kiss my frogs
Contribuer
Twitter Facebook LinkedIn RSS
[ Rechercher ]
Accueil Contribuer TwitterTwitter FacebookFacebook LinkedInLinkedIn RSSRSS

Le succès du Wagon peut être résumé par son historique immobilier. Mon tout premier souvenir du “meilleur coding bootcamp du monde”, dixit des commentateurs très sérieux de la galaxie startup mondiale : un meetup organisé à Mutinerie Coworking avec Jean-David Chamboredon, où il n’y eut pas assez de chaises. Quelques mois plus tard, le Wagon s’installait à Numa, puis au dernier étage de The Family, avant de prendre ses quartiers dans la somptueuse verrière d’une impasse d’Oberkampf. Dans le monde très compétitif et parfois brouillon des écoles de code, Le Wagon a constamment fait ses preuves en affichant complet toutes les promos, d’abord à Paris, puis dans toutes les villes où ils ont ouvert des antennes. Tout cela, sans prendre un seul euro du public ou du privé. Quelle est leur secret sauce ? Quelle est leur vision de l’éducation et de l’entrepreneuriat ? Rencontre avec Boris, Romain et Sébastien.

Le Wagon en quelques chiffres

  • 2200+ élèves formés
  • 30% de femmes
  • 500+ « tech products » conçus et réalisés au cours de la formation
  • 35K€ : moyenne des premiers salaires à la sortie
  • 75+ startups lancées par nos élèves (chiffres parisiens)
  • 20+ startups ont levé entre 1M€ et 3M€
  • 10+ startups ont levé entre 300K€ et 1M€
  • Le Wagon est présent dans 16 pays et 27 villes

Diana Filippova : Vous avez été élu Meilleur Code Bootcamp du monde, pas moins que ça ! Qu’est-ce que ça évoque pour vous, ce terme de “bootcamp” ?

 

Boris : Bootcamp, c’est un terme issu du vocabulaire militaire qui veut dire « camp d’entraînement ». A l’origine, c’est une remise en question des méthodes d’apprentissage, et ça veut dire qu’on va apprendre de façon très intensive, en étant immergé pendant deux à trois mois dans une discipline donnée, avec de la théorie et surtout de la pratique. Nous, on fait un bootcamp de code, mais tu pourrais imaginer un bootcamp de tout autre chose.

 

A quel point Le Wagon d’aujourd’hui est proche de votre idée d’origine ?

 

Boris : Le format de base, c’est qu’on voulait enseigner le code. La particularité, c’est qu’on n’est pas là pour produire les meilleurs développeurs du monde mais pour apprendre à faire des produits, notamment à travers le code. Ce n’est pas pour l’amour de la théorie, mais au nom du produit technologique qui, lui, doit être le meilleur possible.

Romain : Un truc qui nous distingue des autres bootcamps, c’est qu’ils sont sur une promesse de trouver un job en tant que développeur, là où nous, nous avons un prisme plus large qui touche à l’autonomie en tant qu’entrepreneur. On forme beaucoup de freelances, d’entrepreneurs, pas seulement des gens qui veulent devenir développeur web.

 

Quelle est la proportion de ces profils dans vos alumnis ?

 

Boris : On doit être aux alentours des 30% d’entrepreneurs, 30% de freelances et 30% qui vont trouver un job soit en tant que développeur, soit en tant que product manager, donc des boulots à la croisée du design, de la technologie et du business.

 

C’est quoi l’histoire de la naissance du Wagon ?

 

Boris : On était les premiers clients du programme qu’on a construit. Moi, je savais coder, mais j’étais un ingénieur frustré de la façon dont j’avais appris le code. Je voulais transmettre que j’ai appris tout seul sur la manière dont le code permettait de développer des produits. Romain, c’était plutôt un avocat avec des vocations entrepreneuriales qui était frustré de ne pas pouvoir lui-même être autonome pour pouvoir lancer un projet. Et Sébastien, c’est le seul qui savait vraiment coder (rires). Ingénieur, ex-Google, il avait déjà bossé dans des équipes de développeurs. On était tous les trois d’accord sur un point : on peut très bien apprendre le code en deux mois.

 

Quelle est la vision de l’éducation qui sous-tend le projet ?

 

Romain : Elle est intégrée dans le nom : ça s’appelle Le Wagon parce qu’on estimait que l’éducation avait un wagon de retard sur l’innovation.

