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À force de considérer les entrepreneurs comme des gens qui travaillent « quand ils le souhaitent », on oublie un peu trop souvent les dangers qu’ils encourent. Tapi dans l’ombre, prêt à bondir, le burnout guette. Et si on parlait un peu de santé au travail ?

Souvenez-vous : en affirmant que « la vie d’un entrepreneur est souvent plus dure que celle d’un salarié », Emmanuel Macron s’est attiré une vague d’indignation. « N’importe quoi ! », lui a -t-on répondu, en soulignant parfois les revenus des entrepreneurs, ou encore leur temps de travail « inférieur à celle d’un cadre ». Mais pendant ce temps, sur les réseaux sociaux, les entrepreneurs eux-mêmes essayaient de faire entendre qu’il y avait là au moins… un peu de vérité.

Loin de vouloir s’amuser à ces comparaisons, il faut tout de même prendre en compte certaines réalités : seuls 38% des entrepreneurs disent qu’ils pourraient continuer à travailler au même rythme dix ans plus tard, contre 55% des salariés et 61% des cadres, selon un baromètre annuel Malakoff Médéric. Selon plusieurs études, les entrepreneurs figurent parmi les plus exposés aux risques de burnout, et présentent des syndromes pré-burnout (entre 10% et 20% d’entre eux), des chiffres à nuancer dans la mesure où la plupart des études concerne aussi les dirigeants.

Pour autant, arrêtons-nous deux minutes sur ce problème et profitez-en pour vous détendre un peu, que diable !

Le côté obscur du startuping

Actor Ian McDiarmid as Emperor Palpatine in STAR WARS: REVENGE OF THE SITH. © Lucasfilm Ltd. & TM. All Rights Reserved. Digital work by ILM.

Pourquoi le burnout des entrepreneurs a-t-il quelque chose de spécial ? Tout simplement parce que les entrepreneurs partent de rien, prennent le risque de ne pas se payer pendant des mois ou des années. Parce qu’une levée de fonds n’est jamais assurée, même dans une période aussi faste. Parce qu’ils respirent et vivent à travers leurs entreprises. Ne comptent pas leurs heures. Ne savent pas où ils seront dans quelques mois : au sommet ou dans le mur ou vivotant entre les deux.

De l’insécurité constitutive du parcours entrepreneurial proviennent des maux que d’aucuns croient réservés aux seuls salariés : la souffrance psychologique, l’épuisement, la difficulté à joindre les deux bouts et l’angoisse. Quand on les interroge, on constate que ces comportements sont bel et bien liés à une culture du travail constant : 90% d’entre eux ne prennent pas de vacances la première année de leur activité. 70% travaillent durant les jours fériés et pour 61% des entrepreneurs, les vacances signifient un danger pour leur entreprise. Il suffit de faire un tour du côté des espaces de coworking et des bureaux de startups au mois d’août : le rythme est certes plus modéré, l’atmosphère estivale aidant, mais la grande majorité des entrepreneurs répond présent, profitant de l’accalmie généralisée pour avancer sur le fond.   

Et cette culture quelque peu stakhanoviste est loin d’être nouvelle ! Paul Graham expliquait déjà en 2004 dans un article sur les avantages relatifs de l’entrepreneuriat par rapport au salariat, qu’en travaillant deux fois plus que les employés normaux, les entrepreneurs pouvaient atteindre des sommets dont les employés ne pouvaient rêver qu’à plus long terme.

Il faut aller le « plus loin possible », le « plus vite possible » : toute heure non travaillée est une heure perdue. La plupart des espaces de coworking et des accélérateurs / incubateurs sont d’ailleurs ouverts 24h sur 24h, six ou sept jours sur sept… et le dimanche est souvent passé en télétravail. Les notions de journée de travail et même d’horaires de travail n’ont pas plus de sens que celle de « travail terminé » pour un entrepreneur. On comprend donc bien pourquoi le burnout est, s’il n’est pas inévitable, un risque très prégnant.

C’est encore dans l’excellente série télévisée Silicon Valley que ces réalités sont le mieux représentées : les collaborateurs de Piper travaillent et vivent littéralement au même endroit. Les bureaux des startups ressemblent à des appartements de luxe où l’on peut tout trouver : nourriture à volonté, salles de repos, même parfois des crèches. Reste-t-il une seule raison de rentrer chez soi lorsque tout ce dont on a besoin (et bien plus) est à portée de main ?

