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Alors que le profil du startuper est sanctifié dans le monde du travail comme un nouveau modèle à suivre, on en oublierait que le salarié d’un grand groupe a aussi énormément de qualités. Qualités dont les start-ups mériteraient de s’entourer pour développer leur entreprise avec expertise et sagesse. Mais pour recruter ces “transfuges” d’un genre nouveau, il faudra vous en donner les moyens.

Le travailleur corporate est aux antipodes du startuper. Son costume cravate et son respect de la hiérarchie contraste avec le profil d’un startuper plus agile, en complet-capuche. Deux profils de travailleurs à l’opposé l’un de l’autre, issus de mondes qui ne se croisent que dans le cadre de hackathons ou programmes d’accélération. Au-delà, les corporates qui quittent leurs CDI pour franchir la porte des espaces de coworkings sont encore trop rares. Selon une étude, ils sont moins de 1% aux Etats-Unis à quitter leur entreprise pour s’en aller monter leur boîte.

Parallèlement, les start-ups en phase de recrutement sont à la recherche du profil atypique, de l’outsider prometteur (ou du jeune diplômé) et n’ont pas toujours le réflexe de regarder du côté des corporates. Leurs carrières tracées et leurs prétentions salariales peuvent décourager leur embauche. Pourtant, ces employés sont aussi ceux qui cherchent des alternatives à un travail trop pyramidal qui entrave leurs initiatives. Parfois ce sont ceux aussi qui cherchent un sens nouveau, dans un travail davantage marqué par la routine. A ce titre, ils peuvent s’avérer de grands atouts en terme de motivation, d’expertise et de sagesse, si vous, chères start-ups, leur donnez envie de faire le grand saut… et si l’atterrissage se fait en douceur.

LE GRAND FRISSON

 

Le grand frisson… C’est le sentiment qu’a peut-être perdu un travailleur corporate senior. Entré dans son entreprise plusieurs années ou décennies auparavant, armé des meilleures intentions du monde, ses rêves ont pu se heurter à la pesanteur d’un rythme de travail plus standardisé, ou à une organisation d’un travail plus fragmentée qui accentue le sentiment d’ennui et bride la créativité. Tout autant qu’au spectre d’une culture d’entreprise qui laisse sur le bord de la route les initiatives individuelles.

Dans ces conditions, il arrive que de nombreuses qualités du travailleur corporate se soient tues avec le temps. Elles ne demandent pourtant qu’à s’exprimer ! La première et la plus importante de ses bienfaits, c’est la motivation renouvelée de travailler dans une structure qui louera ses idées et les encouragera. Ensuite vient le carnet d’adresses, un réseau Linkedin bien gonflé. Puis l’expertise. A écouter Yann Léchelle, le COO de SNIPS :

« Il y a évidemment des profils intéressants dans les grosses boîtes, des transfuges qui pourraient apporter leur expertise et leur carnet d’adresses. Pour eux, rejoindre une startup peut permettre une libération de leur énergie créative, souvent broyée par la rigidité et la politique des grandes entreprises

La sagesse s’avérera enfin un atout de taille pour votre startup. Mettre des têtes plus âgées au sein d’un jeunisme ambiant ajoutera une touche de stoïcisme au sein du chaos des passions. Et pourquoi pas, une touche de diversité encore difficile à atteindre.

LE GRAND SAUT

 

Mais pour qu’un corporate fasse le grand saut, il faudra lui donner des raisons de le faire. Son embauche est délicate car il n’est pas toujours facile de quitter un salaire confortable.  Même si l’on sait qu’autour du salaire en start-up plane beaucoup de stéréotypes. Si l’on se fie aux chiffres du Ignition Program, le salaire annuel moyen en start-up pour un travailleur senior entre 2 et 7 ans d’expérience va de 35 000 € à 80 000 €. Mais il y a des avantages sur lesquels vous ne pourrez pas rivaliser comme les chèques vacances, le 13e mois ou encore la prime d’intéressement. Alors que lui vendre ? Beaucoup… mais surtout trois choses :

  •  Du rêve : Faites-lui comprendre qu’il deviendra le nouveau Jan Koum qui quitte Yahoo, pour fonder Whatsapp. Vendez-lui un poste créatif qui le challenge. Insistez sur le fait qu’entrer dans une start-up est forcément un pari sur l’avenir, et que bien que les risques soient grands, un passage dans ce type de structure se révèle être un accélérateur de carrière et un bonus sur le CV.