Boris : Aujourd’hui, l’éducation fonctionne sur des cycles assez longs arrangés par thématiques : la physique, les maths, l’informatique. Nous, notre vision, c’est que pour pouvoir sortir un produit et être autonome, on a besoin de connaissance en design, en code et en produit. Si il manque un de ces trois éléments, tu ne peux rien sortir seul. Notre programme est à la croisée du business, du design et du code. Du coup, il attire des graphistes, des ingés, des étudiants d’écoles de commerce qui viennent y chercher la part complémentaire qui leur manque.

Romain : L’éducation française est organisée en silos.  La différence par exemple entre un campus français et américain, c’est que dans ce dernier, il va y avoir une école de droit, d’ingénieur, d’arts, de médecine… Chaque jour, les étudiants se fréquentent tous et font des choses ensemble. En France, on reste entre soi, même dans les meilleurs écoles comme Centrale ou l’X. On n’est pas encouragé à se confronter à la contradiction et de mettre en commun des idées qui n’ont rien à voir entre elles a priori. Or, l’innovation n’est rien d’autre que cela, confronter le dissemblable et en tirer de l’inédit.

 

Quand vous recrutez, vous privilégiez les candidats qui ont déjà un projet en tête ?

 

Romain : La moyenne d’âge au Wagon, c’est 29 ans. La médiane est un peu plus basse. Une partie des élèves ont déjà travaillé pendant quelques années dans une boîte mais qui veulent réinventer leur job en interne, ou alors simplement le quitter et changer de vie Certains sortent d’école, donc ils ont 23-24 ans : ils ont appris plein de choses mais pas les hard skills qui leur permettent de produire quelque chose de concret. Or, au Wagon, on n’apprend que ça, le concret, avec juste assez de théorie pour comprendre ce qu’on fait. L’idée c’est de se dire qu’on complète son parcours universitaire par le Wagon.

Boris : Après, il y a quelques rares jeunes qui viennent le Wagon pour leur formation initiale, post-bac. Ce sont souvent des autodidactes, avec un profil très entrepreneur, l’exemple type étant l’ado de seize ans qui a déjà créé une boîte. Il ne veut pas faire d’études et être directement dans le dur.

 

Dans les autres pays où vous avez ouvert, on retrouve cette philosophie et ces profils ?

 

Boris : La philosophie reste la même. Après, la culture anglo-saxonne par exemple exige un très grand pragmatisme dans l’offre de ses compétences, c’est pourquoi on y retrouve plus de gens qui veulent être développeurs que chez nous, par exemple.

Romain : Et c’est mieux payé aussi…

Boris : Pas forcément, entre Londres et Berlin, ce n’est pas le cas. Mais le public anglo-saxon a plus besoin d’une représentation claire et nette de ce que tu pourras faire en sortant du Wagon. Pour nous, le Wagon, le code, ce sont des moyens, pas des fins. On apprend aux gens à faire des produits et après, ils pourront être opérationnels et autonomes dans la voie qu’ils auront choisie.

 

On pourrait vous adresser la critique de cibler ceux qui ont déjà un capital social et éducatif fort, de ne pas réduire les inégalités mais de contribuer à les accroître en donnant des cartes à ceux qui en ont déjà.

 

Boris : On pourrait te sortir les chiffres, c’est vrai qu’on a beaucoup de public grandes écoles, diplômés bac +5, après on a aussi des gens qui ont fait de la socio, du cinéma, de la littérature. Le bouche-à-oreille a beaucoup fonctionné dans les réseaux de grandes écoles, donc c’est une grosse partie des gens qui font le Wagon.

Romain : On est regardant sur les profils parce que c’est un programme qui est difficile, mais on ne veut pas qu’il y ait de barrières financières rédhibitoires à l’entrée. C’est pour ça qu’on bosse depuis un an sur un certificat pour permettre aux élèves de se faire financer plus facilement la formation sur le compte formation professionnelle.

Boris : On est déjà organisme de formation, ce qui veut dire que les gens peuvent solliciter leur OPCA ou Pôle Emploi pour payer le Wagon, mais ce n’est pas nous qui décidons si les financements sont accordés. C’est le cas à Marseille par exemple, où la cible diplômés de grandes écoles existe beaucoup moins.

Boris : Si demain on trouve un modèle de co-financement par des boites, on le mettra en place. Mais pour l’instant, on fait le choix de se concentrer sur l’excellence de la formation et nos élèves, et tout ça a un coût.