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Car à cet effacement relatif de l’espace de vie qui n’est pas consacré au travail, s’oppose la représentation de l’entrepreneur comme d’un être volontaire, optimiste, énergique. Les entrepreneurs créent le futur, comment pourraient-ils ne pas arborer le sourire bright et le masque permanent de l’enthousiasme ? Mais la réalité, vous la connaissez bien : 9 fondateurs de startups sur 10 échouent et 50 % des sociétés ne vivent pas au-delà de 5 ans ( étude Harvard Business School rapportée par Fortune ). Derrière la façade – sourire et bonne humeur, confiance remontée à bloc –, il y a les fêlures, les craintes, les faiblesses personnelles. L’entrepreneur est un iceberg dont on ne voit que la partie émergée.

Les réactions sur les réseaux sociaux de certains entrepreneurs français (installés ou pas dans la Silicon Valley) à l’entrée en vigueur du droit à la déconnexion pour les entreprises de plus de 50 salariés montrent à quel point la vie de l’entrepreneur se confond naturellement avec son travail (sa mission, diront certains) : « LOL », « n’importe quoi », « voilà pourquoi les GAFA sont nées aux Etats-Unis et non en Europe ». Le fait que la puissance publique puisse légiférer pour protéger des salariés contre les risques liés à l’incitation insidieuse de ne jamais arrêter paraît non seulement contre-productif, mais inconcevable d’un point de vue moral : une commentatrice sur Facebook indique ainsi que la consultation de ses emails à toute heure via son mobile constitue « un vrai plaisir » et lui procure un « sentiment de libération ».

On peut se moquer de ce zèle qui apparaît pour certains comme le symptôme le plus visible du mal de l’homme moderne affairé. On peut s’en indigner comme d’une défaillance supplémentaire du système économique de considérer l’individu autrement que comme un robot fait, malheureusement, de matériaux organiques faillibles. On peut enfin proclamer la liberté absolue du choix individuel : que chacun fasse comme il en a envie. Ces postures extrêmes sont celles qu’on retrouve la plupart du temps dans le débat public: la polarisation qui en nait ne contribue malheureusement pas à faire avancer le débat.

On peut aussi avancer que si la relation de subordination et le rapport de force inhérents au salariat justifient que la puissance publique se saisisse de ses armes réglementaires, la flexibilité en matière d’organisation de ses journées, mois et années reste l’attrait, l’atout, l’avantage phare de l’univers des startups. Le stakhanovisme entrepreneurial ne sera pas vaincu par la loi mais par la diffusion d’une culture de la tempérance, selon laquelle, par exemple, la fatigue n’est pas une médaille d’honneur et l’éthique du travail est irréductible aux semaines interminables. Ce n’est pas nous qui le disons mais Jason Fried, auteur du mythique Rework, fondateur de Basecamp et contributeur au Medium Signal v. Noise, et promoteur d’une éthique du travail débarrassée de l’éthique du zèle, de la réunionite et du culte de la présence physique.

Rappelons enfin que si la réduction réglementaire des horaires de travail a été si facilement acceptée par les entrepreneurs de la seconde révolution industrielle au tournant du 20ème siècle un peu partout en Europe, c’est que la productivité est, à partir d’un certain seuil, fonction décroissante du nombre d’heures travaillées. Autrement dit, pour travailler mieux, travaillons juste ce qu’il faut.

Car lorsque c’est trop, ce n’est pas très bon et ça…craque. N’est-ce pas ?

Bon, asseyez-vous… on vous dit les symptômes

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Mais attention : avec les symptômes du burnout, le risque de syndrome Doctissimo est fort. Vous savez, cette impression d’avoir une maladie dès qu’on en lit les signes sur Internet.

L’épuisement

La fatigue excessive est le premier indice. Alors bien sûr, il y a fatigue et fatigue, mais le premier signe du burnout, c’est une impression d’épuisement complet et l’impossibilité de récupérer, même lorsque l’on pratique un sport. Il y a quelque chose qui bloque : vous avez l’habitude de repousser les limites mais là, une bonne séance de jogging ne parvient même plus à recharger vos batteries et le sommeil vous échappe.

