai redoublé ma seconde deux fois déjà. C’est pas que j’étais mauvais élève, mais j’étais bagarreur, j’intervenais toujours pour défendre mes copains et je suis costaud, alors des gueules, vous savez, j’ai en cassé…

En vrai, j’étais pas mauvais. Je voulais faire avocat. Enfin c’est pas moi c’est un peu les autres qui m’ont toujours dit « Tu devrais être avocat, Ricky-Bobby ! », surtout les profs ! Et mes copains aussi, parce que j’étais toujours là pour montrer que A plus B égal C, et franchement, démontrer des trucs logiques, prendre la défense des uns et des autres, ça, je savais faire. Après ils m’ont transféré dans un lycée dans le 14ème, alors là tout a foutu le camp, les notes, les copains, les profs… Sinon je voulais être footballer professionnel, mais ça c’est tout le monde, ha ! Ca demande une discipline d’enfer, le foot, tu sors pas, tu manges pas, que tu blanc de poulet. J’ai un copain, pour lui, son verre de coca c’est son cadeau de la semaine, il prend une heure pour le boire tellement ça lui paraît délicieux. C’est ce qu’il faut pour être un sportif de haut niveau, pas un bon juste, mais de haut niveau.

Après dès que j’ai eu 16 ans, je me suis barré. Mon premier job, c’était de vendre des baskets sur les Champs. Et ça… ça, ça m’en a appris des choses ! J’ai appris que tout était possible, même vendre en français des baskets à des touristes allemands. Tu vois, ça, ça m’a vraiment appris des choses ! »

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Devenir chauffeur Uber ? Témoignage du quotidien d'un chauffeur
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Faut-il devenir chauffeur Uber ? Ces travailleurs coincés entre salariat et travail indépendant, illustrent mieux que quiconque la transformation numérique.
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