 

C’est aussi un choix qui fait que vous êtes totalement à part dans l’écosystème français, la plupart des écoles de code faisant valoir qu’elles sont aussi là pour résoudre les inégalités et le chômage.

 

Sébastien : C’est possible. Du point de vue de la com, c’est plus facile de dire que tu résous le problème des développeurs en France, le chômage ou la formation au numérique, tous des enjeux de société très importants. Nous, notre programme est clair. Il permet de joindre le business, le design et le code.

Romain: J’ai l’impression aussi que quand quelqu’un demande aujourd’hui un prêt de 10 000 euros pour se former au code, comme cela se fait dans les pays anglo-saxons depuis longtemps, une banque française l’entend beaucoup mieux qu’il y a cinq ans ou dix ans.

 

Vous avez développé toute une partie technique, mis vos cours en open source sur le Wagon et c’est ce qui a changé au fur et à mesure des promos ?

 

Romain : C’est très itératif. Depuis 2014, on a fait 110 promos dans toutes nos villes. A Paris, on doit être à la 17e promo consécutive. Ca veut dire qu’on a eu 17 opportunités d’itérer, impliquant que le programme du Wagon change tous les trimestres. A titre de comparaison, à l’université, les programmes changent tous les cinq ans. Depuis 2014, on a itéré sur les cours, le format, les exercices, afin de permettre aux élèves de progresser quel que soit leur niveau. Au niveau des outils, on a automatisé beaucoup de choses dans les salles de classes. Le fait d’avoir plusieurs villes nous a obligé de faire en sorte que le programme ne repose pas juste sur la qualité pédagogique des professeurs, en l’occurrence Boris et moi au début, mais sur la qualité intrinsèque des programmes.

 

Tous les profs sont des anciens élèves, c’est ça ?

 

Sébastien : Pas tous. En revanche, tous les profs assistants, qui ne donnent pas cours mais aident à la résolution des problèmes des élèves, sont des anciens élèves. La raison pour laquelle on fait ça, c’est qu’un ancien élève qui s’en est bien sorti va avoir une façon d’expliquer différente qu’un professeur, même si ce dernier a théoriquement beaucoup plus de connaissances.

Boris : Il peut aussi mettre l’exercice dans le contexte du curriculum, il sait très bien ce que l’élève vit, ce qu’il étudiera la semaine prochaine. Il a une relation d’empathie avec l’élève, et non seulement de transmission de connaissances.

Sébastien : En fait, un bon professeur, ce n’est pas forcément un bon professionnel. C’est vrai dans beaucoup de disciplines. On a eu des très bons devs qui étaient des professeurs pas terribles, moins bons que des assistants un peu malins qui ont fait le Wagon. Dans notre équipe de profs, qu’on appelle des lead teachers, on a deux profils : soit des développeurs qui l’étaient avant 2014 et que l’on a rencontré par nos réseaux professionnels et qui se sont avérés être de bons pédagogues, soit des anciens élèves du Wagon qui ont fait leur armes en tant que développeur avant de revenir enseigner chez nous. On a écrémé, parce qu’enseigner, c’est faire le show pendant 1h30 ! Il faut que ce soit intéressant, donc on a sélectionné des profs qui sont tous freelance, à l’exception de Paris, où l’on a recruté des salariés qui développent aussi les plateformes de cours.

Boris : Il y a une grosse communauté de profs freelance qui font aujourd’hui des cours à la carte au Wagon. Ils voyagent, c’est une espèce de Mercato.

 

Un peu comme une communauté d’insiders qui bossent où ils veulent ?

 

Romain : Exactement, tu peux passer l’été à Rio, l’hiver à Tokyo… (rires)

Boris : Il y a des freelances qui bossent aussi pour d’autres clients, et donnent cours où ils veulent, et aussi d’autres profils comme Hugo, qui a sa boîte de bitcoin et qui donne des cours au Wagon parce qu’il aime ça et que ça lui change de son quotidien.

Romain : C’est important que notre réseau de profs soit composé de professionnels, qui bossent à côté et soient à jour tout le temps, sans s’enfermer dans l’enseignement.

Boris : Même nos profs salariés à Paris sont profs 1/3 du temps, et dévs 2/3.

 

C’est quelque chose que vous leur imposez ?