Anxiété et rumination

L’anxiété est normale quand on crée sa startup. Ce qui n’est pas normal, c’est qu’elle soit constante : quelle que soit l’heure de la journée ou de la nuit, quelle que soit votre activité, vous continuez à ruminer les défis du jour. Vous n’arrivez plus à contrôler votre train de pensée et, encore une fois, vous en perdez le sommeil. Ces ruminations mentales sont liées au fait que vous avez entrainé votre esprit à soulever des montagnes et que maintenant, il ne s’arrête plus et tourne en boucle. Vous vous surprenez même parfois à tourner en rond sur un faux problème. Attention, c’est une pente savonneuse, et ça vous « brûle » la tête ! Une étude américaine récente réalisée par le Dr. Michael Freeman, professeur et entrepreneur, a souligné que 49% des entrepreneurs montraient des signes avant-coureurs de certains troubles mentaux…

La dépression et le changement de comportement

L’épuisement et l’anxiété mènent au côté obscur ! Selon la même étude, le trouble le plus fréquent chez les entrepreneurs est… la dépression nerveuse. Elle concernait 30% de son échantillon de 242 entrepreneurs américains, beaucoup plus que la moyenne nationale de 7%. Les symptômes du burnout imminent sont perceptibles à des changements de comportements qu’il faut savoir identifier : les crises de colère, le défaitisme et l’instabilité émotionnelle en général. Une sensation de vide. Pourquoi ? Notamment à cause de ce que Olivier Torrès, créateur d’Amarok, un observatoire dédié au suivi de la santé des dirigeants, appelle le « risque patrimonial » : un fondateur se confond avec l’entité qu’il a fondée. Si votre entreprise sombre, c’est une profonde blessure narcissique qui se forme.

« Si ma boîte est un ratage, est-ce que ça veut dire que je suis un raté ? » résume Taylor McLemore, victime d’un burnout très violent après avoir dû déposer le bilan. Non, bien sûr, et c’est justement d’avoir la force de surmonter ces épreuves difficiles qui distingue les entrepreneurs. Savoir dire stop et se préserver, c’est aussi ça la marque d’un bon entrepreneur.

Bref, RELAXEZ-VOUS (vous serez plus productif !)

5 techniques sioux pour éviter le burnout

Pour terminer sur ce sujet épineux, on vous partage quelques tips glanés çà et là au fil de nos rencontres. N’hésitez pas à partager les autres !

  1. Un startupeur sain dans un corps sain : ça paraît évident et pourtant… rien n’améliore mieux votre stabilité émotionnelle et votre énergie qu’une pratique régulière du sport. Mais attention, je vous connais : n’essayez pas d’ubériser votre salle de sport ou de vous dépasser à tout prix. Ça doit rester un lieu de relaxation et de bien-être. Je vous surveille !
  2. Trouvez-vous… un vice : vous passez votre temps à lutter contre vous-même, à vous forcer, à soulever des montagnes. Eh bien, le meilleur moyen d’arrêter et de reprendre des forces, c’est… le plaisir ! Trouvez quelque chose qui vous plaît vraiment, un vrai plaisir coupable, un peu régressif, qui vous permet de vraiment déconnecter.
  3. Intéressez-vous aux problèmes… des autres : vos problèmes, vous les connaissez. Mais savez-vous que les autres en ont aussi ? Souvent, ce sont un peu les mêmes… et parfois des problèmes que vous pensez avoir déjà résolus. Faites un peu de mentoring, prenez du recul en adoptant une posture de conseil et de soutien. Rien de mieux pour penser à autre chose que de penser aux autres !
  4. Bougez et voyagez ! : je sais ce que vous allez me dire « Tout ça pour ça ? ». Et puis « Je n’ai pas le temps ! ». Et puis « Pas l’argent ! ». Mais aujourd’hui, avec Airbnb, pourquoi ne pas louer un espace pour vous et vos collègues dans une autre ville d’Europe ou à la campagne ? Bougez, ça décompresse et ça vous fera respirer ! Pour la location d’espace de bureau dans le monde entier, il y a aussi Breather, et si vous aimez l’ambiance coworking, pourquoi ne pas vous faire quelques mois à la campagne, dans un lieu comme Mutinerie Village ou Village Factory.
  5. Achetez un chat : il est scientifiquement prouvé que les ronronnements des chats diminuent les risques de burnout de l’entrepreneur. Si, si ! En revanche, attention, si vous en adoptez un, c’est pour la vie (je vous ai prévenu : je vous surveille !).

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