 

  • Du sens : Montrez-lui qu’il est nécessaire, pas surnuméraire. Que son travail aura du sens, et qu’il sera à l’avant-poste d’initiatives concrètes. Entrepreneuriat social, ou sens du mandat social, les start-ups ont leur carte à jouer. Dîtes-lui qu’il ne fera pas passer du greenwashing pour de l’écologie mais qu’il s’inscrira dans une logique sociale et responsable comme le fait, par exemple, la start-up anti-gaspillage Too Good To Go.

 

  • Des avantages : Proposez-lui par exemple des parts sur le capital de l’entreprise. Les BSPCE (bons de souscriptions des parts de créateur d’entreprise) sont votre arme secrète. Il s’agit pour le salarié de bénéficier de la valorisation de l’entreprise. En France, la fourchette varie de 3 à 7% pour le salarié et peut s’avérer extrêmement avantageuse quand la start-up connaît un phénomène d’hypercroissance. C’est par exemple une pratique que la start-up Paper Nest a adopté systématiquement à chaque nouvelle embauche de salarié. “Nous avons voulu que chacun des membres de la team puisse vivre pleinement cette aventure” témoigne son fondateur, Philippe de la Chevasnerie. Depuis 2009, Criteo l’a systématisé comme outil phare pour recruter les meilleurs profils. Selon Agathe Wautier, la fondatrice de The Galion Project, un think-tank récemment à l’initiative d’un Kit BSPCE tourné vers les start-ups : 

Un salarié qualifié ? Non, on ne le fera pas venir avec un beau salaire. Les entrepreneurs s’ils veulent recruter des hauts potentiels sont obligés de partager leur capital. C’est une condition sine qua non. Ce n’est peut-être pas l’élément déclencheur pour l’embauche mais ça fait partie des leviers nécessaires. Et puis c’est aussi une manière de l’impliquer dans l’histoire de la start-up. C’est un pari sur l’avenir qui n’est pas rien. Avec les BSCPE, Criteo a fait 50 millionnaires. Je pense que les BSCPE vont finir par devenir la norme. »

UN PARACHUTE POUR L’ATTERRISSAGE

 

Une fois votre corporate embauché, préparez-lui un parachute. Car le passage d’une culture corporate à une culture startup n’a rien de facile. Plus expérimenté et peut-être plus âgé, il y a des chances pour qu’un bambin ou une vie de famille lui colle aux pattes. N’espérez pas trop le voir traîner dans les meetups, et la culture de la coolitude n’est pas forcément son style. Comprenez-le, passer de Dallas à Silicon Valley n’a rien d’une évidence, et avant que la fusion s’opère, il peut se passer un laps de temps qui peut être préjudiciable. Car oui, le temps vous est compté. Toujours pour Yann Léchelle :

« Ces transfuges issus d’un emploi « stable », et en général accompagnés par toutes les fonctions de back-office, seront-ils assez à l’aise pour sauter dans le vide et construire leurs ailes au fur et à mesure ? Beaucoup de choses dépendent alors de la culture de la grosse boîte en question, et encore plus de la résilience du caractère desdits transfuges. »

A votre bon jugement. Souvent c’est une affaire de coup de coeur. Sachez en tout cas chers corporates que si vous êtes en mal du grand frisson ou bien tout simplement lost in quête de sensSwitch Collective et Wake Up peuvent vous aider à passer le cap.

Quant à vous, chers startupers, si vous rêvez secrètement de poser votre baluchon sur le bastingage d’un grand paquebot et que vous n’osez pas le dire à votre entourage…

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