 

Romain : Ça s’est fait naturellement. C’est aussi que nos programmes sont cycliques, ils ont lieu 4 fois dans l’année. Donc tu ne peux pas demander à quelqu’un de reproduire les mêmes gestes 4 fois de suite, ce n’est pas stimulant. Il faut conserver l’envie.

Sébastien : Comme on a de très bons profils de profs, ils peuvent aussi se lasser vite.

Romain : Et puis on comprend nous aussi la lassitude que l’on peut ressentir, puisque Boris et Sébastien l’ont vécue.

Boris : Nos lead teachers à Paris ont pris le relai de Séb et moi, et ils forment aujourd’hui leur relève. Deux de nos lead teachers, Edouard et Kévin, sont de moins en moins profs et ils forment Julien et Dimitri, deux anciens élèves qui sont montés en compétence en étant dévs après. C’est cyclique.

 

Comment s’organise en pratique votre mercato international de profs ?

 

Sébastien : On a une plateforme, où les élèves qui veulent devenir assistants peuvent dire quelle ville ou quel module de cours l’intéresse, il met ses disponibilités et côté driver, il peut dire où sont les trous dans son planning et demander qui a manifesté de l’intérêt pour sa ville et est disponible. La plateforme lui montre les profils dispos et il contacte sur Slack la personne et discute.

 

Une plateforme de jobbing de très haut niveau, un Malt de devs taillé rien que pour vous, en somme !  

 

Boris : Ce qui s’est passé, c’est qu’on a commencé par le faire en organique. Rencontrer des freelances, les connecter à des drivers à Tokyo qui avaient besoin de profs, former nos anciens élèves en assistants, puis en profs. Pour scaler ça, on s’est rendu compte qu’il nous manquait une couche de partage d’information.

Romain : Tout passait par Boris avant !

Boris : Oui, j’étais devenu agence matrimoniale de profs sur Slack ! Dès qu’il y a eu assez d’élèves, donc d’alumnis qui souhaitaient monter en compétence en devenant assistants, puis profs, on a atteint un volume critique suffisant pour créer la plateforme. La remontée des feedbacks étudiants aide aussi. Tu peux savoir si tel assistant junior a eu de super bons feedbacks, donc si un prof de Tokyo veut venir enseigner à Paris, je peux connaitre l’opinion des élèves qui l’ont eu en prof au Japon. Pour moi, c’est plus simple.

 

Les élèves notent leurs profs ?

 

Boris : A la fin, ils donnent un feedback, mais pas de notes, on est pas Uber. La politique n’est pas celle du bâton, ce n’est pas pour dégager les profs mais plutôt pour leur donner des pistes de progression, en toute transparence.

 

Ça ne vous est jamais arrivé de virer un prof parce qu’il a eu des mauvais feedbacks ?

 

Boris : Si. Pas de la communauté d’élèves, mais des profs freelances.

Romain : Justement parce que sur le papier, ils avaient un super CV et une bonne réputation, mais dans une salle de classe, ça ne marchait pas.

Boris : Les profs de la communauté, il y a très peu de probabilités pour qu’ils soient mauvais puisqu’ils sont passés par tellement d’étapes de validation, de l’alumni à l’assistant au prof. C’est plutôt une situation qu’on a rencontré avec des externes.

 

Quand vous dites mauvais, c’est techniquement ?

 

Boris : Non, justement. On a eu des profs à Londres qui étaient très timides, eh bien, on les a formés ! En revanche, quand on a reçu des feedbacks négatifs sur la pédagogie pour des externes, c’était irrattrapable, donc c’est simplement qu’ils n’étaient pas fait pour être profs.

Sébastien : Ce qu’il faut comprendre aussi, c’est qu’on est dans un schéma où il y a 45 jours de formation. Un prof que tu testes, qui est mauvais un, deux, trois jours, c’est grave. Tu ne peux pas le laisser faire dix jours, il faut être hyper attentif.

 

Aucun prof n’a jamais demandé à être salarié, parce que le statut de freelance ne lui convenait plus ?

 

Romain : Non, étonnamment ça a été difficile d’avoir nos profs en salariés. On a dû se battre pour cela à Paris.

 

Et côté élève, qu’est-ce qui fait un bon élève du Wagon ?

 

Boris : Pour moi, l’important c’est la curiosité. Les élèves qui vont aller chercher tout seuls, qui gèrent la frustration.Le code, ça ne trompe pas. C’est une activité où tu vas essayer 100 fois pour réussir la 101ème, c’est quasiment la règle du jeu de faire des trucs qui ne marchent pas.

Sébastien : Tu prends le meilleur dev du monde, il écrit 10 lignes de code et il teste tout de suite parce qu’il sait qu’il a sans doute fait une erreur ! C’est la façon de fonctionner : essai / erreur permanent. Ça n’a pas de sens d’écrire un programme de 100 lignes pendant deux heures et puis le lancer et ça marche, personne ne peut faire ça.

 

Le principe, ce n’est pas que les gens apprennent à coder, mais qu’ils apprennent à faire un produit techno. Quand est-ce que ça se passe ?

 

Romain et Boris : C’est pour la fin, les deux dernières semaines  !

Boris : Au début, on les fait réfléchir à leur projet, pitcher, faire une maquette en amont et constituer des groupes, et puis on leur dit qu’ils ont besoin de passer par six semaines de fondamentaux.

Romain : La 7e, c’est la semaine airbnb, où ils recodent un Airbnb-like et les deux dernières semaines sont consacrées au projet, imposé ou perso.

 

Vous venez de lancer la Product Track, un partenariat avec Lion, l’école pour former les employés de startup lancée par The Family. En quoi est-il différent de votre programme type ?

 

Boris : Lion est un programme d’acculturation qui a lieu tous les samedi , où des startups de The Family vont venir parler d’UX, de growth hacking, raconter leurs histoires entrepreneuriales à ceux qui veulent comprendre le langage vocabulaire des startups. De notre côté, ça fait longtemps qu’on a un axe produit et qu’on enseigne toutes les compétences nécessaires pour maîtriser tout le cycle de vie d’un produit. Le lancement de la Product Track, programme intensif réservé aux élèves et Alumnis du programme Lion, s’est fait naturellement.

 

Pour le coup, vous ne leur enseignez pas de code du tout ?

 

Sébastien : ils apprennent une certaine partie du code qui peut être demandé au product manager dans les petites boites. Faire un peu d’UX/UI, un peu de front, des requêtes sql pour récupérer de la data, un petit proto avec une API pour présenter à un client… Voilà ce qu’on leur enseigne : le product management par des hard skills. On prend toute la chaîne d’un produit : les feedbacks client, le user research pour comprendre l’utilisateur et ses besoins, valider le besoin avec le business pour être sûr qu’on développe bien une fonctionnalité utile, la maquetter, ensuite l’envoyer à la mise en production, avant d’installer  un tracking pour être sûr que la fonctionnalité est bien utilisée. Et plutôt que de faire des fausses mises en situation, un peu en mode simulation d’entreprise, on a préféré apprendre le concret.

 

On est lessivé quand on sort d’un programme du Wagon ?

 

Romain : Généralement, les élèves prennent une semaine de vacances ! D’autant plus que ça va crescendo, car lorsqu’ils présentent leurs projets devant 200 personnes, c’est en live sur Youtube et ils ont neuf semaines dans les pattes.

 

Parlons un peu de la startup Le Wagon et de votre vision d’entrepreneurs. Vous êtes une des plus belles boîtes de l’écosystème, et vous n’avez jamais levé. C’est extrêmement rare, surtout en ces temps d’opulence.

 

Romain : Notre approche est simple : la stratégie est orientée par le besoin. On a jamais vraiment fait de plans business. On écoute nos profs, nos étudiants, on affine et on voit où ça nous mène. Sur plan business, on est un modèle économique simple qui a un BFR (besoin en fond de roulement) négatif. On a un gros aspect bootstrap : les élèves payent en acompte, c’est à dire qu’on a des sous en avance pour payer le loyer, et le prof.

 

Vous gagnez plus d’argent que vous en dépensez, en somme ?

 

Romain : Ça, c’est conseillé dans n’importe quelle boîte, startup ou pas ! (rires)

 

Comment évaluez-vous l’écosystème national ?

 

Romain : Moi je trouve qu’il a énormément gagné en maturité. Quand on a commencé, c’était un peu Disneyland : on découvre le lean, l’agile… Paris était une jeune ville qui balbutiait. Aujourd’hui, ça s’est structuré, professionnalisé, c’est gros, c’est sérieux, moins fun mais plus sérieux. Londres, par exemple, il y a plus d’argent et un peu d’avance, mais je pense qu’autant on avait tout à envier à Londres il y a cinq ans, autant maintenant on a bien rattrapé le retard.

Boris : Quand on s’est lancé au tout début, j’avais l’impression que c’était encore des boites françaises qui veulent vite signer des contrats B2B avec des boites du CAC40 pour faire des workshop (rires). Ce n’est heureusement plus le cas. The family a fait un très bon travail : aujourd’hui, quand les jeunes entrepreneurs débarquent, ils ont les codes, ils ont les connaissances, il ont fait leur devoir.

 

Quels sont nos avantages comparatifs par rapport à d’autres écosystèmes?

 

Boris : A Londres, c’est un peu la même dynamique, mais plus cloisonnée. Les gens qui ont de l’argent vont recruter des devs, alors que dans l’écosystème français, on veut faire du produit en mêlant tech, marketing, design etc. Puis il y a moins de solidarité entre les acteurs, ça reste une ville à l’esprit financier. A Londres, un entrepreneur va intégrer un incubateur pour être mis en relation avec des VCs et tester le marché rapidement. En France, c’est plutôt le produit.

Boris : A Berlin, les mecs sont des tueurs en process, mais il y a moins ce côté communautaire.

Romain : Les écosystèmes londonien ou berlinois sont constitués de plein d’acteurs de taille moyenne, voire petites, là où l’écosystème parisien est constitué de peu d’acteurs énormes. Je ne sais pas si c’est bien ou pas, mais à Londres tu as plein de petits incubateurs, à Paris il y a des énormes acteurs qui polarisent le jeu. La centralisation à la française, autour de Station F.

 

Vous vous voyez où dans cinq, dix ans, sur le plan professionnel et personnel ?

 

Romain : On a encore pas mal de boulot à faire avec le Wagon. On a conclu un premier cycle de 4 ans où on a affiné notre formation de neuf semaines et du coup, en cette fin d’année, on est très contents d’avoir réussi à répliquer le modèle géographiquement et dans le temps. S’entame aujourd’hui un nouveau chapitre pour nous, où on veut essayer d’apporter ce qu’on a construit au niveau de l’entreprise, pour aider sa transformation numérique.

 

Comment allez-vous vous y prendre ?

 

Boris : par la réinvention du travail. Et ce n’est pas une mince affaire, ni une question qui n’intéresse que des jeunes diplômés dynamiques et agiles.

Sébastien  : En fait, le Wagon, c’est un laboratoire de la façon dont on va bosser dans dix ans. Tout se passe sur Slack. On est très mobile. On a du staff de Londres qui est à Paris en ce moment et ils étaient à Berlin la semaine dernière, par exemple. Nous n’avons aucune règle sur le lieu de travail. Nous, ce qui compte pour nous, c’est ce qui est produit. Comment c’est fait, où c’est fait, peu importe. Les entreprises sont encore trop sclérosées sur cet aspect-là, même quand elles les intègrent, c’est timidement, et parfois, hypocritement.

 

En clair, le vrai produit long terme du Wagon, c’est de proposer une organisation alternative du travail ?

 

Boris : C’est un peu tôt pour le dire, mais ce qu’on incarne dans notre façon de voir la collaboration, la dimension pluridisciplinaire à la croisée de la tech, du design, du produit, je pense que ça va trouver un écho.

 

Votre discours c’est « on enseigne le code ». Votre méta-discours : « on incarne une nouvelle vision du travail ». Or, sur le plan de l’organisation du travail, les startups sont loin d’être toutes aussi progressistes.

 

Boris : Tout à fait. Il y a des startups pour lesquelles c’est une fin et pour d’autres un moyen. Celles pour lesquelles c’est un moyen utilisent ce message-là pour abuser de leurs salariés. On ne peut pas se dire agile parce qu’on a un baby-foot, et les open-space, c’est pour économiser des bureaux, pas pour “encourager la collaboration”.

Sébastien : Ceux qui ont vraiment une organisation du travail vraiment nouvelle et atypique sont celles où les devs ont leur mot à dire. Ils apportent beaucoup dans cette réflexion sur les nouvelles façons de travailler puisqu’ils le vivent au quotidien. Quand tu bosses à 10 sur un projet de code et que tout le monde touche au même fichier, tu es bien obligé de te créer un cadre de travail différent d’un Dropbox commun à tous. Le workflow est différent. Les startups qui ont des équipes techniques qui collaborent beaucoup avec le business, très liées aux founders, ce sont elles qui ont de nouvelles façons de bosser.

Microsoft respecte votre vie privée. Veuillez consulter notre Déclaration de confidentialité.

Les commentaires sont fermés pour cet article